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mardi 12 décembre 2023
dimanche 10 décembre 2023
L'ombre des Wittgenstein - le Graf Orlock
Alliance entre bateliers
Le Meudefleuh quitte Kemperbad précipitamment après en avoir reçu l'autorisation de la garde impériale, sans attendre une seconde inspection, le nain et le halfelin sont nettoyés à grandes eaux et le bateau remonte à la voile en direction du nord, vers Grissenwald. Sans avoir aucune idée de la distance qui les sépare de la ville où demeure la mystérieuse Etelka, Shana et Marguerite, les montures de Gerolf et Albi vendues à un maquignon de passage parce que les frais d'écurie n'avaient pas été honorés. Dans l'immédiat, le plus urgent est de mettre une bonne distance entre la cité franche et le navire. Il faut beau, le vent souffle dans la bonne direction, Reubke et Elvyra à la manœuvre maitrisent de mieux en mieux les caprices du fleuve, le bateau avance donc à allure raisonnable contre le courant. A midi, pour se remettre de leurs émotions, ils ouvrent une bouteille du brandy de contrebande acquis à Kemperbad pour vérifier s'ils ont été roulés sur la marchandise ou non ; la boisson s'avère excellente et cela ragaillardi l'équipage qui envisage déjà les profits futurs de cette vente. Ils décident également de ne pas ouvrir d'autres bouteilles que celles de la caisse abimée lors du transport, pour ne pas boire leurs gains potentiels. Reubke abandonne la barre à Elvyra pour concocter des potions, Sariel étudie les grimoires récupérés à la tour à signaux et...
- Ohé ! Ohé du bateau ! Banc de sable droit devant !"
Un homme les hèle depuis une barge à quelques brasses, Reubke et Gerolf (respectivement capitaine faisant fonction et capitaine officiel) viennent se pencher au bastingage pour observer l'équipage qui vient de les interpeler ainsi. Un autre bateau commerçant remonte le Reik, son équipage est formé de quatres hommes en tout, dont celui qui leur désigne un remous étrange dans l'eau droit devant la proue du Meudefleuh. Une manœuvre d’évitement rapproche le Meudefleuh du second navire et les deux équipages s'observent avec un peu de défiances : après tout, qu'est-ce qui garanti qu'il ne s'agit pas de pirates tentant de tromper leur vigilance respective ?
- Vous venez d'où comme cela ? De Altdorf ? Nous de Wurtbad sur le Stir et on va jusqu'à Pfeildorf après Nuln ! Vous travaillez pour quelle compagnie ? Ah des indépendants ? Tout comme nous alors ! Cap'taine Berhard Dampfer, et voici mes fils Karl et Hans ! Et puis Reiner Vollrat mon matelot ! On vient d'acheter de la laine à Stockhausen, on ira la vendre à Grissenwald ! Vous comptez vendre votre liqueur à Grissenwald ? Oh de la fine de Kempberbad ! Vous avez déjà un acheteur qui vous attend ? Mais vendez-là à Stirgau plutôt ! La Lorlei, c'est l'endroit où vendre ce genre de délicatesse, vous trouverez toujours acheteur là-bas ! ...Mais parce que c'est la ville de villégiature des nantis et des jeunes mariés, pardi ! Ils viennent tous pour la vue sur le rocher, et tout !
Rassuré par leurs échanges patelins, les équipages se dégèlent et le matelot de l'Oiselle Dansante qui tenait ostensiblement une arbalète chargée le long de sa jambe se détourne pour retourner à la manœuvre.
- Dites, ça vous dirait pas qu'on fasse route ensemble ? A deux bateau, on aura l'air un peu plus impressionnant et ça dissuadera d'éventuels audacieux, si vous voyez ce que j'veux dire ?" demande Bernardt
- Mais oui, pourquoi pas ?" répond Reubke
- Et si on se fait attaquer, on trace et on les laisse se débrouiller !" enchaine Vox, trop bas pour être entendu depuis l'Oiselle.
Les deux bateaux avancent à même allure, l'Oiselle ouvrant la route au Meudefleuh, jusqu'à la tombée de la nuit où ils font escale dans un modeste village de pêcheurs du nom de Naffdorf. Celui-ci n'a absolument rien pour marquer les mémoires, sinon l'architecture inhabituelle du temple de Sigmar, construit en bordure du fleuve. De plan centré et en forme de tau surplombé d'une coupole comme c'est la tradition, une de ses ailes est percée de deux larges fenêtre et pourvue d'une cheminée comme s'il s'agissait d'une demeure cossue. Les fenêtres sont également pourvue de carreaux, luxe inhabituels, mais aussi d'épais barreaux métalliques, bizarrerie inexplicable.
Les deux équipages se retrouvent à bord du Meudefleuh où Albi se décarcasse pour donner au souper un lustre de repas de fête : tourbillon de chantilly de saindoux, aspic de lard, tarte aux abats, etc. Tout le savoir-faire du représentant du Moot y passe ! Rien n'est trop beau pour amadouer l'équipage de l'Oiselle Dansante et lui faire accepter l'idée de prendre à leur bord la jeune baronne Sigfrida Junker, que les aventuriers ne peuvent tout simplement plus voir en peinture !
