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lundi 17 février 2025

Nuit blanche dans les colines stériles

Au petit matin, tout le monde est gris de fatigue, sauf Reubke qui s'enfile ses propres décoctions médicinales pour se donner un coup de fouet digne de la diligence Nuln-Aldorf. Et qui en refile une autre à Corrobreth. Les deux embarquent dans un canoé, font monter Ernst le prisonnier dans l'autre.
Gerolf, Sariel et Albi mettent le pied à l'étrier pour longer la rive du fleuve tandis que Reubke et Corrobreth pagayent d'un bon coeur. Derrière eux, Ernst, morose, est a la dérive et son canot se coince dans les rochers. Reubke, galvanisé comme jamais, tranche la corde plutôt que de risquer le naufrage et abandonne le maigrichon sorcier à son sort. Albi refuse l'idée que le sorcier puisse s'échapper et l'attrape au lasso pour le tirer sur la berge et le faire monter en croupe.

 Arrivés à Unterbaum bien avant les cavaliers, Reubke va mettre Corrobreth (épuisé et fievreux) au lit. Un homme du village est envoyé à la rencontre des cavaliers pour les guider vers le village. Sariel et Gerolf continuent vers l'auberge des Cascades Rugissantes en emmenant Ernst avec eux tandis que Albi traverse avec le coffre contenant les restes mortels de l'expédition de Dagmar, auxquels il a promis des funérailles dignes de ce nom. Ce sera dans le petit cimetière des Baumenvolks. 

Sur le chemin, Gerolf sent soudain une piqure lui bruler l'arrière-train et par réflexe colle un coup de coude brutal dans la tronche de Ernst, l'accusant de lui avoir bruler les fesses. A l'examen, ses fesses ne portent aucune marque de flamme mais une petite trace blanche, puis rouge. Ernst jure qu'il n'a rien fait mais il est néanmoins bâillonné séance tenante. 

Le noble et l'Elfe prennent une chambre à l'auberge, leur prisonnier dormant à leur pied. Dans la salle commune, un Patrouilleur Rural fait le beau et tente de convaincre son auditoire de s'engager dans la milice. Ils estiment cependant qu'il n'aura pas les épaules assez large pour gérer le sorcier prisonnier et décident qu'il est plus sage de l'emmener jusqu'à Kemperbad. 

A Kemperbad, le garde auquel ils remettent leur prisonnier les écoute d'une oreille en soupirant d'avance à l'idée de la paperasse à remplir et leur demande de revenir l'après-midi. Les aventuriers prennent un repas dans une gargote le long du fleuve. Quand leur commande arrive, le serveur lache sur la table une lettre destinée à Gerolf. Lorsqu'il l'ouvre, une longue mèche de cheveux blond s'en échappe. Sans commenter le contenu, il demande d'où vient la lettre et le serviteur désigne un groupe qui se tient près de la porte : quatre portefaix patibulaires servant de garde-corps à une personne dissimulée sous un capuchon. Un capuchon orné d'un liseré violet. Et l'inconnu psalmodie à voix haute et intelligible...

Gerolf repousse violemment la table pour foncer sur les hommes et immédiatement deux hommes de mains bondissent pour intercepter sa charge avant que les deux autres ne s'avancent pour le bousculer et le faire reculer. Albi et Sariel se lèvent à leur tour - le reste de l'assemblée est pétrifiée de surprise - tandis que l'inconnu masqué achève son incantation et repasse la porte, sans que personne n'ait l'idée - ou l'audace, de l'arrêter. Les hommes de mains rompent l'engagement et reculent jusqu'à la porte également.

La lettre ramassée disait ceci :


En la retournant, Gerolf constate que la paume de ses mains s'est teintée d'une vive couleur de framboise écrasée.

lundi 14 octobre 2024

De Grissenwald aux Colines Stériles

De Grissenwald à Kemperbad :

...Rien à signaler. Le groupe a mis les voiles rapidement en laissant Boulette Piéfoin derrière eux.
Porté par le courant, le Meudefleuh ne met que quelques jours à atteindre Kemperbad. 

A Kemperbad, Vox Pholk et messire von Kerkher descendent à terre, Vox souhaitant se rendre chez un armurier pour remplacer son tromblon explosé. La vision d'une demi-douzaine de cadavres pendant mollement au gibet érigé au-dessus de la falaise n'émeut absolument pas le nain, qui poursuit sa route. Gerolf n'en est pas très sûr mais il lui semble que certains pendus portent le même genre de livrée de serviteur que le personnel de l'auberge où le plénipotentiaire impérial a manqué se faire enssouper. 

Il attend à la porte que Vox fasse ses emplettes et remarque un quidam qui le dévore du regard. Il l'invite à s'approcher d'un grand sourire engageant. Aux questions que pose l'inconnu, Gerolf comprend que celui-ci fait partie des grimaceurs en violet. 

