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mardi 12 décembre 2023

carnet personnel

 


En espérant que le carnet n'ait pas été perdu lors d'un transbordement 

dimanche 10 décembre 2023

L'ombre des Wittgenstein - le Graf Orlock

Alliance entre bateliers

Le Meudefleuh quitte Kemperbad précipitamment après en avoir reçu l'autorisation de la garde impériale, sans attendre une seconde inspection, le nain et le halfelin sont nettoyés à grandes eaux et le bateau remonte à la voile en direction du nord, vers Grissenwald. Sans avoir aucune idée de la distance qui les sépare de la ville où demeure la mystérieuse Etelka, Shana et Marguerite, les montures de Gerolf et Albi vendues à un maquignon de passage parce que les frais d'écurie n'avaient pas été honorés. Dans l'immédiat, le plus urgent est de mettre une bonne distance entre la cité franche et le navire. Il faut beau, le vent souffle dans la bonne direction, Reubke et Elvyra à la manœuvre maitrisent de mieux en mieux les caprices du fleuve, le bateau avance donc à allure raisonnable contre le courant. A midi, pour se remettre de leurs émotions, ils ouvrent une bouteille du brandy de contrebande acquis à Kemperbad pour vérifier s'ils ont été roulés sur la marchandise ou non ; la boisson s'avère excellente et cela ragaillardi l'équipage qui envisage déjà les profits futurs de cette vente. Ils décident également de ne pas ouvrir d'autres bouteilles que celles de la caisse abimée lors du transport, pour ne pas boire leurs gains potentiels. Reubke abandonne la barre à Elvyra pour concocter des potions, Sariel étudie les grimoires récupérés à la tour à signaux et...

- Ohé ! Ohé du bateau ! Banc de sable droit devant !" 

Un homme les hèle depuis une barge à quelques brasses, Reubke et Gerolf (respectivement capitaine faisant fonction et capitaine officiel) viennent se pencher au bastingage pour observer l'équipage qui vient de les interpeler ainsi. Un autre bateau commerçant remonte le Reik, son équipage est formé de quatres hommes en tout, dont celui qui leur désigne un remous étrange dans l'eau droit devant la proue du Meudefleuh. Une manœuvre d’évitement rapproche le Meudefleuh du second navire et les deux équipages s'observent avec un peu de défiances : après tout, qu'est-ce qui garanti qu'il ne s'agit pas de pirates tentant de tromper leur vigilance respective ?

- Vous venez d'où comme cela ? De Altdorf ? Nous de Wurtbad sur le Stir et on va jusqu'à Pfeildorf après Nuln ! Vous travaillez pour quelle compagnie ? Ah des indépendants ? Tout comme nous alors ! Cap'taine Berhard Dampfer, et voici mes fils Karl et Hans ! Et puis Reiner Vollrat mon matelot ! On vient d'acheter de la laine à Stockhausen, on ira la vendre à Grissenwald ! Vous comptez vendre votre liqueur à Grissenwald ? Oh de la fine de Kempberbad ! Vous avez déjà un acheteur qui vous attend ? Mais vendez-là à Stirgau plutôt ! La Lorlei, c'est l'endroit où vendre ce genre de délicatesse, vous trouverez toujours acheteur là-bas ! ...Mais parce que c'est la ville de villégiature des nantis et des jeunes mariés, pardi ! Ils viennent tous pour la vue sur le rocher, et tout !

Rassuré par leurs échanges patelins, les équipages se dégèlent et le matelot de l'Oiselle Dansante qui tenait ostensiblement une arbalète chargée le long de sa jambe se détourne pour retourner à la manœuvre. 

- Dites, ça vous dirait pas qu'on fasse route ensemble ? A deux bateau, on aura l'air un peu plus impressionnant et ça dissuadera d'éventuels audacieux, si vous voyez ce que j'veux dire ?" demande Bernardt

- Mais oui, pourquoi pas ?" répond Reubke

- Et si on se fait attaquer, on trace et on les laisse se débrouiller !" enchaine Vox, trop bas pour être entendu depuis l'Oiselle. 

Les deux bateaux avancent à même allure, l'Oiselle ouvrant la route au Meudefleuh, jusqu'à la tombée de la nuit où ils font escale dans un modeste village de pêcheurs du nom de Naffdorf. Celui-ci n'a absolument rien pour marquer les mémoires, sinon l'architecture inhabituelle du temple de Sigmar, construit en bordure du fleuve. De plan centré et en forme de tau surplombé d'une coupole comme c'est la tradition, une de ses ailes est percée de deux larges fenêtre et pourvue d'une cheminée comme s'il s'agissait d'une demeure cossue. Les fenêtres sont également pourvue de carreaux, luxe inhabituels, mais aussi d'épais barreaux métalliques, bizarrerie inexplicable. 

Les deux équipages se retrouvent à bord du Meudefleuh où Albi se décarcasse pour donner au souper un lustre de repas de fête : tourbillon de chantilly de saindoux, aspic de lard, tarte aux abats, etc. Tout le savoir-faire du représentant du Moot y passe ! Rien n'est trop beau pour amadouer l'équipage de l'Oiselle Dansante et lui faire accepter l'idée de prendre à leur bord la jeune baronne Sigfrida Junker, que les aventuriers ne peuvent tout simplement plus voir en peinture ! 

Prophétie

Alors que le repas s'achève par la dégustation d'une nouvelle bouteille de fine de Kemperbad - au diable la promesse de ne pas toucher aux gains futurs - les cloches du temple sonnent à la volée, appelant les fidèles à l'autel. Albi répond aussitôt à l'appel, donnant le signal à Reubke, Gerolf et Vox, imités par Bernhard et ses deux fils. Sariel restant à bord du Meudefleuh, le capitaine de l'Oiselle Dansante hésite un peu avant de demander à son matelot d'en faire de même : la prudence reste de mise après tout. 

Les pêcheurs du village se sont également pressés vers le bâtiment et alors qu'ils entrent dans le temple, correspondant en tout point à ce qu'on peut s'attendre à trouver dans un petit village (murs chaulés, peintures sommaires et maladroites, statues en bois des saints, exvotos...) à l'exception de l'aile-maison complètement murée sinon une porte en bois, grande ouverte, donnant sur une grille de fer, totalement fermée. Le prêtre va et vient devant la grille, dissimulant à demi la silhouette prostrée qui s'agrippe au métal.

Là, vit la Recluse. Une Sainte Femme qui a dédié sa vie à Sigmar et subit exaltations et visions prophétiques et vit désormais en anachorète dans le temple, l'expression de sa foi ne lui permettant pas de suivre les hordes de flagellants demi-nus qui parcourent les routes de l'Empire, bien qu'au court de ses crises mystiques, elle arrache régulièrement ses vêtements elle aussi. D'où le fait qu'il vaut mieux pour sa sécurité qu'elle soit contenue derrière des murs épais et de lourds barreaux probablement. 

L'intérêt lubrique de Gerolf von Kerkheur s'en trouve éveillé et aussitôt douché lorsqu'il aperçoit la silhouette de la Recluse : sale, maigre, ses cheveux gris lui tombent en paquet de noeuds sur les épaules et ses mains noueuses comme des sarments de vignes trahissent son âge : la soixantaine sans doute, mais la soixantaine très mal conservée. 

La foule murmure, les gens se poussent de l'épaule en échangeant quelques mots, dans l’expectative tandis que le prêtre ouvre les mains et sourit pour accueillir ses ouailles de quelques paroles apaisantes

- Mes biens chers frères, mes biens chers soeurs, louons le tout-puissant Sigmar qui nous fait la sainte grâce de se manifester à nous au travers notre très sainte et très vénérée sainte Griselda qui... 

A ses cotés, un enfant de chœur s'est avancé, armé d'une paire de petit ciseaux et d'une coupelle et entreprend de couper les griffes noires de crasses de la vieillarde, qui n'y prête aucune attention, en prenant soin de n'égarer aucune rognure d'ongle. 

La Recluse redresse la tête, soulevée d'un hoquet et sa voix chevrotante se fait entendre, stoppant net l'homélie du prêtre

- Malheur à nous ! Malheur à nous ! La bien-aimée de Morr à la robe verte et brillante chevauche le fleuve de Sigmar ! Oui, entendez bien : la Mort est sur le Reik ! 

Lorsque la Recluse commence à parler, l'enfant de chœur dépose immédiatement coupelle et ciseaux pour s'emparer d'un petit carnet de notes. Il hoche la tête d'un air entendu en regardant le prêtre, comme un amateur de bingo qui constate que oui, oui, il a déjà ce numéro dans sa grille, et attends patiemment la suite.

Les Ténèbres s'assemblent et la Dernière Maison de la Joie va sombrer !

Après trois jours de fêtes, de moutons et de vaches, le Grand Mutateur a dirigé son Ombre sur l'orgueilleuse cité marchande et maintenant la Main souillée guide les actes du Seigneur jadis puissant...

Malheur, je dis, Malheur ! Ce pouvoir derrière le trône nous condamne tous ! Le Roi cornu remplacera le roi brisé sur son Trône de Mensonge et les murs blancs alors trembleront et s’abattront sur les ruines de l'Empire et ce sera la Fin des Temps ! Et les dieux ne nous sauveront...

Ces dernières paroles sont étouffées par le prêtre qui referme précipitamment la porte de bois sur la recluse et se tourne vers l'assemblée avec un sourire un peu crispé. 

- Ah prions pour le salut de notre Empereur, mes frères et mes sœurs, et remercions Sigmar qui nous fait la grâce de sa sagesse ! Et n'oubliez-pas, les reliques de Sainte Griselda sont en vente à prix modique, pour la protection contre la foudre, la fièvre, les convulsions du nouveau-né... 

Légèrement ébranlés, les aventuriers délaissent les rognures d'ongles vendues par l'enfant de choeur pour lui acheter une copie des prophéties de la sibylle de village, avant de revenir d'un pas lent au navire. Bernhard et ses fils sont également pensifs, d'autant qu'ils ont entendu quelques rumeurs sinistres sur les tensions croissantes entre Talabecland et Ostland, liées à à la mort du prince héritier d'Ostland dans les Montagnes Grises, suite à sa fameuse expédition... Ah oui, cette fameuse expédition à laquelle les aventuriers avaient envisagés se joindre, il y a quelques mois de cela, et dont ils ont malheureusement raté le départ d'Altdorf... 

L'ombre du donjon

Le lendemain, les deux bateaux repartent ensemble.
Rien de bien notable à signaler, sinon la noire silhouette d'un donjon menaçant perché sur un éperon rocheux détaché de la falaise qui domine le Reik, et autour duquel des nuées de corneilles tournent en criaillant. Alors les bateaux s'en rapproche, l'Oiselle Dansante lance un appel au Meudefleuh :  

- danger à tribord, passez au large !"

Une forme grisâtre flotte entre deux eaux, bercée par les vaguelettes, et Sariel se saisi d'une gaffe. Voyant cela, les marins de l'Oiselle hurlent des mises en garde  

- N'y touchez pas !" 