Prophétie
Alors que le repas s'achève par la dégustation d'une nouvelle bouteille de fine de Kemperbad - au diable la promesse de ne pas toucher aux gains futurs - les cloches du temple sonnent à la volée, appelant les fidèles à l'autel. Albi répond aussitôt à l'appel, donnant le signal à Reubke, Gerolf et Vox, imités par Bernhard et ses deux fils. Sariel restant à bord du Meudefleuh, le capitaine de l'Oiselle Dansante hésite un peu avant de demander à son matelot d'en faire de même : la prudence reste de mise après tout.
Les pêcheurs du village se sont également pressés vers le bâtiment et alors qu'ils entrent dans le temple, correspondant en tout point à ce qu'on peut s'attendre à trouver dans un petit village (murs chaulés, peintures sommaires et maladroites, statues en bois des saints, exvotos...) à l'exception de l'aile-maison complètement murée sinon une porte en bois, grande ouverte, donnant sur une grille de fer, totalement fermée. Le prêtre va et vient devant la grille, dissimulant à demi la silhouette prostrée qui s'agrippe au métal.
Là, vit la Recluse. Une Sainte Femme qui a dédié sa vie à Sigmar et subit exaltations et visions prophétiques et vit désormais en anachorète dans le temple, l'expression de sa foi ne lui permettant pas de suivre les hordes de flagellants demi-nus qui parcourent les routes de l'Empire, bien qu'au court de ses crises mystiques, elle arrache régulièrement ses vêtements elle aussi. D'où le fait qu'il vaut mieux pour sa sécurité qu'elle soit contenue derrière des murs épais et de lourds barreaux probablement.
L'intérêt lubrique de Gerolf von Kerkheur s'en trouve éveillé et aussitôt douché lorsqu'il aperçoit la silhouette de la Recluse : sale, maigre, ses cheveux gris lui tombent en paquet de noeuds sur les épaules et ses mains noueuses comme des sarments de vignes trahissent son âge : la soixantaine sans doute, mais la soixantaine très mal conservée.
La foule murmure, les gens se poussent de l'épaule en échangeant quelques mots, dans l’expectative tandis que le prêtre ouvre les mains et sourit pour accueillir ses ouailles de quelques paroles apaisantes
- Mes biens chers frères, mes biens chers soeurs, louons le tout-puissant Sigmar qui nous fait la sainte grâce de se manifester à nous au travers notre très sainte et très vénérée sainte Griselda qui...
A ses cotés, un enfant de chœur s'est avancé, armé d'une paire de petit ciseaux et d'une coupelle et entreprend de couper les griffes noires de crasses de la vieillarde, qui n'y prête aucune attention, en prenant soin de n'égarer aucune rognure d'ongle.
La Recluse redresse la tête, soulevée d'un hoquet et sa voix chevrotante se fait entendre, stoppant net l'homélie du prêtre
- Malheur à nous ! Malheur à nous ! La bien-aimée de Morr à la robe verte et brillante chevauche le fleuve de Sigmar ! Oui, entendez bien : la Mort est sur le Reik !
Lorsque la Recluse commence à parler, l'enfant de chœur dépose immédiatement coupelle et ciseaux pour s'emparer d'un petit carnet de notes. Il hoche la tête d'un air entendu en regardant le prêtre, comme un amateur de bingo qui constate que oui, oui, il a déjà ce numéro dans sa grille, et attends patiemment la suite.
Les Ténèbres s'assemblent et la Dernière Maison de la Joie va sombrer !
Après trois jours de fêtes, de moutons et de vaches, le Grand Mutateur a dirigé son Ombre sur l'orgueilleuse cité marchande et maintenant la Main souillée guide les actes du Seigneur jadis puissant...
Malheur, je dis, Malheur ! Ce pouvoir derrière le trône nous condamne tous ! Le Roi cornu remplacera le roi brisé sur son Trône de Mensonge et les murs blancs alors trembleront et s’abattront sur les ruines de l'Empire et ce sera la Fin des Temps ! Et les dieux ne nous sauveront...
Ces dernières paroles sont étouffées par le prêtre qui referme précipitamment la porte de bois sur la recluse et se tourne vers l'assemblée avec un sourire un peu crispé.
- Ah prions pour le salut de notre Empereur, mes frères et mes sœurs, et remercions Sigmar qui nous fait la grâce de sa sagesse ! Et n'oubliez-pas, les reliques de Sainte Griselda sont en vente à prix modique, pour la protection contre la foudre, la fièvre, les convulsions du nouveau-né...
Légèrement ébranlés, les aventuriers délaissent les rognures d'ongles vendues par l'enfant de choeur pour lui acheter une copie des prophéties de la sibylle de village, avant de revenir d'un pas lent au navire. Bernhard et ses fils sont également pensifs, d'autant qu'ils ont entendu quelques rumeurs sinistres sur les tensions croissantes entre Talabecland et Ostland, liées à à la mort du prince héritier d'Ostland dans les Montagnes Grises, suite à sa fameuse expédition... Ah oui, cette fameuse expédition à laquelle les aventuriers avaient envisagés se joindre, il y a quelques mois de cela, et dont ils ont malheureusement raté le départ d'Altdorf...