- Qu'est-ce que tu fiche, Kastor ! T'as pas oublié que tu dois remettre l'argent au maitre ?
- L'argent...
- Fait pas l'innocent, l'argent ! L'argent de l'héritage de Boggenhaffen ! T'étais sensé le récupérer et le rapporter, tu nous ignore... T'essayerais pas de te débiner avec le magot ?
- Bien sur que non, mais il y a eu des développements... J'ai une piste pour récupérer plus d'argent ! Deux fois plus d'argent !
- ...Deux fois plus d'argent ? 40.000 couronnes ?
- Absolument ! Alors voila ce qu'on va faire, tu appelles tous le groupe et on se retrouve après l'écluse, au bateau... 

La sortie de Vox avec une nouvelle arquebuse flambant neuve mets fin à la discussion, l'inconnu s'esquive dans la foule. Une fois sur le bateau, Gerolf informe ses compagnons du plan qu'il a brillamment improvisé. Le groupe n'est pas aussi enthousiaste que lui. 

De Kemperbad aux Doubles Chutes

A l'écluse, un homme seul insiste pour monter sur le bateau et s'approche de Gerolf en tapinois pour poser des questions sur le groupe et proposer de leur faire un sort en assaisonnant la soupe de poison... Il est rapidement poussé à fond de cale pour un interrogatoire musclé : Kastor Lieberung était chargé de récupérer un héritage pour le compte d'un groupe de conjurés, désormais persuadés que Kastor tente de prendre le large avec l'argent. L'idée que Kastor puisse ne pas être Kastor parait tout à fait invraisemblable à l'homme et une fois qu'il a livré tout ce qu'il savait - c'est à dire pas grand chose de plus, les aventuriers décident de s'en débarrasser en le jetant au Stir avant de lever l'ancre...

Le Stir est profondément encaissé entre des falaises, son débit est rapide et la navigation beaucoup plus difficile que sur le Reik. Il y a également moins de trafic que sur le Reik. Le voyage prendra quatre jours, principalement occupés à garder le cap. 

- Avez-vous vu ma cousine ? Une femme blonde, bien faite de sa personne..." 
Gerolf pose la même question à tout ceux qu'il croise, sans succès.

Première nuit : arrêt dans un tout petit hameaux. Les patrouilleurs fluviaux sont assez désinvoltes et dépenaillés et les habitants invisibles. Le lendemain, les patrouilleurs sont plus hargneux, les habitants toujours invisibles, les maisons semblent même désertes. Le Meudefleuh repart sans que ce mystère n'ait été éclairci. 

Deuxième journée : le Meudefleuh croise des pécheurs de brochet du Stir. Gerolf est enthousiasmé par le spectacle des harponneurs qui ferrent une bête de presque trois mètres de long et veut leur acheter un harpon. Devant leur refus, il décide de se bricoler un harpon de fortune pour tenter sa chance. Après tout, les œufs de brochets valent une fortune en crème de beauté. 

Dans l'après-midi, le Meudefleuh passe entre deux falaises se faisant face, gravées de pictogrammes anciens. Sariel recopie les pictogrammes pour tenter d'en comprendre le sens. 

Troisième journée : Gerolf harponne un poisson. ...Poisson qui s'avère être la carcasse gonflée d'un cheval, qui pourrait être - ou ne pas être - sa Shana. Dans les fontes, on trouve quelques vêtements et une carte de la région où sont notés deux points. L'un pourrait correspondre à la tour des nains et l'autre une région au nord de la Narn qui pourrait être les Colinnes Stériles. 

Doubles Chutes - l'auberge des cascades grondantes

On les entend bien avant de les voir et elles emplissent l'air d'une brume de gouttelettes glacées. Deux cascades impressionnantes se font face, de part et d'autre d'une large étendue d'eau. D'un coté, les remous ont creusés un large porche qui abrite un petit débarcadère. Deux jeunes femmes s'affairent sur une petite barque de peau tendue sur une ossature légère. Elles sont vêtues de façon simple, avec des vêtements ornés de broderies paysannes, troussés haut pour ne pas mouiller le bas de leur robe ou salir leur manche avec la résine bouillante qu'elles appliquent sur les coutures. Astrid explique en riant que le bateau est celui de son amie Birgit qui s'est faite surprendre par la force du courant et a été poussé du haut de la chute. Le bateau, pas Birgit, bien sûr. Elle a eu le temps de nager jusqu'à la rive. Personne survit à une chute pareille.