 Sariel donne un coup de perche bien placé à la forme pour l'écarter de la coque du bateau et sous le choc celle-ci tournoie sur elle même, dévoilant sa face inférieur et sa nature de cadavre humanoïde boursouflé, au visage arraché par les poissons et au ventre couvert de petites tentacules lui poussant comme une rangée de mamelons le long du torse et de sous les aisselles. ...Albi décide de relever prudemment ses filets, peu confiant dans la salubrité des poisons qui pourraient être tiré de ces eaux saumâtres. 

- Par les dieux, c'est un mutant ! ...un brigand !
Il faut en avertir de ce pas le château ! 

Gerolf se redresse et bombe héroïquement le torse, imprégné de sa noble dignité.
Et Albi opine du chef, un zèle de fanatique brulant dans ses prunelles.
Et Vox opine du chef. Sariel est peu convaincue mais Reubke se plie à la volonté de son maitre.

- OHÉ L'OISELLE ! On met le cap à terre..."

- QUOI !?! VOUS ETES FOUS !! C'EST WITTGENSTDORF !! C'EST CHEZ LES WITTGENSTEIN ! C'EST DES NOBLES, ILS ONT TOUS POUVOIR, PERSONNE PEUT RIEN LEUR DIRE ET C'EST MAUDIT ! ALLEZ PAS LÀ, C'EST MAUDIT !!!! ON VOUS ATTEND PAS !!!"

Gerolf estime qu'il faut d'autant plus y aller et prévenir la noble famille Wittgenstein que sa terre est maudite, il faut qu'ils soient avertit, ce sont des choses qui se font entre nobles. Que les gueux s'affolent, point fils de noble lignée, blablabla. 

- NON ! NON J'IRAI PAS LÀ-BAS !" Elvyra, la colporteuse et pilote qui jusqu'alors leur a si docilement offert son concours, se rebelle brusquement. Le visage pincé, les poings serrés sur la barre, elle refuse catégoriquement de tourner celle-ci vers la rive. Et les remontrances de Gerolf n'y font rien du tout. Quand il ordonne impérieusement à Elvyra de les conduire à terre, la jeune femme lache la barre, les yeux emplis de larmes de rage. 

- Mais espèce de résidu de consanguins, vous avez pas entendu ! Vous voulez allez y crever ? Très bien, allez-y, mais moi je viens pas, je veux que vous me déposiez sur l'autre bateau et bon vent à vous !"

Gerolf ne relève pas l'insulte mais Reubke et Sariel bien et ils échangent un regard surpris devant la rébellion manifeste de leur aimable pilote, qui est aussi la seule à savoir manœuvrer la barge avec Reubke. Comme Gerolf ne fait pas mine de vouloir rejoindre l'Oiselle Dansante, elle va s'enfermer dans sa cabine et y rager tout son saoul, et les deux bateaux se séparent. 

Le Meudefleuh passe maintenant sous l'éperon rocheux et dans l'ombre du château. Un froid glacial leur tombe dessus, la berge est hérissées d'épineux hostile et la vase du rivage de bois flottés blafard. Albi saute à l'eau dès que possible pour s'avancer vers la berge. Reubke réalise brusquement que les cailloux ronds qu'il observe sont en réalité des cranes décharnés au moment où Albi pose le pied dans une racine qui emprisonne sa cheville nue. En équilibre sur un pied, il secoue la jambe tout en évitant de regarder ce qui enserre son pied nu de halfelin, craignant qu'un coup d’œil ne vienne à bout de sa résolution martiale. Vox saute à sa suite pour l'épauler et l'aider à se débarrasser de la ...racine ? Non. C'est une cage thoracique défoncée qui emprisonne la cheville du halfelin. 

- REVENEZ DE SUITE A BORD ! TOUT-DE-SUITE. 

Sariel a bondi au bastingage. Dans les vents qui soufflent dans les branches décharnées, la magicienne a identifié un souffle méphitique, le terrible Dhar, le vent noir de la magie sombre du Chaos. 

- REVENEZ SI VOUS VOULEZ PAS CREVER ! C'EST DANGEREUX ! ON LÈVE L'ANCRE. 

Gerolf ne fait plus le fier non plus depuis qu'ils sont passé sous le donjon et l'explosion de Sariel est tout ce qu'il lui fallait pour abandonner sa posture bravache tout en conservant la face. Vox et Albi sautillent jusqu'au bateau et se hissent à bord sans demander leur reste, et bien vite ils s'éloignent du château. 

Plus loin, ils passent devant le village de Wittgendorf, un misérable amas de cahutes en ruine hantés par des silhouettes décharnées qui se pressent, tendant plus de bras et moins de mains que ne devraient en faire des gens normaux.

Warhammer Narratives: Castle Wittgenstein: a multiplayer scenario for 'The  Enemy Within' Mordheim Campaign

Le Graff

L'Oiselle Dansante est bientôt rattrapée, mais le bateau préfère désormais garder une distante prudente avec le Meudefleuh. Ce soir, à l'ancre au milieu du fleuve, il n'est plus question de repas joyeux partagés entre les équipages, chacun reste à son bord et l'ambiance est bien plus morose. A nouveau, les aventuriers se partagent la nuit en quart de garde et surveillent avec anxiété le fleuve, par paire. Une ombre sur l'eau, une forme dans la brume, ils voient tous quelque chose d'angoissant qu'ils ne peuvent pas expliquer.  Au milieu de la nuit, une lumière apparait a travers les fenêtres de la cambuse de l'Oiselle Dansante. Bientôt la porte s'ouvre et une silhouette apparait sur le pont.

- Hé ! Vous avez pas vu la baronne ? L'est pas chez vous ?"

Toute hostilité à disparu de la voix de Bernhard, remplacé par de l'inquiétude. 

- La baronne ? Non, pas depuis qu'elle est monté à votre bord. Vous avez perdu la baronne...?

- Quoi ? Non ! Heu... Oui, en quelque sorte ! M'suis lever pour pisser, j'ai vu sa porte ouverte, la cabine vide et elle nul part ! 

Un de ses deux fils le rejoint et lui glisse quelques mots à l'oreille, et Bernhard lance

- Dites, vous vous connaissez un peu pour ce qui est de soigner les gens, non ? Parce que mon fils, l'est un peu patraque. ...On vous envoie la chaloupe !"

Reubke, Gerolf, Vox et Albi montent à bord.
Sariel et Elvyra restent sur le Meudefleuh, en support.
Bernhard et Karl halent la corde et ramène le canot vers eux, puis aident les aventuriers à se hisser à bord. Reubke se dirige vers la cabine commune pour ausculter le malade. Sur le matelas d'un des lits superposés, Hans est allongé, sans réaction. Sa peau est moite et froide, ses yeux font des mouvements rapides sous ses paupières et son poul est très rapide. 

- Il a mangé quelque chose de spécial ? La même chose que vous ? Et la baronne, aussi ?"
Après avoir évacué la possibilité d'une intoxication alimentaire, Reubke est un peu perplexe, il ne voit pas ce qui pourrait avoir provoqué cet état léthargique... Jusqu'à ce qu'il remarque deux petits plaie derrière l'oreille du fils du batelier. La chair est à vif, un peu sanglante en son centre, comme une petite morsure ou deux piqures d'insecte. Étrange... 

Personne ne remarque un petit médaillon tombé au sol, sur lequel Gerolf vient de poser la semelle.

Quand à la cabine de la baronne, elle est totalement vide, à l'exception des maigres possessions de la jeune noble : quelques vêtements, dont ceux qu'elle portait la journée, son épée, son étui à pistolet de duels, mais il manque l'une des deux armes. 

- Elle s'est armée !"

...Ils ignorent que lorsqu'elle a aidé à transborder les affaires de Sigfrieda, Sariel a subrepticement ouvert l'étui pour subtiliser l'une des deux armes et la donner à Vox !

Albi, se sentant inutile, est parti fouiller le pont. Des rouleau de cordes, la cale fermée, la voile ramenée... Oh, et dans le nid de pie, se pourrait-il..? Il grimpe lestement en haut du mat jusqu'à la vigie, dans laquelle malheureusement ne se trouve pas la jeune noble. Par contre la lune accroche un reflet brillant sur un petit pendentif de marteau, le symbole sacré de Sigmar et un petit bijou ouvragé qu'il se souvient avoir vu pendre sur la poitrine de Sigfrieda. Quand il veut le passer à son cou, il se rend compte que le fermoir est brisé, comme s'il avait été arraché violement du cou de sa propriétaire. Et se pourrait-il que... Qu'est-ce donc que cette bosse étrange dans la voile ? Albi saute dans les replis, avance à tatons dans les plis souples jusqu'à rencontrer une paire de pieds puis des mollets rond et glabes, puis une hanche et le fin tissus d'une chemise de nuit. 

Gerolf et Vox sont sorti et observent la voile qui gigotent bizarrement. A la demande d'Albi, ils la déploient doucement pour éviter de projeter les deux sur le pont, mais ils finissent cependant par chuter sur le bois dur, la femme écrasant lourdement le petit halfelin. Gerolf se précipite pour dégager son ami de petite taille mais préfère ne pas poser la main sur la femme inconsciente qui est peut-être contagieuse donc il attrape le pan de sa chemise de nuit, tire un grand coup... Et bascule, une chemise de nuit déchirée en main ! On en entendra encore parler, assurément ! Il rassemble le vêtement ruiné, ramasse la femme et la porte à l'intérieur dans sa cabine où Reubke l'examine avec une fébrilité d'adolescent. Elle aussi est très pale, fébrile et a le cou qui s'orne d'une double plaie rose. Est-ce qu'une potion pourrait rétablir la santé des malades ? Ou une saignée ? Une saignée ! Voila ce que lui évoque l'état des deux malades ; celui des personnes à qui un médecin maladroit a prélevé trop de sang ! 

- Hum, je crois qu'il n'y a rien à faire sinon attendre qu'ils se réveille et veiller à bien les nourrir ensuite de laitage, bouillon, lard, viande rouge... Mais c'est la première fois que vous constatez ce genre de phénomène ?"

Bernhard se tord la barbe, angoissé.

- Holala, c'est vraiment pas d'chance ! On peut pas ralentir la cadence, faut qu'on soit à Pfeildorf pour la livraison... Non, pas la laine ! Ca on la vendra quand on la vendra, mais on a un noble qui nous a demandé de livrer ses meubles avant le solstice..."

Tous se redressent. Une livraison ? De quoi, pour qui, où cela ? 