L'ombre du donjon
Le lendemain, les deux bateaux repartent ensemble.
Rien de bien notable à signaler, sinon la noire silhouette d'un donjon menaçant perché sur un éperon rocheux détaché de la falaise qui domine le Reik, et autour duquel des nuées de corneilles tournent en criaillant. Alors les bateaux s'en rapproche, l'Oiselle Dansante lance un appel au Meudefleuh :
- danger à tribord, passez au large !"
Une forme grisâtre flotte entre deux eaux, bercée par les vaguelettes, et Sariel se saisi d'une gaffe. Voyant cela, les marins de l'Oiselle hurlent des mises en garde
- N'y touchez pas !"
Sariel donne un coup de perche bien placé à la forme pour l'écarter de la coque du bateau et sous le choc celle-ci tournoie sur elle même, dévoilant sa face inférieur et sa nature de cadavre humanoïde boursouflé, au visage arraché par les poissons et au ventre couvert de petites tentacules lui poussant comme une rangée de mamelons le long du torse et de sous les aisselles. ...Albi décide de relever prudemment ses filets, peu confiant dans la salubrité des poisons qui pourraient être tiré de ces eaux saumâtres.
- Par les dieux, c'est un mutant ! ...un brigand !
Il faut en avertir de ce pas le château !
Gerolf se redresse et bombe héroïquement le torse, imprégné de sa noble dignité.
Et Albi opine du chef, un zèle de fanatique brulant dans ses prunelles.
Et Vox opine du chef. Sariel est peu convaincue mais Reubke se plie à la volonté de son maitre.
- OHÉ L'OISELLE ! On met le cap à terre..."
- QUOI !?! VOUS ETES FOUS !! C'EST WITTGENSTDORF !! C'EST CHEZ LES WITTGENSTEIN ! C'EST DES NOBLES, ILS ONT TOUS POUVOIR, PERSONNE PEUT RIEN LEUR DIRE ET C'EST MAUDIT ! ALLEZ PAS LÀ, C'EST MAUDIT !!!! ON VOUS ATTEND PAS !!!"
Gerolf estime qu'il faut d'autant plus y aller et prévenir la noble famille Wittgenstein que sa terre est maudite, il faut qu'ils soient avertit, ce sont des choses qui se font entre nobles. Que les gueux s'affolent, point fils de noble lignée, blablabla.
- NON ! NON J'IRAI PAS LÀ-BAS !" Elvyra, la colporteuse et pilote qui jusqu'alors leur a si docilement offert son concours, se rebelle brusquement. Le visage pincé, les poings serrés sur la barre, elle refuse catégoriquement de tourner celle-ci vers la rive. Et les remontrances de Gerolf n'y font rien du tout. Quand il ordonne impérieusement à Elvyra de les conduire à terre, la jeune femme lache la barre, les yeux emplis de larmes de rage.
- Mais espèce de résidu de consanguins, vous avez pas entendu ! Vous voulez allez y crever ? Très bien, allez-y, mais moi je viens pas, je veux que vous me déposiez sur l'autre bateau et bon vent à vous !"
Gerolf ne relève pas l'insulte mais Reubke et Sariel bien et ils échangent un regard surpris devant la rébellion manifeste de leur aimable pilote, qui est aussi la seule à savoir manœuvrer la barge avec Reubke. Comme Gerolf ne fait pas mine de vouloir rejoindre l'Oiselle Dansante, elle va s'enfermer dans sa cabine et y rager tout son saoul, et les deux bateaux se séparent.
Le Meudefleuh passe maintenant sous l'éperon rocheux et dans l'ombre du château. Un froid glacial leur tombe dessus, la berge est hérissées d'épineux hostile et la vase du rivage de bois flottés blafard. Albi saute à l'eau dès que possible pour s'avancer vers la berge. Reubke réalise brusquement que les cailloux ronds qu'il observe sont en réalité des cranes décharnés au moment où Albi pose le pied dans une racine qui emprisonne sa cheville nue. En équilibre sur un pied, il secoue la jambe tout en évitant de regarder ce qui enserre son pied nu de halfelin, craignant qu'un coup d’œil ne vienne à bout de sa résolution martiale. Vox saute à sa suite pour l'épauler et l'aider à se débarrasser de la ...racine ? Non. C'est une cage thoracique défoncée qui emprisonne la cheville du halfelin.
- REVENEZ DE SUITE A BORD ! TOUT-DE-SUITE.
Sariel a bondi au bastingage. Dans les vents qui soufflent dans les branches décharnées, la magicienne a identifié un souffle méphitique, le terrible Dhar, le vent noir de la magie sombre du Chaos.
- REVENEZ SI VOUS VOULEZ PAS CREVER ! C'EST DANGEREUX ! ON LÈVE L'ANCRE.
Gerolf ne fait plus le fier non plus depuis qu'ils sont passé sous le donjon et l'explosion de Sariel est tout ce qu'il lui fallait pour abandonner sa posture bravache tout en conservant la face. Vox et Albi sautillent jusqu'au bateau et se hissent à bord sans demander leur reste, et bien vite ils s'éloignent du château.
