Pendant une semaine, les aventuriers ont fait relâche à Altdorf, vaquant à leurs affaires chacun de leur coté. Mais un matin qu'ils se retrouvent par hasard tous au Meudefleuh, Gerolf, Albi et Wilfried Reubke avisent un visage familier sur les quais, tourné vers eux. Ils ignorent le nom de cet individu et ne lui ont d'ailleurs jamais été présenté mais ils l'ont croisé à de multiples reprises durant la semaine qui s'est écoulée. Et son chapeau s'orne d'une plume violette. Albi capte son regard puis se croise les bras et attrape son oreille gauche de la main droite et son nez de la main gauche sans le quitter des yeux. L'inconnu à la plume violette répond d'un signe de tête, projetant le menton en avant, puis se frotte le pouce et l'index d'un geste qui signifie "l'argent" avant de se passer l'index sur la gorge. Albi estime que cet échange de geste constitue une prise de contact et descend sur le quai pour poursuivre la discussion vocalement, suivi par Gerolf alors que Wilfried reste à bord et prévient Sariel et Vox que quelque chose de vilain se prépare et qu'il faut être sur ses gardes. Vox s'empare de son nouveau pistolet à répétition mais ne descend pas plus que Reubke sur le quai tandis que Sariel se replonge bien vite dans l'étude de ses parchemins.
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| Le violet est à la mode cette année |
L'inconnu à la plume a tourné les talons dès qu'il a vu Gerolf et Albi descendre ensemble et s'éloigne d'un pas pressé. Le Halfelin a tôt fait de le perdre de vue - il ne l'a quitté des yeux qu'un instant à peine à cause d'un vendeur ambulant de tourtes et pain-saucisse ! - et quand il avance dans la direction prise, pense-t-il, par l'homme, c'est pour aviser un groupe de Petits Poissons vraisemblablement en train de prélever la "taxe d'amarrage et de solidarité avec les travailleurs" auprès d'un batelier qui met la main à la poche sans rechigner. En sous-nombre, Albi décide de faire un large détour et par hasard lui et Gerolf retombent sur la piste de l'Homme à la Plume. Tant que celui-ci ne les repèrent pas, ils parviennent à le suivre et à raccourcir la distance qui les séparent, mais lorsque l'homme les repère, il prend ses jambes à son cou et Albi est rapidement distancé et abandonne la course, à bout de souffle. Gerolf s'accroche un peu plus longtemps mais après avoir dérapé dans une flaque de boue et manqué s'étaler, il se fait distancer également et perd de vue le fuyard. Les deux reviennent au bateau en marchant au rythme d'Albi qui souffle, hors d'haleine et geignard, avant de se laisser tomber sur un rouleau de cordage. Qui sont ces gens aux atours violet et que leurs veulent-ils ? Il est évident qu'ils les suivent et qu'ils en ont tout particulièrement après Messire Von Kerkher, mais pourquoi ? Gerolf von Kerkher ressemble de façon troublante à un homme massacré sur la route d'Altdorf qui devait récupérer un héritage à Bögenhafen, ces inconnus espèrent-ils récupérer cet argent ? Comment entrer en contact avec eux et comprendre leurs motivations s'ils s'obstinent à communiquer par gesticulations et fuient sitôt qu'on tente de discuter ? Seraient-ils favorablement impressionnés s'ils voyaient Gerolf von Kerkher (prétendument) massacré par ses compagnons devant leurs yeux ? Il ne faudrait qu'un peu de sauce rouge et quelques accessoires de théâtre et des talents de comédien…