Albi se cambre de toute sa taille et, sortant de sa poche une patente d'inquisiteur tout ce qu'il y a de plus officiel bien qu'assez inhabituelle, il exige - au nom de Sigmar - de pouvoir inspecter ces fameux meubles. A contrecœur, Bernhard les guide jusqu'à une cale séparée du stock de laine, où repose une énorme caisse de 2,5m sur 2,5m et 1m de haut. Il s'agit d'une simple caisse de planche, pas un coffre, mais il est soigneusement scellé et les scellés sont ornés de cachet de cire ornés d'une cote d'arme qui n'évoque absolument rien aux érudits du groupes. Enfin, l'érudit est Messire von Kerkher qui a bien suivi des leçons d'héraldique mais sans grand enthousiasme. Il est catégorique, ces armes lui sont inconnues, c'est sûrement un blason d'une famille étrangère à l'Empire ! Ces considérations historiques n'intéressent que peu Vox, qui s'empare d'un pied de biche et commence à faire sauter les clous des planches un à un. Une fois la caisse ouverte, ce sont deux cercueils vernissés qui apparaissent, tous deux ornés du même blason que celui qui ornait les sceaux. Déterminés mais prudents, ils ouvrent un cercueil après l'autre, mais ceux-ci sont vides, si l'on fait abstraction d'une fine couche de terre recouvrant le capitonnage de satin. 

...Pendant ce temps, à bord du Meudefleuh, Sariel et Elvyra scrutent l'Oiselle Dansante à s'en faire mal aux yeux, attendant que réapparaissent l'ombre dans la brume qu'ils ont entraperçu plus tôt. Un subtil mouvement attire son attention, une présence maléfique se manifeste derrière elle et Sariel se retourne d'un bloc pour faire face à une silhouette émaciée, au visage pointu, aux cheveux blanc de neige, vêtu d'une longue robe elfique antique et aux mains s'achevant en griffes immenses ! Il ronronne avec un sourire gourmand.

- Hmmmm ! Prrrometeurr ! C'est vous que j'aurrais dû choisirr comme prrromise ! Perrrmetez-moi de me prresentez : Grraf von Orrlock, pourrr vous serrvirr !

Et il se jette en avant, toute griffes dehors. 

Elvyra hurle de terreur lorsqu'il bondit pour lacérer Sariel. Gerolf, Entendant le cri perçant, Vox, Albi et Reubke se précipitent hors de la cale et bondissent dans la barque pour revenir au Meudefleuh, tirant sur les rames à s'en faire mal aux bras ou tirant depuis l'embarcation sur l'assaillant inconnu alors que le monstre inflige de terribles dégâts à Sariel, la laissant rapidement pour presque morte, Vox lui lance une poignée de monnaie, dont des pièces d'argent, en criant "Tiens, pour payer le passeur !", ce qui irrite le non-mort d'avantage que cela ne le blesse et il siffle de rage avant de se tourner vers Elvyra qui tente de le poignarder à l'aide d'un couteau de cuisine, couteau qu'il esquive sans peine avant de la lacérer à son tour puis de lui planter ses crocs dans la gorge pour boire goulument son sang et régénérer des blessures infligée par l'argent brulant comme s'il avait été chauffé et par le carreau d'Albi. 

Le combat est atrocement difficile, le monstre frappe de ses mains griffues non seulement pour attaquer mais aussi lorsqu'il se défend des attaques des héros, Albi s'est emberlificoté dans son propre lasso, Vox a toujours le bras en écharpe et ne peut se hisser à bord du Meudefleuh, Reubke n'a rien d'un combattant et préfère rester en retrait, portant cependant secours à son maitre qui a manqué tomber entre la barge et la barque... C'est un carnage, mais finalement Gerolf, qui a pris pied sur le pont, parvient à planter sa rapière à plusieurs reprises en plein torse du grand échalas, sans que le buveur de sang ne parvienne à planter ses crocs dans la gorge de quiconque et donc ne puisse à nouveau régénérer sa santé impie...
Il s'affale sur la garde de l'épée qui le transperce de part en part, le sang détrempant son habit tandis que Gerolf tourne sa lame dans la plaie pour déchirer os, muscle et quoi qui puisse faire office d'organes internes. Puis, reculant d'un pas, il dégage sa lame, se rue vers Sariel, à la suite de l'apothicaire, et la porte à l'intérieur en lui murmurant des prières et des encouragements. Reubke se tourne vers Elvyra, bande ses plaies et glisse entre ses lèvres le goulot d'une potion. Quand elle reprend ses esprits, la colporteuse jette ses bras autour de la taille du jeune homme et fond en larme dans son giron.

Puisque plus personne ne s'occupe du mort-vivant, c'est Albi qui se charge de lui et il s'avance, lasso en main, pour entraver le vampire et le lier à au bastingage. Le non-mort respire encore faiblement, et plante son regard de braise dans les yeux du halfelin 

- Viens, petite crrréaturre... Viens à moi... Viens ici et tend moi ta gorrrge..."

Albi cligne des yeux, le vampire sourit de toute ses dents, confiant dans son pouvoir hypnotique et ouvre déjà la bouche avec gourmandise quand il voit sa proie s'approcher. Albi lui sourit avec ravissement, un vrai sourire de chérubin, et plaque brutalement le médaillon de Sigmar sur le front du vampire. 

- Par Sigmar, demeure !!" s'écrit-il, citant un des illustrés qu'il dévore depuis qu'il a appris à lire. Après avoir affronté des démons et même le héraut de Tzentch lui-même à Bögenhafen, ce n'est pas cette engeance damnée qui parviendra à s’immiscer dans l'esprit de métal de l'ex-voleur de poule (quel métal ? Cela reste encore à voir, parfois il est d'acier trempé, parfois de fer blanc). Il fait basculer l'arbalète de son épaule à ses bras, vise, et décoche à bout portant un carreau en pleine tête du monstre.

Le Graff expire tandis que l'aube teint de rose le ciel.

La présence d'un second cercueil fait craindre aux aventuriers qu'une secondes stryge soit sur le point d'attaquer et il scrutent avec nervosité la brume qui se teinte d'argent sur le fleuve. Sariel, qui a repris des couleurs, leur répète les paroles échangées avec le comte. 

- ...Oh, donc il cherchait l'âme sœur ? Pire rencard au monde."

samedi 2 décembre 2023

Kemperbad

Kemperbad, fière cité franche surplombant le Reik et le Stir du haut de sa falaise, est en ébullition : une nef impériale lourdement armée est à quai et les livrées de la garde impériale protégeant le navire et ses passagers tranchent sur les livrées de la garde de la cité-état venu accueillir et escorter ceux-ci. Toute l'attention est focalisée sur ce bateau, ses passagers et la raison de leur présence en ville, le Meudefleuh est donc envoyé sur un quai plus éloigné où il s'amarre sans qu'on ne lui prête beaucoup d'attention. Il parait qu'un plénipotentiaire impérial est arrivé à Kemperbad. Un plénipotentiaire, c'est un envoyé direct de l'Empereur, le seul devant qui les échevins kemperbadois ploient le genoux car la cité ne dépend d'aucun duc, baron ou comte, uniquement de l'empereur lui-même. Et s'il est en ville, c'est probablement pas pour remettre ses bons vœux au Conseil de la cité.     
Les visages sont soucieux et les rumeurs vont bon train. Est-ce qu'il y aurait un lien entre la présence du plénipotentiaire et ce qui s'est passé dans la cité franche de Bögenhafen récemment ? Il parait que le Conseil de la ville a été balayé par des accusations de collusion avec les forces démoniaques infernales et que le baron von Saponatheim serait sur le point de reprendre en main la cité. Il paraitrait même que des halfelins jouent d'influence pour tenter de s'emparer de la cité et en faire un second Mootland en prétextant qu'un escadront d'espions de rase-motte aurait déjoué un complot maléfique destiné à offrir l'empire ou au moins la baronnie en pâture aux forces obscures ! Vous pouvez imaginer la chose ? 

En attendant qu'un officiel du port se libère et leur délivre l'autorisation d'aborder (et prélève l'inévitable taxe de passage), Elvyra Kleinestun fait ses valises et ses adieux car elle et sa nièce ont décidés de tenter leur chance à Kemperbad tandis que l'équipage se délasse et sympathise avec Hilma Bootslecht, une portefaix en bras de chemise, d'humeur joyeuse et à l’œil à moitié fermé par un coquard, qui aide les aventuriers avec les bouts et leur apprends deux trois trucs utiles sur la ville, notamment qu'une taverne sur le port accueille chaque soir des tournois de boxe marine, c'est à dire ouvert aux travailleurs des docs et à qui veut s'y joindre, et qu'elle sera ravie de les y retrouver pour vider des pintes et échanger des gnons. 

Pendant ce temps, les officiels impériaux ont formé une longue procession qui monte lentement en ville par les ascenseurs, le reste des visiteurs repoussés dans une longue file ou contraint à escalader l'escalier en raidillon qui monte jusqu'au plateau, gratuit mais bien plus fatiguant. 

Alors qu'ils patientent, les Aventuriers sont repérés par une matrone corpulente et d'allure vaguement inquiétante, flanquée de deux gorilles (métaphore, pas d'authentiques primates) aux doigts chargés de bagues plus contondantes qu'ornementales, qui les dévisagent d'un air inquisiteur. Albi, répondant à l'appel de sa nouvelle fonction, a crânement soutenu le regard de la femme donc celle-ci s'adresse à lui et lui propose un emploi généreusement rémunéré qui demande de la persuasion et de la discrétion : récupérer un certain coffret qui serait sa possession mais actuellement dans les mains d'une tierce personne. Proposition qui semble tout sauf honnête à Albi, qui décline vertueusement celle-ci avant de trembler légèrement des genoux une fois que la Signora Luisa Belladona s'éloigne quand il réalise qu'il vient peut-être de rembarrer très vertement une tête de la pègre locale, du haut de son mètre dix. 

Lorsque vient enfin leur tour de grimper dans l'ascenseur, le groupe s'étrangle un peu des tarifs exorbitants demandés pour l'ascension, tarif qui sont à l'image du droit d'amarrage ou du prix d'une brochette de pilons de poulet, que dévore Alfi d'un air réjouit. Ils arrivent à temps pour voir la procession officielle s'avancer lentement dans la grand rue sous le regard médusé, émerveillé ou vaguement inquiet des citoyens de Kemperbad. N'ayant rien de mieux à faire, ils emboitent le pas de celle-ci jusqu'à la grand place où le plénipotentiaire et ses serviteurs portant les malles et coffres du dignitaires sont accueillis dans ce qui semble être la plus opulente des auberges de la cité. Une maffieuse leur a demander de récupérer un coffret, ils voient des serviteurs passer avec des malles, le coffret doit sûrement être aux mains du Plénipotentiaire impérial et des malfaisants tentent de s'en emparer ! ...Ils décident donc de monter une petite surveillance de l'auberge pour empêcher le vol, parce que le vol c'est mal et parce que protéger les avoir d'une grosse huile c'est l'assurance d'une récompense ! C'est ainsi qu'ils repèrent un manège étrange du coté de la porte de la cuisine : un homme transportant avec un grand luxe de précaution une soupière ouvragée toque à la porte de service, échange quelques mots confus avec le cuisinier qui lui ouvre et attend avant de refrapper à la porte et échanger des mots d'un air de conspirateur avec un homme en livrée de domestique qui lui ouvre et à qui il tend d'un air matois la soupière. Un attentat se prépare, ils en sont certains ! Albi et Gerolf Von Kerkher foncent jusqu'à la porte principale, forcent l'entrée en criant au danger, attirant ainsi l'attention du Plénipotentiaire, assis dans un fauteuil confortable à une table richement garnie, une coupe de vin à la main, tandis que la porte des cuisines s'ouvre et qu'un serviteur de l'auberge s'avance vers le dignitaire en tenant devant lui la soupière. 