Plus loin, ils passent devant le village de Wittgendorf, un misérable amas de cahutes en ruine hantés par des silhouettes décharnées qui se pressent, tendant plus de bras et moins de mains que ne devraient en faire des gens normaux.
Le Graff
L'Oiselle Dansante est bientôt rattrapée, mais le bateau préfère désormais garder une distante prudente avec le Meudefleuh. Ce soir, à l'ancre au milieu du fleuve, il n'est plus question de repas joyeux partagés entre les équipages, chacun reste à son bord et l'ambiance est bien plus morose. A nouveau, les aventuriers se partagent la nuit en quart de garde et surveillent avec anxiété le fleuve, par paire. Une ombre sur l'eau, une forme dans la brume, ils voient tous quelque chose d'angoissant qu'ils ne peuvent pas expliquer. Au milieu de la nuit, une lumière apparait a travers les fenêtres de la cambuse de l'Oiselle Dansante. Bientôt la porte s'ouvre et une silhouette apparait sur le pont.
- Hé ! Vous avez pas vu la baronne ? L'est pas chez vous ?"
Toute hostilité à disparu de la voix de Bernhard, remplacé par de l'inquiétude.
- La baronne ? Non, pas depuis qu'elle est monté à votre bord. Vous avez perdu la baronne...?
- Quoi ? Non ! Heu... Oui, en quelque sorte ! M'suis lever pour pisser, j'ai vu sa porte ouverte, la cabine vide et elle nul part !
Un de ses deux fils le rejoint et lui glisse quelques mots à l'oreille, et Bernhard lance
- Dites, vous vous connaissez un peu pour ce qui est de soigner les gens, non ? Parce que mon fils, l'est un peu patraque. ...On vous envoie la chaloupe !"
Reubke, Gerolf, Vox et Albi montent à bord.
Sariel et Elvyra restent sur le Meudefleuh, en support.
Bernhard et Karl halent la corde et ramène le canot vers eux, puis aident les aventuriers à se hisser à bord. Reubke se dirige vers la cabine commune pour ausculter le malade. Sur le matelas d'un des lits superposés, Hans est allongé, sans réaction. Sa peau est moite et froide, ses yeux font des mouvements rapides sous ses paupières et son poul est très rapide.
- Il a mangé quelque chose de spécial ? La même chose que vous ? Et la baronne, aussi ?"
Après avoir évacué la possibilité d'une intoxication alimentaire, Reubke est un peu perplexe, il ne voit pas ce qui pourrait avoir provoqué cet état léthargique... Jusqu'à ce qu'il remarque deux petits plaie derrière l'oreille du fils du batelier. La chair est à vif, un peu sanglante en son centre, comme une petite morsure ou deux piqures d'insecte. Étrange...
Personne ne remarque un petit médaillon tombé au sol, sur lequel Gerolf vient de poser la semelle.
Quand à la cabine de la baronne, elle est totalement vide, à l'exception des maigres possessions de la jeune noble : quelques vêtements, dont ceux qu'elle portait la journée, son épée, son étui à pistolet de duels, mais il manque l'une des deux armes.
- Elle s'est armée !"
...Ils ignorent que lorsqu'elle a aidé à transborder les affaires de Sigfrieda, Sariel a subrepticement ouvert l'étui pour subtiliser l'une des deux armes et la donner à Vox !
Albi, se sentant inutile, est parti fouiller le pont. Des rouleau de cordes, la cale fermée, la voile ramenée... Oh, et dans le nid de pie, se pourrait-il..? Il grimpe lestement en haut du mat jusqu'à la vigie, dans laquelle malheureusement ne se trouve pas la jeune noble. Par contre la lune accroche un reflet brillant sur un petit pendentif de marteau, le symbole sacré de Sigmar et un petit bijou ouvragé qu'il se souvient avoir vu pendre sur la poitrine de Sigfrieda. Quand il veut le passer à son cou, il se rend compte que le fermoir est brisé, comme s'il avait été arraché violement du cou de sa propriétaire. Et se pourrait-il que... Qu'est-ce donc que cette bosse étrange dans la voile ? Albi saute dans les replis, avance à tatons dans les plis souples jusqu'à rencontrer une paire de pieds puis des mollets rond et glabes, puis une hanche et le fin tissus d'une chemise de nuit.
Gerolf et Vox sont sorti et observent la voile qui gigotent bizarrement. A la demande d'Albi, ils la déploient doucement pour éviter de projeter les deux sur le pont, mais ils finissent cependant par chuter sur le bois dur, la femme écrasant lourdement le petit halfelin. Gerolf se précipite pour dégager son ami de petite taille mais préfère ne pas poser la main sur la femme inconsciente qui est peut-être contagieuse donc il attrape le pan de sa chemise de nuit, tire un grand coup... Et bascule, une chemise de nuit déchirée en main ! On en entendra encore parler, assurément ! Il rassemble le vêtement ruiné, ramasse la femme et la porte à l'intérieur dans sa cabine où Reubke l'examine avec une fébrilité d'adolescent. Elle aussi est très pale, fébrile et a le cou qui s'orne d'une double plaie rose. Est-ce qu'une potion pourrait rétablir la santé des malades ? Ou une saignée ? Une saignée ! Voila ce que lui évoque l'état des deux malades ; celui des personnes à qui un médecin maladroit a prélevé trop de sang !