Renate Hauser est arrivée entre-temps, toute souriante, et s'enquiert auprès de Reubke des intentions du groupe et de la date de leur départ ; elle, de son coté, a fait le plein de mercerie et de camelote à vendre dans les villages environnant, elle est prête à partir dès qu'ils le souhaitent ! Après avoir envisagé un moment de hiffer l'ancre et lefer la foile comme on dit à Carobourg sans attendre, car l'air de la f'ille devient malfain", Gerolf et Reubke se ravisent et décident de chercher un moyen de rentabiliser leur trajet, c'est-à-dire une cargaison à revendre plus loin. Après avoir visité un marchand de bois, estimé la qualité de ce qu'il leur proposait comme trop peu satisfaisante pour négocier et l'avoir rembarré vertement, ils ont opté pour des spiritueux et alcool après avoir entendu un bourgeois raconter des histoires d'un phalanstère de personnes de la haute qui se sont retiré pour faire des fêtes scandaleuses, et ont négocié âprement l'achat de quelques tonneaux d'alcool de vin de pomme et de bière naine d'Altdorf, sous-entendant à moitié que la qualité des marchandises et l'honnêteté des marchands d'Altdorf est très décevante, ce qui manque de vexer le marchand mais une affaire est une affaire et celle-ci est conclue par une vigoureuse poignée de main (et l'ajout d'un sac de noix salées, celles-ci aidant à la consommation de boisson) et la livraison aux frais du marchand des tonneaux au Meudefleuh. Vox réfléchi à la fabrication d'aiguilles de suture mais également à quelques détails pratiques, notamment à l'achat de cartes du fleuve, qu'il trouve auprès de la capitainerie
Albi de son coté part à la recherche de plumes de couleurs violettes à fixer à son chapeau en signe de reconnaissance, ce qu'il trouve auprès d'un bateleur bradant les marionnettes de son théâtre et qu'il troque contre quelques sous et une histoire fantastique à propos de l'origine commune entre Elfes et Halfelins. Lorsqu'il revient au navire, c'est pour croiser le collecteur de taxe halfelin tout prêt à collecter une nouvelle semaine de droits d'amarrage, qu'il fait décamper de quelques menaces voilées et regards intimidants, avant de passer le reste de sa mauvaise humeur naturelle sur Sigfrieda Junker, qui tape sur les nerfs de plus d'un depuis qu'elle est suffisamment rétablie pour quitter le lit, sans oser se montrer ouvertement insolent mais par diverses manœuvres passives-agressive ("oui, TA seigneurie", cracher dans la soupe...). Après que la noble nulnoise se soit réfugiée dans sa cabine et avant que le Halfelin d'Altdorf ne revienne avec plus de courage et d'escorte, le Meudefleuh lève l'ancre, Reubke tient la barre, Renate manœuvre la voile tandis que Sariel et Gerolf exécutent leurs ordres. Le navire s'arrache aux quais souplement, se place proue dans le sens du courant en évitant barges et barques et le vent du sud gonfle soudain les voiles.
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| Adieu Altdorf, la Cité des Brumes |
Poussé par un vent arrière et sous une pluie battante de printemps, le Meudefleuh remonte le Reik et quitte Altdorf. Alors qu'il vient de passer les remparts et que le tonnerre gronde, une voiture cochère passe les portes de la ville à vive allure. Les aventuriers qui la remarquent voient un visage en lame de couteau, à la bouche amère et au menton fuyant, un visage de fouine, tourné vers eux et qui se rejette rapidement en arrière, dans l'ombre de la voiture. La voiture avance aux coté du fleuve avant que la route ne s'éloigne du fleuve et qu'elle ne disparaisse derrière un rideau d'arbre. Les pluies et la fonte des neiges d'hiver ont gonflé les eaux du cours d'eau et la barge tangue assez, dans le courant, pour qu'Albi se sente doucement verdir. Comme l'explique Renate lors du repas du soir, le printemps, c'est la période des inondations et des débâcles, les flots inondent les rives et il faut être prudent aux épaves arrachées aux berges et aux bancs de sable remaniés par la force de l'eau. Il reste encore deux heure de clarté avant la nuit et le bateau repart dans l'espoir de trouver une ville, auberge ou village où passer la nuit en sécurité. Une heure plus tard, quand les toits d'un modeste village se dessinent dans le jour finissant, le capitaine Reubke décide de ne pas tenter sa chance plus avant et de rapprocher prudemment la barge de la rive. Sariel tente d'invoquer un sort de Pare-pluie mais, malchance, les Vents sont contraire, elle est tout aussi trempée qu'avant.