- Kemperbad indépendant !"

Se voyant repéré et désigné à l'attention générale, il se précipite en avant et jette l'argenterie en direction de la table mais celle-ci est brillamment interceptée par Gerolf qui bondi au devant du serviteur et jette la main en l'air pour frapper la soupière au moment où elle passe au-dessus de sa tête et dévier sa course dans une autre direction. Celle-ci s'écrase au sol en aspergeant serviteurs et dignitaires de Kemperbad d'un lisier à l'odeur agressive, mélangeant fèces et urine.

- Vraiment, vous avez une carrière prometteuse dans le Roztball, vous savez ?"

L'entarteur à la petite semaine est rapidement plaqué au sol par la garde avant d'être trainé dehors sans ménagement, tandis que le Plénipotentiaire, qui s'est fait expliquer l'incident, félicite les aventuriers de leur rapidité d'esprit et de leur réflexes vifs. Les échevins kemperbadois ne savent visiblement plus où se mettre et se confondent en excuses. Lorsqu'il se retire dans la suite qu'on lui a alloué, suite qui a été fouillée de fond en comble par sa garde, pour se remettre de cette émotion et examiner les chartes qu'on réclame, les échevins et les aventuriers sont invités à prendre congé.
Lorsqu'ils ressortent dans la grand-rue, c'est plus riche des remerciements chaleureux du comte Otto Borreman et d'une vague idée des enjeux de sa présence à Kemperbad : renégocier les chartes, vérifier que les taxes duent à l'Empire ne soient pas détournées dans d'autre poches, en bref : l'Empire cherche un prétexte pour réduire l'indépendance de la cité, ce qui suscite l'inquiétude des Kemperbadois. Et l'attentat qui vient d'être déjoué, quelles en seront les conséquences pour la ville ?

Pour Reubke et Sariel, les conséquences pour le rebelle semblent en revanche très claires et très inquiétantes : il est quasiment trainé par deux soldats en direction de la falaise et pendant un moment, ils sont persuadés qu'il va être purement et simplement envoyé s'écraser sur la grève du Reik sans autre forme de procès, ce qui les amène doucement à se demander s'ils ont vraiment bien fait d'intervenir... Mais les gardes trainent finalement leur prisonniers le long du sentier et l'embarquent à bord de la barge, où ils disparaissent dans les profondeurs de la cale... 

Après cette journée haute en émotion et sans plan précis pour les jours suivants sinon lever l'ancre car le prix d'amarrage n'est vraiment pas dans leurs moyens, les aventuriers décident de se rendre à la Sirène Rougissante, la taverne portuaire où Hilma leur a donné rendez-vous pour une choppe et des gnons. Gerolf fait rouler ses muscles et Reubke lui masse les épaules en prévision d'une soirée de défis que le jeune noble entend bien remporter. Vox aurait bien participé également aux matchs mais la douleur tiraillant son bras en écharpe l'en dissuade et Reubke lui fait comprendre que tout effort soutenu risque non seulement d'être douloureux mais également de compromettre la rapidité et la totalité de sa guérison. C'est pas rien d'avoir un tromblon qui explose dans ses mains (voir l'épisode précédent).
La Sirène Rougissante se remplit progressivement, les combats commencent, l'argent changent de main, comme les choppes et Gerolf se retrouve finalement à affronter Hilma, qui répond balaye ses protestations galantes de quelques remarques hargneuses et piquantes (mais doit finalement déclarer forfait pour ce combat, épuisée par son précédent combat victorieux contre un marin).     
Ils ne font pas que récolter des gnons et des bières mais aussi l'opportunité d'acheter un chargement de liqueur kemperbadoise à très bon prix (du moins tant qu'ils peuvent la charger discrètement à bord du Meudefleuh et que personne ne leur demande les papiers du chargement) et une fois qu'il ne reste plus que Vox et Albi dans la taverne, ceux-ci recueillent aussi les confidences inquiètes d'Hilma : elle connait quelqu'un qui connait quelqu'un qui connait le type arrêté par la garde plénipotentiaire. Bon, il va être exécuté, c'est sûr et certain, aucune chance qu'il y échappe ! Mais le pauvre gars est actuellement soumis à la torture pour qu'il dénonce ses complices. Et quand il sera exécuté - quand sera-t-il exécuté ? - cela sera forcément horrible, long, extrêmement douloureux et dégradant pour bien marquer les esprits, voyez ? Ce ne sont pas ses propres mots, bien entendu. Hilma se contente d'énumérer une succession de sévices possibles qui font grimacer d'horreur son auditoire. 

Albi a une crise de conscience : c'est lui qui a dénoncé l'anarchiste, c'est lui qui le tirera du bourbier dans lequel il est plongé et pas plus tard que cette nuit, grâce à l'aide de Vox Pholk et à son grand uniforme de Répurgateur tout neuf et sa patente qui sent encore l'encre fraiche. Au culot. Après un petit crochet par le Meudefleuh pour s'habiller et s'équiper, les deux compères foncent sur la galère impériale, mystifient les gardes et exigent d'emmener le prisonnier torturé interrogé dans la cale car il est un témoin essentiel dans une enquête sur une secte chaotique sur laquelle le clergé de Sigmar enquête. Trépignant d'une sainte fureur, lançant des menaces et balançant des noms illustres à toute vitesse, le halfelin parvient à se faire livrer l'homme et prend la direction des ascenseurs sans attendre que les soldats reprennent leurs esprits, avant d'obliquer vers la Sirène Rougissante pour le confier aux amis d'Hilma qui n'en croient pas leur chance puis de retourner bien vite se coucher sur le Meudefleuh, tout tremblant. 

- J'ai fait une grosse connerie !

C'est tout ce qu'apprennent ses compagnons le lendemain matin, lorsqu'ils constatent que le port est en effervescence et que des soldats fouillent les entrepôts, interrogent les passagers et recherchent un halfelin se faisant passer pour un répurgateur et un nain. Albi et Vox se réfugient dans la cale du bateau pour se dissimuler aux regards, mais cela ne suffit pas : bientôt c'est au tour de leur bateau d'être fouillé et ils sont piégés dans la la soute, dont l'obscurité ne fournit qu'un bien piètre abris. Que faire ? Où se cacher ? Timmy le mouton, qui rumine d'un air mauvais son foin, leur fournira une cachette : ils se blotissent tous les deux dans une caisse et se recouvrent de paille souillée de fumier en espérant que l'odeur suffise à repousser les soldats. A cela s'ajoute le mauvais caractère du bélier dérangé dans sa digestion qui tente de charger les soldats qui empiètent sur son territoire et qui ne font qu'ouvrir la caisse sans la vider, occupés qu'ils sont à surveiller le bélier et échanger des invectives avec Reubke et Sariel qui prétendent contrôler l'animal - mais bien mal. 

Le Meudefleuh est enfin autorisé à quiter le port, Vox et Albi toujours blottis au fond de leur caisse de fumier. Vox fini par en émerger à bout de souffle et à moitié asphixié, Albi en revanche manque y périr ettoufé après avoir tourné de l'oeil sous les effets des gaz méphitiques. Trainé sur le pont par ses autres compagnons, ils reprend péniblement ses esprits. 

Le bateau vogue vers sa prochaine destination : Grissenwald. 

...Et Gerolf découvre qu'on lui a tranché presque au ras du scalp une mèche de ses longs cheveux cendrés, sans qu'il ne s'en rende compte.

mardi 24 octobre 2023

Exploration de donjon

Une fois entré dans la tour par la porte dérobée qui s'est soudain ouvert dans la muraille lorsque Sariel est passée devant en brandissant le bout de métal dérobé sur la goule, nos aventuriers se sont retrouvés plongés dans des ténèbres angoissantes, faites de poussières, de toiles d'araignées hors d'âge et d'un sentiment de détestations et de rejets. Certains ont presque senti quelque chose leur souffler au visage de repartir. 

Sariel utilise un sort mineur pour produire une petite flamme tandis qu'Albi allume sa lanterne afin d'éclairer un couloir de pierre sombre qui s'achève sur un mur courbe de facture différente tandis que deux couloirs contourne ce mur de part et d'autre. Le groupe s'avance droit vers ce mur, ignorant deux portes en bois à gauche et à droite. 

Ce mur courbe est en acier épais, rouillé, et une sorte de poignée en sort. En joignant leurs effort, les aventuriers parviennent a peser suffisamment dessus pour que s'ouvre avec un grincement déchirant une autre porte dérobée et d'arriver ainsi dans la pièce ronde où git le cadavre du monstre ailé qui les a attaqué dans leur sommeil ainsi que les restes en divers état de décomposition de ses victimes, le tout dégageant une odeur de viande putréfiée abominable. 

Délaissant cette pièce, ils poursuivent leur avancée dans le couloir circulaire pour arriver face à une autre porte en bois, également verrouillée, qui ne résiste pas longtemps aux coups puissant assénés par Vox. La lanterne et la flamme magique de Sariel éclairent alors d'antiques étagères sur les rayonnages desquels sont déposés de nombreux livres recouverts de poussières. 

Alors qu'ils se séparent pour chacun fouiller les rayonnages sans trop s'éloigner du cercle de lumière, un glissement évoquant le cuir sur de la pierre, un son rauque évoquant une outre sèche qu'on vide de son air, un je-ne-sais-quoi enfin, attirent leur attention vers les ténèbres qui baignent d'autres rayonnages et ils se découvrent pris en tenaille entre deux créatures d'un coté, une de l'autre. Grisâtre, difforme, clopinnantes sur des jambes de tailles inégales, les abominations semblent avoir été fabriquées en assemblant des parties anatomiques de différents cadavres. Mais si elles sont grotesques, elles n'en sont pas moins dangereuses... D'autant qu'une fois le combat engagé, deux autres affluent encore ! Et que n'étant pas réellement vivantes, elles sont très difficiles à tuer !

...Au terme d'un combat aussi effrayant que confus - en tout cas dans les souvenirs du MJ qui le relate quelques semaines plus tard - la dernière des goules est finalement mise définitivement hors de combat et réduite en pièces mais Vox Pholk a perdu l'usage de son tromblon et peut-être également de son bras gauche lorsque le canon de l'arme a explosé brusquement, brulant la peau du nain et incrustant dans ses chairs des particules de poudre et de métal que Reubke entreprend d'extraire avec moult précaution. 