- Hum, je crois qu'il n'y a rien à faire sinon attendre qu'ils se réveille et veiller à bien les nourrir ensuite de laitage, bouillon, lard, viande rouge... Mais c'est la première fois que vous constatez ce genre de phénomène ?"
Bernhard se tord la barbe, angoissé.
- Holala, c'est vraiment pas d'chance ! On peut pas ralentir la cadence, faut qu'on soit à Pfeildorf pour la livraison... Non, pas la laine ! Ca on la vendra quand on la vendra, mais on a un noble qui nous a demandé de livrer ses meubles avant le solstice..."
Tous se redressent. Une livraison ? De quoi, pour qui, où cela ?
Albi se cambre de toute sa taille et, sortant de sa poche une patente d'inquisiteur tout ce qu'il y a de plus officiel bien qu'assez inhabituelle, il exige - au nom de Sigmar - de pouvoir inspecter ces fameux meubles. A contrecœur, Bernhard les guide jusqu'à une cale séparée du stock de laine, où repose une énorme caisse de 2,5m sur 2,5m et 1m de haut. Il s'agit d'une simple caisse de planche, pas un coffre, mais il est soigneusement scellé et les scellés sont ornés de cachet de cire ornés d'une cote d'arme qui n'évoque absolument rien aux érudits du groupes. Enfin, l'érudit est Messire von Kerkher qui a bien suivi des leçons d'héraldique mais sans grand enthousiasme. Il est catégorique, ces armes lui sont inconnues, c'est sûrement un blason d'une famille étrangère à l'Empire ! Ces considérations historiques n'intéressent que peu Vox, qui s'empare d'un pied de biche et commence à faire sauter les clous des planches un à un. Une fois la caisse ouverte, ce sont deux cercueils vernissés qui apparaissent, tous deux ornés du même blason que celui qui ornait les sceaux. Déterminés mais prudents, ils ouvrent un cercueil après l'autre, mais ceux-ci sont vides, si l'on fait abstraction d'une fine couche de terre recouvrant le capitonnage de satin.
...Pendant ce temps, à bord du Meudefleuh, Sariel et Elvyra scrutent l'Oiselle Dansante à s'en faire mal aux yeux, attendant que réapparaissent l'ombre dans la brume qu'ils ont entraperçu plus tôt. Un subtil mouvement attire son attention, une présence maléfique se manifeste derrière elle et Sariel se retourne d'un bloc pour faire face à une silhouette émaciée, au visage pointu, aux cheveux blanc de neige, vêtu d'une longue robe elfique antique et aux mains s'achevant en griffes immenses ! Il ronronne avec un sourire gourmand.
- Hmmmm ! Prrrometeurr ! C'est vous que j'aurrais dû choisirr comme prrromise ! Perrrmetez-moi de me prresentez : Grraf von Orrlock, pourrr vous serrvirr !
Et il se jette en avant, toute griffes dehors.
Elvyra hurle de terreur lorsqu'il bondit pour lacérer Sariel. Gerolf, Entendant le cri perçant, Vox, Albi et Reubke se précipitent hors de la cale et bondissent dans la barque pour revenir au Meudefleuh, tirant sur les rames à s'en faire mal aux bras ou tirant depuis l'embarcation sur l'assaillant inconnu alors que le monstre inflige de terribles dégâts à Sariel, la laissant rapidement pour presque morte, Vox lui lance une poignée de monnaie, dont des pièces d'argent, en criant "Tiens, pour payer le passeur !", ce qui irrite le non-mort d'avantage que cela ne le blesse et il siffle de rage avant de se tourner vers Elvyra qui tente de le poignarder à l'aide d'un couteau de cuisine, couteau qu'il esquive sans peine avant de la lacérer à son tour puis de lui planter ses crocs dans la gorge pour boire goulument son sang et régénérer des blessures infligée par l'argent brulant comme s'il avait été chauffé et par le carreau d'Albi.
Le combat est atrocement difficile, le monstre frappe de ses mains griffues non seulement pour attaquer mais aussi lorsqu'il se défend des attaques des héros, Albi s'est emberlificoté dans son propre lasso, Vox a toujours le bras en écharpe et ne peut se hisser à bord du Meudefleuh, Reubke n'a rien d'un combattant et préfère rester en retrait, portant cependant secours à son maitre qui a manqué tomber entre la barge et la barque... C'est un carnage, mais finalement Gerolf, qui a pris pied sur le pont, parvient à planter sa rapière à plusieurs reprises en plein torse du grand échalas, sans que le buveur de sang ne parvienne à planter ses crocs dans la gorge de quiconque et donc ne puisse à nouveau régénérer sa santé impie...