Le village - un hameau de quelques feus seulement dénommé Schweinefleischstadt - ne dispose malheureusement d'aucune auberge ou de quelle qu'autre commodité du même acabit mais les villageois médusés assurent qu'il y a toujours moyen de s'entendre avec l'habitant pour trouver une place où loger et ou manger pour quelques pièces et, quand le Capitaine Reubke mentionne négligemment la présence d'un initié de Sigmar à bord, les paysans se montrent encore plus empressés et désireux de plaire, suppliant que celui-ci vienne bénir les porcs de la famille Landsmann ! Albi proteste qu'il n'est pas exactement ce genre d'initié de Sigmar mais simplement celui qui traque les mu... les hérétiques, il accepte néanmoins de venir voir ce qu'ont les porcs de ladite famille. À défaut d'une inspiration divine, il a appris quelques petits trucs dans son ancienne profession de "conducteur" de bétail qui pourraient s'avérer utiles. Devant lui, se tient une jeune fille un peu vouté et hagarde, debout devant un enclos de truies rebondies et de porcelets ravis, un seau de pelures de légumes à la main. Ses cochons ? Ils vont parfaitement bien et sont en pleine santé... Mais ce qui l'inquiète vraiment, c'est son frère ! Son frère Boris, si doux, si aimable, si tendre avec les cochons, qui a soudain disparu un beau jour, enlevé par des pirates, la laissant seule à Schweinefleischstadt pour s'occuper des cochons et de ses vieux parents, oh monsieur, vous avez un bateau, si seulement vous pouviez lui faire entendre raison au nom de Sigmar et le convaincre de revenir à la maison, je vous donnerais tous ce que j'ai, et autant de cochons que vous le souhaitez !
| Isabelle Landsmann et ses cochons. |
...L'offre est tentante ! Non pas celle d'une récompense en or - il est peu probable que la paysanne en ai jamais vu une pièce - mais des petits cochons de lait, délicieusement rôtis, voici qui pourrait bien enrichir l'ordinaire ! Albi conduit la jeune fille à Reubke, qui entreprend un interrogatoire visant à vérifier la fiabilité de l'histoire en vérifiant que la jeune fille, soumise à un feu roulant de questions, ne se contredit pas. Et Reubke négocie son aide contre quatre porcelets, dont trois sont destinés à nourrir l'équipage et l'un devra être gardé vivant jusqu'à ce qu'on rencontre Boris pour l'attendrir. La jeune fille est priée de les conduire à bord et d'y rester pour veiller au bien-être des trois porcelets, l'un étant saigné sur le champ par Albi pour être débité en quartier et constitue le menu du soir. Etant donné la présence de pirates sur le fleuve, qu'ils ont déduite des explications un peu confuses et naïves de Isabelle la porchère, les aventuriers décident de ne pas tenter le Destin et de monter la garde tour à tour : Albi prend le premier tour, suivi par Sariel, puis Vox, puis Gerolf.
Il est maintenant temps d'aller dormir et les choses se corsent. Le bateau est plutôt surpeuplé, il pleut toujours, personne n'a songé à demander le gite chez l'habitant et Messire Von Kerkher décide qu'il est temps d'apprendre à sa petite camarade Sigfrieda à partager : non seulement il invite libéralement la gardeuse de porc à dormir dans "sa" cabine mais décide également de réinvestir celle-ci. La baronne est suffoquée de ce qu'elle désigne comme un affront à sa dignité et son honneur et refuse mordicus de laisser Gerolf dormir dans sa chambre. Le ton monte rapidement, Gerolf protestant que cela ne sera pas une première et qu'il a déjà passé de longues nuits à son chevet à la veiller quand elle était souffrante, ce que Sigfrieda interprète comme un abus de sa faiblesse et une atteinte impardonnables à sa dignité. Seuls les compagnons de Gerolf osent intervenir dans la dispute entre les deux illustres rejetons de la noblesse d'Empire - pour prendre le parti du baron von Kerkher, évidemment. Blême de rage, Sigfrieda lève le camp et - oreiller et pistolets sous le bras - file dans la calle où dorment déjà Wilfried Reubke et Renate Hauser. Le lendemain, Reubke fera remarquer - un peu fielleusement - que ça n'a pas déranger Sigfrieda de partager la calle avec lui et donc qu'il y a peut-être un autre problème. Pour l'heure, Gerolf profite - seul - de son grand lit aux draps encore chauds, tandis qu'Isabelle se pelotonne sur le sol de la cabine.