Maintenant que le calme est revenu, troublé seulement par l'écho des voix des aventuriers, ils reprennent l'exploration des pièces après s'être assuré que les cinq monstres ne se relèveraient jamais. Sur chacun d'entre eux, ils trouvent une sorte de clé au motif en étoile.

Les ouvrages de la bibliothèque sont en grande partie inintéressants et moisi mais ils dénichent cependant quelques livres qui valent la peine d'être récupéré pour leur valeur marchande. 

Celle-ci s'ouvre sur une sorte de laboratoire à en juger par les longues tables encombrées d'ustensiles en verre emplis des restes désechés de préparations inconnues et auxquels les aventuriers prennent bien soin de ne surtout pas toucher. La seule chose qu'ils emportent de cette pièce est le livre manuscrit reposant sur un lutrin, que Sariel parcourt rapidement, trop vite pour comprendre de quoi il retourne exactement mais assez pour saisir qu'il traite de nécromancie. 

L'autre pièce, à l'opposée, semble être un bureau de géographe à en juger par les nombreuses cartes qu'ils y trouvent. Ou peut-être celui d'un astronome étant donné que les cartes sont annotées de mentions des cycles de Morslieb. Sur l'une de ces cartes, illustrant le Talabecland, est tracés une sorte de grand triangles et l'un de ses angles est souligné d'un cercle griphonné à l'encre. 

Armés des cinq clés, ils retournent enfin à la pièce centrale pour tester celles-ci dans les trous s'ouvrants aux pointes de l'hexagramme. Elles s'inserrent parfaitement, mais il en manque une pour le dernier trou et ils concluent finalement que sans cette dernière clé, qui n'est trouvable nulle part, ils sont dans l'incapacité de progresser et décident de quitter l'endroit. 

Ressorti à l'air libre, la sensation oppressante qui les a accompagné durant toute leur exploration se dissipe rapidement. La matinée est avancée et le soleil ne leur a jamais paru aussi délicieux, les chants des oiseaux des bois et le bruissement des feuillages agités par le vent plus harmonieux ! Aynjull, Elvyra, Renate et Sigfrida les accueillent avec soulagement lorsqu'ils sortent, et leur reprocheraient presque d'être parti si longtemps sans donner de nouvelles si elles n'étaient pas aussi préoccupée par l'état du nain blessé par le monstre ailé, qui n'a toujours pas repris connaissance, et par l'état du bras de Vox. Reubke prend les choses en mains à la suite d'Elvyra, réclamme de l'eau fraiche que Sariel s'empresse de lui fournir grâce à un sort de magie mineure... Sort un peu trop puissant peut-être car la soupe que prépare Albi pour sustenter tout ce petit monde s'en trouve soudain affecté également et se transforme en un potage d'eau claire dans lequel flottent des morceaux de légumes et une farine épaisse de pulpe de légume, totalement dissociée du liquide. Par chance, ils ne resteront pas assez longtemps pour que les nains découvre ce qu'il est arrivé à leurs bouteilles de bière. 

Finalement, ils reprennent le fleuve et continuent à remonter le Reik.

vendredi 8 septembre 2023

Un arrêt à une tour à signaux

Après avoir dépassé le chateau Reiksgard et échappé à une embuscade de bandit dans les marais Reiker, le Meudefleuh a poursuivi sa navigation jusqu'à la tour à signaux qu'ils aperçoivent de loin, sur la rive reiklander du fleuve, dans un méandre qui n'est pas du tout renseigné sur leur carte. Le guide engagé pour traverser les marais est reparti achalander d'autres navires qui voudraient traverser en sens inverse et, contre une modique somme, il a pris à bord de sa barque la porchère Isabelle, catatonique depuis la mort de son frère

A première vue, la tour est encore en chantier : haute d'un étage et demi, elle est entourée et surmontée d’échafaudages et d'une superstructure de poutres et madriers. Alors qu'ils approche d'un petit ponton, ils aperçoivent deux nains qui se précipitent sur la rive en faisant de grands signes pour attirer leur attention, si leurs appels n'y suffisaient pas. Prudent, les aventuriers décident de ne pas prendre de risque et mettent en panne à distance le temps d'une explication. Cela ne décourage pas du tout les deux bateaux-stoppeurs qui se jettent à l'eau pour rejoindre la péniche, attrapent une corde et se hissent à bord : 

- On vient avec vous ! On a de quoi payer ! Non, faut pas aller voir, y a rien d'intéressant, c'est un endroit pourri, on a que des merdes, c'est pourri. Que des accidents, des disparitions, on veut se barrer ! Allez, on y va ?"

Ils répondent aux questions avec empressement, en jetant des coups d'oeil derrière eux et paniquent visiblement quand une troisième silhouette dégringole le sentier au pas de course en hurlant leurs noms.
Arrivée au ponton, la personne - une femme naine au vu de son menton imberbe et de sa voix stridente - continue à les invectiver, s'interrompant parfois pour reprendre sa respiration.

- THINGRIM !!!!!! BELEGOL !!!!! REVENEZ ICI !! ...TOUT D' SUITE !!!! ...SI VOUS VOULEZ PAS ÊTRE RAYÉS DES LISTES DE LA GUILDE DES ENGINGNEURS !!! ...SINON VOUS SEREZ TRAITÉS COMME DES PARIAS ET DES CAPONS SANS PAROLES ET DES FOUTRIQUETS PARTOUT OU VOUS IREZ !!!"

Les deux nains se tassent dans leur col, toute velléité de voyage les quittant instantanément, et ils s’apprêtent à rejoindre terre. Les aventuriers les accompagnent pour interroger la naine sur ce qui se passe, naine qui ne leur accorde pas un instant d'attention tant qu'elle n'a pas fini de passer son savon à ses deux employés, qui reprennent le sentier vers le chantier en trainant les pieds. Elle se dégèle un peu et commence à expliquer quelle est la situation, d'une voix hachée par l’essoufflement de la course et d'une gueulante bien sentie.

- Ouais, on a commencé le chantier il y a de ça quoi... un mois, un mois et demi... Je suis l'ingénieur en chef, Aynulls Isembard, maitre Engenieur de ce royaume ! On avait trouvé l'emplacement parfait, une vieille tour abandonnée mais encore solide et on pensait l'utiliser comme soubassement. La pièce au premier étage est bien éventrée, mais les murs sont encore solides et on peut retaper tout ça. En-dessous, par contre, on sait pas ce qu'il y a, c'est totalement fermé, sans porte ni fenêtre ni rien. C'est bien stable. Le fait est qu'on est absolument nul part dans les travaux ! La poisse nous comme aux semelles, les accidents s'enchainent, des trucs complètement inexplicables, des outils qui tombent, des cordages qui lâchent, des ingénieurs qui se blessent... Et pire : qui disparaissent ! Le fait est, les gars ils commencent à dire que l'endroit est maudit, qu'on construit sur une ancienne tombe elfe ou les ancêtres et les dieux savent quoi et ça jase... Mais quand même,  que ces deux-là tentent de fiche le camps ainsi ! 

Elle traine les pieds en remontant, appréciant d'avoir une audience compatissante pour vider ce qu'elle a sur le cœur et la belle mise, le sourire onctueux et la chevelure luxuriante de Messire - ainsi qu'un jet de Charme particulièrement réussi, la poussent aux confidences et même à une offre des plus surprenantes : 

- ...Avec tout ça, mon équipe est décimée de moitié : on n'est plus que sept, moi comprise, alors que j'avais douze nains sous mes ordres, on est en retard, tout le monde est nerveux, j'ai aucune idée de ce qui nous colle la poisse ainsi... Écoutez, vous semblez des gens capables, et vous êtes nombreux : je suis prête à vous engager pour filer un coup de mains ! 4 pistoles par jour, et 5 couronnes quand le chantier est terminé, qu'est-ce que vous en dite ? 

Les aventuriers, ils en disent que oui, absolument, mais ne se mettent pas au travail tout de suite ; la plus part préfère commencer à investiguer pour trouver ce qui aurait pu causer ces accidents : 

La guilde des Pigeonniers, qui gère le service postal par pigeons voyageurs ? Ces salauds sont prêts à tout mais comment ils s'y seraient pris ? Après tout, il n'y a personne, le premier village est pas tout prêts et les hommes sont fiables ? 

Les affaires des nains ne révèlent rien à Albi. Il est bien tombé sur un paquet de lettres soigneusement rangées dans le paquetage d'un des hommes, mais le déchiffrage pénible des premières lignes l'a vite dissuadé de continuer : "Mon petit Guzul chéri, j'espère que cette lettre te trouve en bonne santé..."

Sariel rode à la périphérie de la zone déboisée à la recherche d'un sentier, qu'elle trouve et qui la mène à... et bien, à l'odeur, ce sont des latrines !

Un paquet de corde est en train d'être réparé, les torons défaits pour être renoués, les fibres sectionnées de façon irrégulières indiquant que le cordage a été sectionné par un outil peu aiguisé, qu'on s'y est repris à de nombreuses reprises, que la lame a mordu encore et encore dans les fibres avant que la corde ne soit fragilisée. 

Les accidents : des échafaudages montés la veille, avec soin bien sûr, qui s'effondrent sous les pas le lendemain. Des malades qui périssent, des nains qui disparaissent dans la nuit sans laisser de traces !

Aynulls Isembard interrompt les bavardages entre les aventuriers et son équipe : on est pas en avance, pas question de distraire ses travailleurs !

Le soir tombe et les nains se rassemblent dans la pièce principale avec soulagement, étirant leurs muscles endolori et humant avec bonheur la cuisine d'Albi, bien que celui-ci ne soit pas content de lui-même. 

Les travailleurs s'endorment rapidement tandis que les aventuriers se décident à établir un tour de garde. Les deux premiers seront Sariel et Messire Gerolf - Sariel postée dans la tour où dorment les nains, Gerolf faisant les cent pas au pieds de la tour en surveillant l'orée des bois. Et alors que s'élèvent les ronflements, Sariel entend un bref cri qui attire son attention vers les dormeurs, et elle voit une forme penchée sur un nain, inerte. La créature est horrible, humanoïdes mais dotées d'ailes membraneuses sous des bras s'achevant en griffes acérées. Avec un grand cri, elle dégaine son arme et fonce sur le monstre pour le frapper de sa dague. 

Tous se réveillent et s'extirpent de leurs sac de couchage tandis que Gerolf revient vers la tour en courant et tandis que le monstre riposte à l'attaque d'un grand coup de griffes. Le sang gicle, Sariel vacille mais tient bon malgré tout et ne perd pas conscience, les Nains lancent tout ce qui leur tombe sous la main, Albi fait tournoyer son lasso, Gerolf arrive au sommet de la rampe en courant peut-être un tout petit peu moins vite dans les derniers mètres de la rampe que dans les premiers et se rue, rapière dégainée, au devant du monstre. 

Il ne faut que quelques instant et une douzaine d'assaillant pour que la créature affamée ne soit lardée de coup et batte en retraite. Mais au lieu de s'envoler, elle s'affaisse tête la première au centre de la pièce et au lieu de frapper de tout son poids le dallage, celui-ci s'ouvre presque sans bruit pour former une trappe, qui se referme doucement une fois la créature engloutie dans les ténèbres.