Il s'affale sur la garde de l'épée qui le transperce de part en part, le sang détrempant son habit tandis que Gerolf tourne sa lame dans la plaie pour déchirer os, muscle et quoi qui puisse faire office d'organes internes. Puis, reculant d'un pas, il dégage sa lame, se rue vers Sariel, à la suite de l'apothicaire, et la porte à l'intérieur en lui murmurant des prières et des encouragements. Reubke se tourne vers Elvyra, bande ses plaies et glisse entre ses lèvres le goulot d'une potion. Quand elle reprend ses esprits, la colporteuse jette ses bras autour de la taille du jeune homme et fond en larme dans son giron.
Puisque plus personne ne s'occupe du mort-vivant, c'est Albi qui se charge de lui et il s'avance, lasso en main, pour entraver le vampire et le lier à au bastingage. Le non-mort respire encore faiblement, et plante son regard de braise dans les yeux du halfelin
- Viens, petite crrréaturre... Viens à moi... Viens ici et tend moi ta gorrrge..."
Albi cligne des yeux, le vampire sourit de toute ses dents, confiant dans son pouvoir hypnotique et ouvre déjà la bouche avec gourmandise quand il voit sa proie s'approcher. Albi lui sourit avec ravissement, un vrai sourire de chérubin, et plaque brutalement le médaillon de Sigmar sur le front du vampire.
- Par Sigmar, demeure !!" s'écrit-il, citant un des illustrés qu'il dévore depuis qu'il a appris à lire. Après avoir affronté des démons et même le héraut de Tzentch lui-même à Bögenhafen, ce n'est pas cette engeance damnée qui parviendra à s’immiscer dans l'esprit de métal de l'ex-voleur de poule (quel métal ? Cela reste encore à voir, parfois il est d'acier trempé, parfois de fer blanc). Il fait basculer l'arbalète de son épaule à ses bras, vise, et décoche à bout portant un carreau en pleine tête du monstre.
Le Graff expire tandis que l'aube teint de rose le ciel.
La présence d'un second cercueil fait craindre aux aventuriers qu'une secondes stryge soit sur le point d'attaquer et il scrutent avec nervosité la brume qui se teinte d'argent sur le fleuve. Sariel, qui a repris des couleurs, leur répète les paroles échangées avec le comte.
- ...Oh, donc il cherchait l'âme sœur ? Pire rencard au monde."
samedi 2 décembre 2023
Kemperbad
Kemperbad, fière cité franche surplombant le Reik et le Stir du haut de sa falaise, est en ébullition : une nef impériale lourdement armée est à quai et les livrées de la garde impériale protégeant le navire et ses passagers tranchent sur les livrées de la garde de la cité-état venu accueillir et escorter ceux-ci. Toute l'attention est focalisée sur ce bateau, ses passagers et la raison de leur présence en ville, le Meudefleuh est donc envoyé sur un quai plus éloigné où il s'amarre sans qu'on ne lui prête beaucoup d'attention. Il parait qu'un plénipotentiaire impérial est arrivé à Kemperbad. Un plénipotentiaire, c'est un envoyé direct de l'Empereur, le seul devant qui les échevins kemperbadois ploient le genoux car la cité ne dépend d'aucun duc, baron ou comte, uniquement de l'empereur lui-même. Et s'il est en ville, c'est probablement pas pour remettre ses bons vœux au Conseil de la cité.
Les visages sont soucieux et les rumeurs vont bon train. Est-ce qu'il y aurait un lien entre la présence du plénipotentiaire et ce qui s'est passé dans la cité franche de Bögenhafen récemment ? Il parait que le Conseil de la ville a été balayé par des accusations de collusion avec les forces démoniaques infernales et que le baron von Saponatheim serait sur le point de reprendre en main la cité. Il paraitrait même que des halfelins jouent d'influence pour tenter de s'emparer de la cité et en faire un second Mootland en prétextant qu'un escadront d'espions de rase-motte aurait déjoué un complot maléfique destiné à offrir l'empire ou au moins la baronnie en pâture aux forces obscures ! Vous pouvez imaginer la chose ?
En attendant qu'un officiel du port se libère et leur délivre l'autorisation d'aborder (et prélève l'inévitable taxe de passage), Elvyra Kleinestun fait ses valises et ses adieux car elle et sa nièce ont décidés de tenter leur chance à Kemperbad tandis que l'équipage se délasse et sympathise avec Hilma Bootslecht, une portefaix en bras de chemise, d'humeur joyeuse et à l’œil à moitié fermé par un coquard, qui aide les aventuriers avec les bouts et leur apprends deux trois trucs utiles sur la ville, notamment qu'une taverne sur le port accueille chaque soir des tournois de boxe marine, c'est à dire ouvert aux travailleurs des docs et à qui veut s'y joindre, et qu'elle sera ravie de les y retrouver pour vider des pintes et échanger des gnons.
Pendant ce temps, les officiels impériaux ont formé une longue procession qui monte lentement en ville par les ascenseurs, le reste des visiteurs repoussés dans une longue file ou contraint à escalader l'escalier en raidillon qui monte jusqu'au plateau, gratuit mais bien plus fatiguant.