Albi monte la garde, puis va se coucher après avoir réveillé Sariel, qui réveille ensuite Vox... Lequel pique du nez, tromblon sur les genoux.
Le lendemain, quand Gerolf se réveille, la première chose qu'il remarque, c'est une odeur puissante, qui n'est pas celle du lard ou de la chicorée qui grille. Non. Ca sent le fumier. Et quand il s'étire, sa main cogne la masse tiède d'un corps endormi. Surpris, Gerolf tâte tout le long de la créature qui dort à ses coté, créature qui répond à cet attouchement par un GRUIIIIIIIIK de protestation. Gerolf est maintenant parfaitement réveillé et se redresse pour contempler trois petits porcelets qui se tortillent dans les draps. Isabelle, qui dort à coté du lit, s'excuse mais ils pouvaient pas rester sous la pluie dehors, ils allait prendre froid ou risquer de s'étrangler dans leur laisse, et puis les porcs ça tient chaud. Gerolf écoute patiemment cette explication ahurissante et rétorque que non, cela n'est pas admissible et que non, on ne dort pas avec les porcs, ça ne se fait pas et qu'elle sera de corvée lessive pour réparer les dommages causés par les cochons. Et puis pourquoi est-il encore dans son lit et pourquoi ne l'a-t-on pas réveillé pour son tour de garde ? Gerolf interpellant Vox "Vous avez dormi, Vox ?" "Non", répond crânement le nain, tout en se redressant brusquement (la barbe écrasée d'un coté et une marque sur le visage)
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| Salut, bien dormi ? |
Sigfrieda reste réfugiée dans la cale et ne se montre pas au déjeuner. Albi lui descend un bol de gruau et se montre aussi cassant avec elle que la veille, se reprenant une remarque cinglante au passage. Quand Vox apprend qu'elle a allumé une bougie dans une cale où sont stocké également des alcools et la poudre noire qu'il a acheté pour recharger ses armes, il se lève à son tour et va lui confisquer sa bougie sans un mot d'explication ou d'excuse. Il s'arrête pile quand il entend un bruit mécanique et se retourne pour la voir, dans la pénombre de la calle obscure, jouer avec le mécanisme de ses pistolets de duel. Il lui demande ce qu'elle fait, elle répond avec morgue qu'elle nettoie ses armes, si cela ne le dérange pas, et en brandis un droit devant elle, affectant de vérifier la mire, braquée droit sur la tête de Vox, qui garde son sang-froid après avoir exhibé son propre tromblon et son pistolet et remonte à son tour. Enfin Gerolf descend et propose de "vider l'abcès car il sent bien qu'il y a une certaine tension". Siegfrieda Junker l'éconduit d'une remarque vipérine sur son manque flagrant de mémoire car, selon elle, elle a clairement exposé ses griefs la veille au soir et s'il a la mémoire si courte, elle ne voit pas quel bien cela ferait de devoir répéter ceux-ci. Gerolf remonte donc rejoindre ses compagnons. Les aventuriers réunis ensemble conviennent qu'il est temps de mettre un terme au "problème nulnois" et pourquoi pas en débarquant celui-ci illico, au milieu du Reik. Sariel envisage d'invoquer un sort de Sommeil mais, malchance, les Vents sont contraires, c'est elle qui a soudain comme un coup de fatigue !
Une fois qu'ils ont vidés ce qu'ils avaient sur le cœur, les Aventuriers passent à un autre problème : Boris Landsmann, le gardien de porc enlevé par des pirates et qui vit désormais avec eux. Quelque chose ne sent pas bon dans cette affaire, et pas que les porcs.
- Dites, ma petite Isabelle, nous ne mettons pas en doute votre amour des cochons, mais êtes-vous certaine que la vue du porcelet va donner envie à votre frère de revenir à Schweineflücheutruc - votre village quoi. On comprend bien que vous trouvez vos cochons adorables, mais êtes vous sure que votre frère pense pareil ? Je veux dire, est-ce qu'il serait ENVISAGEABLE qu'il ait décidé de fuir la porcherie parce que cela ne lui plaisait pas tant que cela ?"