Vite, on glisse une grosse tenaille dans l'ouverture pour empêcher celle-ci de se refermer entièrement, Aynulls va chercher un bras de force pour faire levier et Albi, Reubke puis Vox sautent dans le trou à la suite de la goule, toujours empêtrée dans le lasso. Cinq mètres de chutes dans le noir et un atterrissage sur un sol inégal font quelques dégâts, spécialement chez les plus petits. 

Vox décharge son tromblon dans la tête du monstre, Albi allume une lanterne est ils découvrent la pièce : circulaire, encombrées de vieux ossements brisés et de bouts de corps en putréfaction et en charpie, elle est bien plus étroite que la pièce au-dessus et ses murs semblent fait de métal. Ils sont épais mais Vox soupçonne qu'il y a un espace vide derrière, il suffit de trouver une porte - qui reste hélas invisible.
Le sol dallé s'orne - outre les restes des repoussants appétits du monstres - de gravures profondes dessinant une étoile à six branches dont le centre s'orne d'une dalle circulaire, mais bien trop résistante pour être défoncée à coup de marteau par Vox. Au bout des branches, de petites cupules semblent faite pour qu'on y insert quelque chose comme une clé. La goule volante en porte bien une attachée au cou, mais celle-ci est bien trop large pour coulisser dans les trous du... Au fait, comment appelle-ton une étoile à 6 branches ?

Un sexigramme !
(Gerolf Von Kerkher). 

Après avoir tenté toutes les combinaisons possibles (qui ne sont pas si nombreuses), Sariel décide d'emporter la clé qui ne s'insert nul part pour faire le tour de la tour à pied et chercher une autre entrée dissimulée, quelque part le long de l'escalier. 

...Et sur une sorte de palier, soudain, un grincement se fait entendre, une portion de murs se rétracte doucement vers l'intérieur avant de coulisser de part et d'autre, révélant un couloir plongeant dans les profondeur de la tour, vers un mur circulaire qui pourrait être celui du charnier de la goule


dimanche 2 juillet 2023

De Altdorf à Chateau Reikgard (en passant par Fielbach, Prieze et les Marais Reiker)

Schweinefleischstadt

Au matin, le MeudeFleu quitte le petit village des porchers dans un temps pluvieux et venteux. Renata, contrairement à Wilfried Reubke, n'est pas bien réveillée et dirige le bateau droit vers un banc de sable. La coque racle le fond, surprenant tout le monde qui parvient néanmoins à conserver son équilibre. Tous sauf Sariel, qui tombe à l'eau. Messire Von Kerkher se rue pour tenter de la rattraper avant son plongeon et non seulement échoue à la retenir mais il bascule également. Aucun des deux ne sait nager. Gerolf reste cependant calme et patauge pour maintenir sa tête hors de l'eau tandis que Sariel panique et boit la tasse. Elle coule, elle remonte, elle crie, elle panique totalement et plus elle se débat, plus elle se noie. 

Pendant ce temps, sur le bateau, Albi sort de la cuisine en galopant pour vérifier l'état de la coque dans la calle. Il esquive le mouton Timmy par miracle, alors que celui-ci donne libre court à sa furie affolée en chargeant la porte de la cuisine, tant lorsqu'il descend que lorsqu'il remonte de la calle, avec Siegfrida sur les talons. 

Reubke tente de calmer Renata, affolée par son erreur, et de garder la direction du navire.

Vox Pholk a vu le noble et l'elfe tomber à l'eau et se saisi d'une corde qu'il lance entre eux ; si Gerolf s'en saisi, Sariel en est totalement incapable, pas plus que Gerolf ne peut se porter à son secours. Le temps est compté pour l'Elfe des Mers qui étouffe de plus en plus à force d'inhaler de l'eau, 

Albi attrape son lasso et doit s'y reprendre à deux fois pour parvenir à cibler Sariel, la seconde fois aidé des conseils impérieux de Siegfrida qui lui commande où viser et, une fois que la boucle est passé autour du torse de Sariel, se campe fermement derrière lui pour hisser l'elfe avec lui. 

Une fois les deux naufragés hissés sur le pont, il est temps de s'intéresser aux animaux : Timmy rue de droite et gauche dans les caves, recouvrant tout de crottins. Les trois porcelets, toujours dans la chambre de Messire, en font de même et la literie est à nouveau souillée. Gerolf est à deux doigts de les passer par la fenêtre mais s'il l'aurait fait sans hésiter s'il avait été seul, le regard mouillé de Isabelle, la porchère de Schweinefleischstadt l'en empêche. 

Quand à Siegfrida, l'accident lui a donné une nouvelle raison d'être et de donner libre court à ses remarques acides : materner l'elfe endolorie et s'introniser chaperon pour éviter à Sariel d'hypothétiques assauts impudiques d'un certain personnage qui ne recule devant aucune bassesse ! 

Fielbach

Genaro Pérez Villaamil - vue d'une cité
Fielbach sur Reik

En fin de matinée, un port se dessine sur la berge. Et un port de belle taille qui plus est, alors que la carte achetée par Vox à Altdorf n'en fait aucune mention. Vox prend mal la chose. Occasion de manger chaud dans une taverne du port, de tenter quelques affaires - et se débarrasser des trois petits cochons - mais aussi d'apprendre les dernières nouvelles. L'Edit sur les Mutants est très mal accueilli et des buveurs se montent mutuellement la tête en même temps qu'ils éclusent des godets. L'objet de leur animosité, ce n'est pas seulement l'Empereur et les officieux, mais avant tout le dispensaire du temple local de Shallya, où les prêtresses accueillent chacun sans discrimination aucune. Albi, se considérant comme le bras armé du clergé de Sigmar depuis qu'il a été reconnu répurgateur patenté, entraine ses compagnons vers le temple de Shallya pour prévenir les Colombes. Ils découvrent bien vite qu'elles sont au courant : le bâtiment est claquemuré, une gravure grossièrement maculée est clouée sur la porte et voix tremblante répond à leurs coups sourds. 
Jean de Cirey, Collecta privilegiorum ordinis cisterciensis, Dijon, imprimeur Petrus Metlinger, 1491
Shallya protégeant les nécessiteux
LES MUTANTS

Les religieuses qui les laissent entrer sont terrifiées, la nature de leur vœux leurs interdit de lever la main contre qui que ce soit, pas d'avoir peur pour leur propre sécurité ou celles de leurs protégés : quelques malades qui se pelotonnent dans les lits de la salle des malades, dont une femme présentant une mutation évidente et un petit bambin abandonné qui trottine joyeusement sur ses trois jambes au devant des nouveaux venus - tu es mon nouveau papa ? - et de craindre l'inaction des soldats civils. Toujours torturé entre son devoir de respect du crédo sigmarite qui impose de respecter les édits impériaux et sa haine des mutants, Albi tranche et décide d'en appeler aux initiés de Sigmar. Reubke et Gerolf sont très soulagés de quitter l'établissement de soin et les risques de contagions pour suivre Albi au temple, avant de retourner au bateau, où Sariel grelotte, malade d'avoir avalé et inhalé l'eau contaminée par le lisier de porc. Au lieu de repartir de suite, ils attendent que Gerolf récupère son linge, déposé chez des lingères, et qui sera propre en fin d'après-midi. Ensuite ils repartent tandis que Vox digère ses dix pains saucisse qui devraient lui valoir le titre de Halfelin Honoraire (et surtout une indigestion carabinée. Non humain de toutes tailles, unissez-vous sur les latrines). 

Quand le navire s'éloigne de Fielbach, Vox a son attention attirée par une haute construction qui se détache à l'horizon ; une haute tour surmontée de deux bras mécaniques qui s'agitent et qui lui remet en mémoire une discussion avec deux ingénieux nains à Altorf, qui ont évoqué le grand chantier de construction d'une ligne de tours à signaux d'Altdorf à Nuln. Celle-ci est déjà entièrement achevée. 

En fin de journée, ils arrivent en vue d'une seconde ville qui n'apparait toujours pas sur la carte, la cité de Prieze, où des bateliers leur indique qu'il est possible d'emprunter le canal de Grünberg qui relie le Reik à Grünburg sur la Teufel en évitant les dangereux marais Reiker. 

Marais Reiker

Roselières du lac Bourget

Après une nuit à l'ancre au large de Prieze et après avoir décliné l'offre d'un premier nautonier qui leur propose de les diriger dans les bras morts et chenaux des marais, le Meudefleuh repart au matin vers les roselières où, espèrent-ils, ils retrouveront la trace de Boris Landsmann. On leur conseille de ne surtout pas s'approcher du Château Reikgard où personne n'est autorisé à accosté et où est reclus le Prince Héritier du Reikland pour des raisons obscures. En effet, une fois en vue des murailles étincelantes du chateau, ils comprennent rapidement qu'ils ne sont pas bienvenus et passent au large. Un autre bateau se dirige droit vers eux, pretextant avoir été accueilli d'une volée de grenaille par les gardes du château. Méfiants, ils gardent leurs armes à portée de main et grand bien leur prend car une douzaine d'hommes sont accroupis sur le pont, se dissimulant tant que le bateau n'est pas à portée. Boris se trouve parmi eux et se redresse soudain quand il entend sa soeur l'appeler et se rue sur le pont du Meudefleuh Les retrouvailles sont larmoyantes et pleines d'émotions jusqu'au mot de trop "tu manques à tous le monde, tu manques aux cochons". Submergé par la rage, Boris pousse un hurlement de rage tandis que deux défenses porcines lui percent les joues... Et que Albi et Vox déchargent respectivement arbalete et tromblon tandis que Gerolf et Sariel se ruent pour repourser le bateau à coup de perche et que Reubke manoeuvre pour éloigner le Meudefleuh. 

Rapidement, le bateau prend le large et distance ses poursuivants, le cadavre de Boris est repoussé à l'eau tandis qu'Isabelle, brisée, se laisse couler sur le pont en pleurant son frère... 

Sur le corps de Boris, une étrange petite amulette de bois ornée d'une couronne teintée de rouge retient l'attention d'Albi, juste avant qu'il ne fasse basculer le cadavre dans l'eau. 