Alors qu'ils patientent, les Aventuriers sont repérés par une matrone corpulente et d'allure vaguement inquiétante, flanquée de deux gorilles (métaphore, pas d'authentiques primates) aux doigts chargés de bagues plus contondantes qu'ornementales, qui les dévisagent d'un air inquisiteur. Albi, répondant à l'appel de sa nouvelle fonction, a crânement soutenu le regard de la femme donc celle-ci s'adresse à lui et lui propose un emploi généreusement rémunéré qui demande de la persuasion et de la discrétion : récupérer un certain coffret qui serait sa possession mais actuellement dans les mains d'une tierce personne. Proposition qui semble tout sauf honnête à Albi, qui décline vertueusement celle-ci avant de trembler légèrement des genoux une fois que la Signora Luisa Belladona s'éloigne quand il réalise qu'il vient peut-être de rembarrer très vertement une tête de la pègre locale, du haut de son mètre dix.
Lorsque vient enfin leur tour de grimper dans l'ascenseur, le groupe s'étrangle un peu des tarifs exorbitants demandés pour l'ascension, tarif qui sont à l'image du droit d'amarrage ou du prix d'une brochette de pilons de poulet, que dévore Alfi d'un air réjouit. Ils arrivent à temps pour voir la procession officielle s'avancer lentement dans la grand rue sous le regard médusé, émerveillé ou vaguement inquiet des citoyens de Kemperbad. N'ayant rien de mieux à faire, ils emboitent le pas de celle-ci jusqu'à la grand place où le plénipotentiaire et ses serviteurs portant les malles et coffres du dignitaires sont accueillis dans ce qui semble être la plus opulente des auberges de la cité. Une maffieuse leur a demander de récupérer un coffret, ils voient des serviteurs passer avec des malles, le coffret doit sûrement être aux mains du Plénipotentiaire impérial et des malfaisants tentent de s'en emparer ! ...Ils décident donc de monter une petite surveillance de l'auberge pour empêcher le vol, parce que le vol c'est mal et parce que protéger les avoir d'une grosse huile c'est l'assurance d'une récompense ! C'est ainsi qu'ils repèrent un manège étrange du coté de la porte de la cuisine : un homme transportant avec un grand luxe de précaution une soupière ouvragée toque à la porte de service, échange quelques mots confus avec le cuisinier qui lui ouvre et attend avant de refrapper à la porte et échanger des mots d'un air de conspirateur avec un homme en livrée de domestique qui lui ouvre et à qui il tend d'un air matois la soupière. Un attentat se prépare, ils en sont certains ! Albi et Gerolf Von Kerkher foncent jusqu'à la porte principale, forcent l'entrée en criant au danger, attirant ainsi l'attention du Plénipotentiaire, assis dans un fauteuil confortable à une table richement garnie, une coupe de vin à la main, tandis que la porte des cuisines s'ouvre et qu'un serviteur de l'auberge s'avance vers le dignitaire en tenant devant lui la soupière.
- Kemperbad indépendant !"
Se voyant repéré et désigné à l'attention générale, il se précipite en avant et jette l'argenterie en direction de la table mais celle-ci est brillamment interceptée par Gerolf qui bondi au devant du serviteur et jette la main en l'air pour frapper la soupière au moment où elle passe au-dessus de sa tête et dévier sa course dans une autre direction. Celle-ci s'écrase au sol en aspergeant serviteurs et dignitaires de Kemperbad d'un lisier à l'odeur agressive, mélangeant fèces et urine.
- Vraiment, vous avez une carrière prometteuse dans le Roztball, vous savez ?"
L'entarteur à la petite semaine est rapidement plaqué au sol par la garde avant d'être trainé dehors sans ménagement, tandis que le Plénipotentiaire, qui s'est fait expliquer l'incident, félicite les aventuriers de leur rapidité d'esprit et de leur réflexes vifs. Les échevins kemperbadois ne savent visiblement plus où se mettre et se confondent en excuses. Lorsqu'il se retire dans la suite qu'on lui a alloué, suite qui a été fouillée de fond en comble par sa garde, pour se remettre de cette émotion et examiner les chartes qu'on réclame, les échevins et les aventuriers sont invités à prendre congé.
Lorsqu'ils ressortent dans la grand-rue, c'est plus riche des remerciements chaleureux du comte Otto Borreman et d'une vague idée des enjeux de sa présence à Kemperbad : renégocier les chartes, vérifier que les taxes duent à l'Empire ne soient pas détournées dans d'autre poches, en bref : l'Empire cherche un prétexte pour réduire l'indépendance de la cité, ce qui suscite l'inquiétude des Kemperbadois. Et l'attentat qui vient d'être déjoué, quelles en seront les conséquences pour la ville ?
Pour Reubke et Sariel, les conséquences pour le rebelle semblent en revanche très claires et très inquiétantes : il est quasiment trainé par deux soldats en direction de la falaise et pendant un moment, ils sont persuadés qu'il va être purement et simplement envoyé s'écraser sur la grève du Reik sans autre forme de procès, ce qui les amène doucement à se demander s'ils ont vraiment bien fait d'intervenir... Mais les gardes trainent finalement leur prisonniers le long du sentier et l'embarquent à bord de la barge, où ils disparaissent dans les profondeurs de la cale...