Sur le rivage, la silhouette d'une seconde tour à signaux se dessine... (à suivre)

dimanche 23 avril 2023

Wellentag 24 Pflugzeit - reprise des affaires

    Pendant une semaine, les aventuriers ont fait relâche à Altdorf, vaquant à leurs affaires chacun de leur coté. Mais un matin qu'ils se retrouvent par hasard tous au Meudefleuh, Gerolf, Albi et Wilfried Reubke avisent un visage familier sur les quais, tourné vers eux. Ils ignorent le nom de cet individu et ne lui ont d'ailleurs jamais été présenté mais ils l'ont croisé à de multiples reprises durant la semaine qui s'est écoulée. Et son chapeau s'orne d'une plume violette. Albi capte son regard puis se croise les bras et attrape son oreille gauche de la main droite et son nez de la main gauche sans le quitter des yeux. L'inconnu à la plume violette répond d'un signe de tête, projetant le menton en avant, puis se frotte le pouce et l'index d'un geste qui signifie "l'argent" avant de se passer l'index sur la gorge. Albi estime que cet échange de geste constitue une prise de contact et descend sur le quai pour poursuivre la discussion vocalement, suivi par Gerolf alors que Wilfried reste à bord et prévient Sariel et Vox que quelque chose de vilain se prépare et qu'il faut être sur ses gardes. Vox s'empare de son nouveau pistolet à répétition mais ne descend pas plus que Reubke sur le quai tandis que Sariel se replonge bien vite dans l'étude de ses parchemins. 

Potrait de l'Electeur Frederick le Sage de Saxe - Durer - avec une plumme violette dessinée au chapeau
Le violet est à la mode cette année

    L'inconnu à la plume a tourné les talons dès qu'il a vu Gerolf et Albi descendre ensemble et s'éloigne d'un pas pressé. Le Halfelin a tôt fait de le perdre de vue - il ne l'a quitté des yeux qu'un instant à peine à cause d'un vendeur ambulant de tourtes et pain-saucisse ! - et quand il avance dans la direction prise, pense-t-il, par l'homme, c'est pour aviser un groupe de Petits Poissons vraisemblablement en train de prélever la "taxe d'amarrage et de solidarité avec les travailleurs" auprès d'un batelier qui met la main à la poche sans rechigner. En sous-nombre, Albi décide de faire un large détour et par hasard lui et Gerolf retombent sur la piste de l'Homme à la Plume. Tant que celui-ci ne les repèrent pas, ils parviennent à le suivre et à raccourcir la distance qui les séparent, mais lorsque l'homme les repère, il prend ses jambes à son cou et Albi est rapidement distancé et abandonne la course, à bout de souffle. Gerolf s'accroche un peu plus longtemps mais après avoir dérapé dans une flaque de boue et manqué s'étaler, il se fait distancer également et perd de vue le fuyard. Les deux reviennent au bateau en marchant au rythme d'Albi qui souffle, hors d'haleine et geignard, avant de se laisser tomber sur un rouleau de cordage. Qui sont ces gens aux atours violet et que leurs veulent-ils ? Il est évident qu'ils les suivent et qu'ils en ont tout particulièrement après Messire Von Kerkher, mais pourquoi ? Gerolf von Kerkher ressemble de façon troublante à un homme massacré sur la route d'Altdorf qui devait récupérer un héritage à Bögenhafen, ces inconnus espèrent-ils récupérer cet argent ? Comment entrer en contact avec eux et comprendre leurs motivations s'ils s'obstinent à communiquer par gesticulations et fuient sitôt qu'on tente de discuter ? Seraient-ils favorablement impressionnés s'ils voyaient Gerolf von Kerkher (prétendument) massacré par ses compagnons devant leurs yeux ? Il ne faudrait qu'un peu de sauce rouge et quelques accessoires de théâtre et des talents de comédien… 

    Renate Hauser est arrivée entre-temps, toute souriante, et s'enquiert auprès de Reubke des intentions du groupe et de la date de leur départ ; elle, de son coté, a fait le plein de mercerie et de camelote à vendre dans les villages environnant, elle est prête à partir dès qu'ils le souhaitent ! Après avoir envisagé un moment de hiffer l'ancre et lefer la foile comme on dit à Carobourg sans attendre, car l'air de la f'ille devient malfain", Gerolf et Reubke se ravisent et décident de chercher un moyen de rentabiliser leur trajet, c'est-à-dire une cargaison à revendre plus loin.  Après avoir visité un marchand de bois, estimé la qualité de ce qu'il leur proposait comme trop peu satisfaisante pour négocier et l'avoir rembarré vertement, ils ont opté pour des spiritueux et alcool après avoir entendu un bourgeois raconter des histoires d'un phalanstère de personnes de la haute qui se sont retiré pour faire des fêtes scandaleuses, et ont négocié âprement l'achat de quelques tonneaux d'alcool de vin de pomme et de bière naine d'Altdorf, sous-entendant à moitié que la qualité des marchandises et l'honnêteté des marchands d'Altdorf est très décevante, ce qui manque de vexer le marchand mais une affaire est une affaire et celle-ci est conclue par une vigoureuse poignée de main (et l'ajout d'un sac de noix salées, celles-ci aidant à la consommation de boisson) et la livraison aux frais du marchand des tonneaux au Meudefleuh. Vox réfléchi à la fabrication d'aiguilles de suture mais également à quelques détails pratiques, notamment à l'achat de cartes du fleuve, qu'il trouve auprès de la capitainerie

    Albi de son coté part à la recherche de plumes de couleurs violettes à fixer à son chapeau en signe de reconnaissance, ce qu'il trouve auprès d'un bateleur bradant les marionnettes de son théâtre et qu'il troque contre quelques sous et une histoire fantastique à propos de l'origine commune entre Elfes et Halfelins. Lorsqu'il revient au navire, c'est pour croiser le collecteur de taxe halfelin tout prêt à collecter une nouvelle semaine de droits d'amarrage, qu'il fait décamper de quelques menaces voilées et regards intimidants, avant de passer le reste de sa mauvaise humeur naturelle sur Sigfrieda Junker, qui tape sur les nerfs de plus d'un depuis qu'elle est suffisamment rétablie pour quitter le lit, sans oser se montrer ouvertement insolent mais par diverses manœuvres passives-agressive ("oui, TA seigneurie", cracher dans la soupe...). Après que la noble nulnoise se soit réfugiée dans sa cabine et avant que le Halfelin d'Altdorf ne revienne avec plus de courage et d'escorte, le Meudefleuh lève l'ancre, Reubke tient la barre, Renate manœuvre la voile tandis que Sariel et Gerolf exécutent leurs ordres. Le navire s'arrache aux quais souplement, se place proue dans le sens du courant en évitant barges et barques et le vent du sud gonfle soudain les voiles. 

Adieu Altdorf, la Cité des Brumes

    Poussé par un vent arrière et sous une pluie battante de printemps, le Meudefleuh remonte le Reik et quitte Altdorf. Alors qu'il vient de passer les remparts et que le tonnerre gronde, une voiture cochère passe les portes de la ville à vive allure. Les aventuriers qui la remarquent voient un visage en lame de couteau, à la bouche amère et au menton fuyant, un visage de fouine, tourné vers eux et qui se rejette rapidement en arrière, dans l'ombre de la voiture. La voiture avance aux coté du fleuve avant que la route ne s'éloigne du fleuve et qu'elle ne disparaisse derrière un rideau d'arbre. Les pluies et la fonte des neiges d'hiver ont gonflé les eaux du cours d'eau et la barge tangue assez, dans le courant, pour qu'Albi se sente doucement verdir. Comme l'explique Renate lors du repas du soir, le printemps, c'est la période des inondations et des débâcles, les flots inondent les rives et il faut être prudent aux épaves arrachées aux berges et aux bancs de sable remaniés par la force de l'eau. Il reste encore deux heure de clarté avant la nuit et le bateau repart dans l'espoir de trouver une ville, auberge ou village où passer la nuit en sécurité. Une heure plus tard, quand les toits d'un modeste village se dessinent dans le jour finissant, le capitaine Reubke décide de ne pas tenter sa chance plus avant et de rapprocher prudemment la barge de la rive. Sariel tente d'invoquer un sort de Pare-pluie mais, malchance, les Vents sont contraire, elle est tout aussi trempée qu'avant. 

    Le village - un hameau de quelques feus seulement dénommé Schweinefleischstadt - ne dispose malheureusement d'aucune auberge ou de quelle qu'autre commodité du même acabit mais les villageois médusés assurent qu'il y a toujours moyen de s'entendre avec l'habitant pour trouver une place où loger et ou manger pour quelques pièces et, quand le Capitaine Reubke mentionne négligemment la présence d'un initié de Sigmar à bord, les paysans se montrent encore plus empressés et désireux de plaire, suppliant que celui-ci vienne bénir les porcs de la famille Landsmann ! Albi proteste qu'il n'est pas exactement ce genre d'initié de Sigmar mais simplement celui qui traque les mu... les hérétiques, il accepte néanmoins de venir voir ce qu'ont les porcs de ladite famille. À défaut d'une inspiration divine, il a appris quelques petits trucs dans son ancienne profession de "conducteur" de bétail qui pourraient s'avérer utiles. Devant lui, se tient une jeune fille un peu vouté et hagarde, debout devant un enclos de truies rebondies et de porcelets ravis, un seau de pelures de légumes à la main. Ses cochons ? Ils vont parfaitement bien et sont en pleine santé... Mais ce qui l'inquiète vraiment, c'est son frère ! Son frère Boris, si doux, si aimable, si tendre avec les cochons, qui a soudain disparu un beau jour, enlevé par des pirates, la laissant seule à Schweinefleischstadt pour s'occuper des cochons et de ses vieux parents, oh monsieur, vous avez un bateau, si seulement vous pouviez lui faire entendre raison au nom de Sigmar et le convaincre de revenir à la maison, je vous donnerais tous ce que j'ai, et autant de cochons que vous le souhaitez !

Isabelle Landsmann et ses cochons.

    ...L'offre est tentante ! Non pas celle d'une récompense en or - il est peu probable que la paysanne en ai jamais vu une pièce - mais des petits cochons de lait, délicieusement rôtis, voici qui pourrait bien enrichir l'ordinaire ! Albi conduit la jeune fille à Reubke, qui entreprend un interrogatoire visant à vérifier la fiabilité de l'histoire en vérifiant que la jeune fille, soumise à un feu roulant de questions, ne se contredit pas. Et Reubke négocie son aide contre quatre porcelets, dont trois sont destinés à nourrir l'équipage et l'un devra être gardé vivant jusqu'à ce qu'on rencontre Boris pour l'attendrir. La jeune fille est priée de les conduire à bord et d'y rester pour veiller au bien-être des trois porcelets, l'un étant saigné sur le champ par Albi pour être débité en quartier et constitue le menu du soir. Etant donné la présence de pirates sur le fleuve, qu'ils ont déduite des explications un peu confuses et naïves de Isabelle la porchère, les aventuriers décident de ne pas tenter le Destin et de monter la garde tour à tour : Albi prend le premier tour, suivi par Sariel, puis Vox, puis Gerolf.

    Il est maintenant temps d'aller dormir et les choses se corsent. Le bateau est plutôt surpeuplé, il pleut toujours, personne n'a songé à demander le gite chez l'habitant et Messire Von Kerkher décide qu'il est temps d'apprendre à sa petite camarade Sigfrieda à partager : non seulement il invite libéralement la gardeuse de porc à dormir dans "sa" cabine mais décide également de réinvestir celle-ci. La baronne est suffoquée de ce qu'elle désigne comme un affront à sa dignité et son honneur et refuse mordicus de laisser Gerolf dormir dans sa chambre. Le ton monte rapidement, Gerolf protestant que cela ne sera pas une première et qu'il a déjà passé de longues nuits à son chevet à la veiller quand elle était souffrante, ce que Sigfrieda interprète comme un abus de sa faiblesse et une atteinte impardonnables à sa dignité. Seuls les compagnons de Gerolf osent intervenir dans la dispute entre les deux illustres rejetons de la noblesse d'Empire - pour prendre le parti du baron von Kerkher, évidemment. Blême de rage, Sigfrieda lève le camp et - oreiller et pistolets sous le bras - file dans la calle où dorment déjà Wilfried Reubke et Renate Hauser. Le lendemain, Reubke fera remarquer - un peu fielleusement - que ça n'a pas déranger Sigfrieda de partager la calle avec lui et donc qu'il y a peut-être un autre problème. Pour l'heure, Gerolf profite - seul - de son grand lit aux draps encore chauds, tandis qu'Isabelle se pelotonne sur le sol de la cabine. 

    Albi monte la garde, puis va se coucher après avoir réveillé Sariel, qui réveille ensuite Vox... Lequel pique du nez, tromblon sur les genoux.

    Le lendemain, quand Gerolf se réveille, la première chose qu'il remarque, c'est une odeur puissante, qui n'est pas celle du lard ou de la chicorée qui grille. Non. Ca sent le fumier. Et quand il s'étire, sa main cogne la masse tiède d'un corps endormi. Surpris, Gerolf tâte tout le long de la créature qui dort à ses coté, créature qui répond à cet attouchement par un GRUIIIIIIIIK de protestation. Gerolf est maintenant parfaitement réveillé et se redresse pour contempler trois petits porcelets qui se tortillent dans les draps. Isabelle, qui dort à coté du lit, s'excuse mais ils pouvaient pas rester sous la pluie dehors, ils allait prendre froid ou risquer de s'étrangler dans leur laisse, et puis les porcs ça tient chaud. Gerolf écoute patiemment cette explication ahurissante et rétorque que non, cela n'est pas admissible et que non, on ne dort pas avec les porcs, ça ne se fait pas et qu'elle sera de corvée lessive pour réparer les dommages causés par les cochons. Et puis pourquoi est-il encore dans son lit et pourquoi ne l'a-t-on pas réveillé pour son tour de garde ? Gerolf interpellant Vox "Vous avez dormi, Vox ?"  "Non", répond crânement le nain, tout en se redressant brusquement (la barbe écrasée d'un coté et une marque sur le visage)

Dessin au trait - Gerolf Von Kerkher en chemise de nuit se redresse dans le lit et contemple, horrifié, trois porcelets dodus qui se vautrent dans ses draps avec satisfaction
Salut, bien dormi ?

    Sigfrieda reste réfugiée dans la cale et ne se montre pas au déjeuner. Albi lui descend un bol de gruau et se montre aussi cassant avec elle que la veille, se reprenant une remarque cinglante au passage. Quand Vox apprend qu'elle a allumé une bougie dans une cale où sont stocké également des alcools et la poudre noire qu'il a acheté pour recharger ses armes, il se lève à son tour et va lui confisquer sa bougie sans un mot d'explication ou d'excuse. Il s'arrête pile quand il entend un bruit mécanique et se retourne pour la voir, dans la pénombre de la calle obscure, jouer avec le mécanisme de ses pistolets de duel. Il lui demande ce qu'elle fait, elle répond avec morgue qu'elle nettoie ses armes, si cela ne le dérange pas, et en brandis un droit devant elle, affectant de vérifier la mire, braquée droit sur la tête de Vox, qui garde son sang-froid après avoir exhibé son propre tromblon et son pistolet et remonte à son tour. Enfin Gerolf descend et propose de "vider l'abcès car il sent bien qu'il y a une certaine tension". Siegfrieda Junker l'éconduit d'une remarque vipérine sur son manque flagrant de mémoire car, selon elle, elle a clairement exposé ses griefs la veille au soir et s'il a la mémoire si courte, elle ne voit pas quel bien cela ferait de devoir répéter ceux-ci. Gerolf remonte donc rejoindre ses compagnons. Les aventuriers réunis ensemble conviennent qu'il est temps de mettre un terme au "problème nulnois" et pourquoi pas en débarquant celui-ci illico, au milieu du Reik. Sariel envisage d'invoquer un sort de Sommeil mais, malchance, les Vents sont contraires, c'est elle qui a soudain comme un coup de fatigue ! 

    Une fois qu'ils ont vidés ce qu'ils avaient sur le cœur, les Aventuriers passent à un autre problème : Boris Landsmann, le gardien de porc enlevé par des pirates et qui vit désormais avec eux. Quelque chose ne sent pas bon dans cette affaire, et pas que les porcs.
- Dites, ma petite Isabelle, nous ne mettons pas en doute votre amour des cochons, mais êtes-vous certaine que la vue du porcelet va donner envie à votre frère de revenir à Schweineflücheutruc - votre village quoi. On comprend bien que vous trouvez vos cochons adorables, mais êtes vous sure que votre frère pense pareil ? Je veux dire, est-ce qu'il serait ENVISAGEABLE qu'il ait décidé de fuir la porcherie parce que cela ne lui plaisait pas tant que cela ?" 

Gros plan sur le regard horrifié d'Isabelle qui n'avait jamais envisagé cette possibilité

Suite au prochain épisode.

dimanche 16 avril 2023

Une semaine de relâche à Altdorf

Durant les journées qui suivent leur sortie de prison, les aventuriers font relâche.  

Sariel Amakiir

Par le plus grand des hasards, l'Elfe a retrouvé Hieronymus Blitzen à Altdorf. L'Astromancien profite de cette rencontre pour poursuivre la formation de son étudiante, qui obtient également une patente officielle de lanceuse de sort. 

Quand elle ne s'entraine pas à focaliser les vents de magie ou à retranscrire des Sorts, l'Elfe se défoule dans des exercices d'endurance et de force afin d'entretenir la silhouette gracile et musclée qui font la renommée de son peuple !

Vox Pholk

En tant que Nain, Vox Pholk n'a nul besoin de s'inscrire auprès d'une Guilde humaine pour exercer ses talents, mais n'a encore rencontré aucun forgeron humains prêts à l'autoriser à utiliser ses propres installations. Le coworking n'est pas encore à l'ordre du jour.

Depuis plusieurs semaines, l'ingénieur nain travaillait aux plans d'une forge portative qui lui permettrait de pouvoir exercer l'art de la forge dans un atelier digne de ce nom. Il a acheté les matériaux de constructions à Weissbruck et profite de cette semaine de calme pour passer à la construction.

Désormais, la proue du MeudeFleuh s'orne d'une petite forge de campagne, protégée de la pluie par un petit auvent de bois.

Wilfried Reubke

Le bon Reubke profite de la claustration forcée de Elvyra Kleinestun à bord du Meudefleuh pour échanger des recettes et techniques d'apothicaires. Il en profite également pour s'enregistrer auprès de la Guilde des Apothicaires de Altdorf en tant qu'Apothicaire assermenté. Après avoir fait la démonstration de ses talents et payé un droit d'inscription onéreux, Reubke reçoit une patente d'apothicaire officielle.

Il continue également à soigner les blessures de Sigfrieda Junker, la jeune noble nulnoise blessée dans un duel sur les quais d'une auberge du canal de Weissbruck.

Albi Piedfané

Durant quatre décennies, Albi n'avait pas ressenti le besoin particulier d'apprendre à lire ou écrire. Cependant, au court des dernières semaine, cette ignorance s'est avérée plusieurs fois réellement handicapante, et il a résolu d'y remédier. Quand Elvyra Kleinestun investi la table de la cabine principale du Meudefleuh pour donner des leçons à sa jeune nièce, Albi les rejoint pour profiter des leçons d'écriture. 

Il fait également un passage dans différents offices pour apprendre de quelle façon procéder pour s'enregistrer en tant que combattant des impies et des cultistes et fini sa course dans un temple de Sigmar où il fait un récit tellement enflammé de ses exploits à Bögenhafen à un jeune prêtre mystifié qu'il parvient à se faire enregistrer comme Répurgateur halfelin itinérant, pour la gloire de Sigmar Heldenhammer !

Messire Gerolf  von Kerkher

Le petit noble de province passe énormément de temps au chevet de Sigfrieda Junker et écoute avidement ses descriptions enflammées de la vie romantique de duelliste itinérante. Il se décide à faire quelques emplètes et avec l'aide de Vox Pholk se porte acquéreur d'un plastron de cuirasse qui complètera sa panoplie guerrière mais également d'engager les services d'un maitre d'arme pour parfaire sa technique à la rapière. Ces leçons, sur le pont du Meudefleuh, sont l'occasion de parader devant la gent féminine du bateau et en particulier devant Sigfrieda. 

Renate Hausier

La colporteuse n'a pas grand-chose à vendre dans une grande ville telle qu'Altdorf mais y reconstitue ses stocks de marchandises en prévision du prochain départ du Meudefleuh (dont elle forme, de fait, le second membre d'équipage qualifié et permanent avec Reubke).  Elle passe au bateau pour déposer les marchandises et y prendre de temps en temps un repas mais n'y dort pas, ayant préféré prendre une chambre dans une auberge et bénéficier d'un peu plus d'intimité et de confort.

Elvyra Kleinestun

Ne quitte pas le bateau et passe même le plus clair de son temps dans la calle, à inventorier ses stocks ou dans la pièce commune, ne s'aventurant que rarement sur le pont. 

Sigfrieda Junker

Ne quitte pas la chambre de Gerolf - où plutôt la chambre qu'il s'est attribué d'autorité avant de la céder généreusement à Sariel et Renate puis à Elvyra et Liza avant d'y installer la jeune nulnoise qui, en sa double qualité de dame bien née et de grande blessée, en a la jouissance exclusive. Ce n'est pas la paresse qui la retient au lit mais la fièvre car, loin de respecter le calme et le repos prescrit par Reubke et Kleinestun, elle s'efforcait de se redresser sur sa couche pour tenir salon à chaque visite de Gerolf et lorsque celui-ci oriente la conversation sur l'art du duel et du combat, elle s'agite tant et si bien qu'elle a plus d'une fois fait bouger ses bandages, empêchant ainsi les cataplasmes de faire leur effet. Surveillée de prêt par Reubke, elle semble néanmoins se remettre doucement et après quelques jours, elle peut enfin faire quelques pas prudent sur le pont, pour admirer la grâce martiale de Gerolf lors de ses entrainements d'escrime.

Le Meudefleuh

Les calles du bateau sont désormais quasiment vides : la laine et le vin ont été vendu, le bois et le métal ont servi à la construction de la forge. Cependant l'argent file vite entre les doigts, à Altdorf... Il est bientôt l'heure de faire les comptes et de décider comment investir le reste du pécule avant qu'il n'ait fondu comme cire sous la flamme.