Après cette journée haute en émotion et sans plan précis pour les jours suivants sinon lever l'ancre car le prix d'amarrage n'est vraiment pas dans leurs moyens, les aventuriers décident de se rendre à la Sirène Rougissante, la taverne portuaire où Hilma leur a donné rendez-vous pour une choppe et des gnons. Gerolf fait rouler ses muscles et Reubke lui masse les épaules en prévision d'une soirée de défis que le jeune noble entend bien remporter. Vox aurait bien participé également aux matchs mais la douleur tiraillant son bras en écharpe l'en dissuade et Reubke lui fait comprendre que tout effort soutenu risque non seulement d'être douloureux mais également de compromettre la rapidité et la totalité de sa guérison. C'est pas rien d'avoir un tromblon qui explose dans ses mains (voir l'épisode précédent).
La Sirène Rougissante se remplit progressivement, les combats commencent, l'argent changent de main, comme les choppes et Gerolf se retrouve finalement à affronter Hilma, qui répond balaye ses protestations galantes de quelques remarques hargneuses et piquantes (mais doit finalement déclarer forfait pour ce combat, épuisée par son précédent combat victorieux contre un marin).
Ils ne font pas que récolter des gnons et des bières mais aussi l'opportunité d'acheter un chargement de liqueur kemperbadoise à très bon prix (du moins tant qu'ils peuvent la charger discrètement à bord du Meudefleuh et que personne ne leur demande les papiers du chargement) et une fois qu'il ne reste plus que Vox et Albi dans la taverne, ceux-ci recueillent aussi les confidences inquiètes d'Hilma : elle connait quelqu'un qui connait quelqu'un qui connait le type arrêté par la garde plénipotentiaire. Bon, il va être exécuté, c'est sûr et certain, aucune chance qu'il y échappe ! Mais le pauvre gars est actuellement soumis à la torture pour qu'il dénonce ses complices. Et quand il sera exécuté - quand sera-t-il exécuté ? - cela sera forcément horrible, long, extrêmement douloureux et dégradant pour bien marquer les esprits, voyez ? Ce ne sont pas ses propres mots, bien entendu. Hilma se contente d'énumérer une succession de sévices possibles qui font grimacer d'horreur son auditoire.
Albi a une crise de conscience : c'est lui qui a dénoncé l'anarchiste, c'est lui qui le tirera du bourbier dans lequel il est plongé et pas plus tard que cette nuit, grâce à l'aide de Vox Pholk et à son grand uniforme de Répurgateur tout neuf et sa patente qui sent encore l'encre fraiche. Au culot. Après un petit crochet par le Meudefleuh pour s'habiller et s'équiper, les deux compères foncent sur la galère impériale, mystifient les gardes et exigent d'emmener le prisonnier torturé interrogé dans la cale car il est un témoin essentiel dans une enquête sur une secte chaotique sur laquelle le clergé de Sigmar enquête. Trépignant d'une sainte fureur, lançant des menaces et balançant des noms illustres à toute vitesse, le halfelin parvient à se faire livrer l'homme et prend la direction des ascenseurs sans attendre que les soldats reprennent leurs esprits, avant d'obliquer vers la Sirène Rougissante pour le confier aux amis d'Hilma qui n'en croient pas leur chance puis de retourner bien vite se coucher sur le Meudefleuh, tout tremblant.
- J'ai fait une grosse connerie !
C'est tout ce qu'apprennent ses compagnons le lendemain matin, lorsqu'ils constatent que le port est en effervescence et que des soldats fouillent les entrepôts, interrogent les passagers et recherchent un halfelin se faisant passer pour un répurgateur et un nain. Albi et Vox se réfugient dans la cale du bateau pour se dissimuler aux regards, mais cela ne suffit pas : bientôt c'est au tour de leur bateau d'être fouillé et ils sont piégés dans la la soute, dont l'obscurité ne fournit qu'un bien piètre abris. Que faire ? Où se cacher ? Timmy le mouton, qui rumine d'un air mauvais son foin, leur fournira une cachette : ils se blotissent tous les deux dans une caisse et se recouvrent de paille souillée de fumier en espérant que l'odeur suffise à repousser les soldats. A cela s'ajoute le mauvais caractère du bélier dérangé dans sa digestion qui tente de charger les soldats qui empiètent sur son territoire et qui ne font qu'ouvrir la caisse sans la vider, occupés qu'ils sont à surveiller le bélier et échanger des invectives avec Reubke et Sariel qui prétendent contrôler l'animal - mais bien mal.
Le Meudefleuh est enfin autorisé à quiter le port, Vox et Albi toujours blottis au fond de leur caisse de fumier. Vox fini par en émerger à bout de souffle et à moitié asphixié, Albi en revanche manque y périr ettoufé après avoir tourné de l'oeil sous les effets des gaz méphitiques. Trainé sur le pont par ses autres compagnons, ils reprend péniblement ses esprits.
Le bateau vogue vers sa prochaine destination : Grissenwald.
...Et Gerolf découvre qu'on lui a tranché presque au ras du scalp une mèche de ses longs cheveux cendrés, sans qu'il ne s'en rende compte.