Elles non plus n'ont pas vu la "cousine" de Gerolf mais elles ne sont pas du coin. Elles conseillent de s'adresser à l'auberge, au-dessus de l'écluse. Le bateau est laissé à l'amarre au pied du chenal, les voyageurs vont d'abord tater le terrain avant de payer l'écot pour emprunter les quatre écluses successives.

Bien que l'auberge soit très accueillante, elle est également déserte. Aucun bateau n'y est accosté, aucun voyageurs attablé dans la grande salle. La patronne fait grise mine quand on l'interroge. Y a comme qui dirait une petite tension depuis que ça a pété à la dernière diète. Ya eu des mots d'échangés, ça s'regarde en chien d'fusil d’faïence, espérons que ça va se détendre parce que ça s'ra mauvais pour les affaires, trop d'calme. Une cousine ? Désolé, ça m'dit rien. 

Après plusieurs jours dans la promiscuité du bateau, le groupe profite du confort de l'auberge : Albi et Gerolf prennent chacun un bain, commandent des chambres et un copieux repas. Pendant qu'Albi vide sa troisième assiette d’œuf et de saucisses, Sariel et Gérolf décident de se dégourdir les jambes pour admirer le panorama sur les chutes. Et de tenter la traversé à gué de la Narn, pour aller admirer le beau et grand chêne qui se dresse sur l'autre rive. 

La troisième chute

- Dis-moi que je suis à la fenêtre et que j'entends ça, s'il te plait !

 La Narn - surtout à proximité de la cascade, n'est pas très profonde mais elle est glacée et le courant est très vif. Rien qui ne gène Sariel mais Gérolf a encore une fois surestimé ses capacités et oublié le lumbago qui l'afflige depuis Grissenwald. Il trébuche et s'étale dans l'eau, est entrainé vers les chutes, loin des bras tendus de Sariel, tente sans succès de s'agripper aux larges pierres qui forment le bec de la cascade et bascule pour heurter le lac, 20 mètres plus bas, et disparaitre sous la surface de l'eau. 

Sariel continue sa traversée du gué pour se diriger vers le chêne où est attaché un petit attelage - s'il y a un attelage, il y a des gens. Elle trouve un escalier usé qui descend au fond du grand abris sous roche et descend aussi vite que possible en appelant à l'aide. Elle rejoint Birgit et Astrid, qui ont entendu le plat mais pas compris la gravité de la situation. Les trois femmes sont de l'autre coté du lac, et Gerolf reste invisible.

Dans l'auberge, Reubke et Albi entendent les appels à l'aide et reconnaissent un prénom. Ils se ruent au bac pour retraverser le Stir. Le temps semble long avant qu'ils ne mettent pieds à terre et ne puisse descendre au galop le petit chemin le long des écluses successives. Mais ils sont à l'opposé de la chute, et Gerolf reste invisible. 

Sur le Meudefleuh, Renata profitait d'un peu de solitude pour faire l'inventaire de sa balle, au son du marteau de Vox, affairé à sa forge. L'arrivée au déboulé de Reubke et Albi les tirent de leurs occupations.

et soudain Gerolf fait surface.

Sariel commence à chanter pour rassembler les vents de magie et lance un sort. Ses orteils ne touchent plus le sol, elle vole au-dessus de l'eau vers Gerolf, mais si lentement, et Gerolf est inconscient. 

Birgit et Astrid se saisissent. Elles regardent bouche bée et pieds dans l'eau l'elfe qui plane. 

Reubke et Renata mettent à l'eau le canot du Meudefleuh et sautent dans celui-ci. Ils tirent sur les rames de toutes leurs forces.

Sariel atteind Gérolf la première. Elle l'attrape mais au lieu de le tirer de l'eau, c'est elle qui tombe. Renata et Reubke arrivent et les hissent dans la barque. Messire est toujours inconscient et il a bu la tasse, alors on mène la barque vers l'abri sous roche pour l'étendre près du feu où Reubke lui donne les premiers soins, jusqu'à ce qu'il reprenne conscience et titube de lui-même à la barque. 

Il faudra trois jours de lits et de boissons chaudes pour que Gerolf von Kerkher se remette.

samedi 2 décembre 2023

Kemperbad

Kemperbad, fière cité franche surplombant le Reik et le Stir du haut de sa falaise, est en ébullition : une nef impériale lourdement armée est à quai et les livrées de la garde impériale protégeant le navire et ses passagers tranchent sur les livrées de la garde de la cité-état venu accueillir et escorter ceux-ci. Toute l'attention est focalisée sur ce bateau, ses passagers et la raison de leur présence en ville, le Meudefleuh est donc envoyé sur un quai plus éloigné où il s'amarre sans qu'on ne lui prête beaucoup d'attention. Il parait qu'un plénipotentiaire impérial est arrivé à Kemperbad. Un plénipotentiaire, c'est un envoyé direct de l'Empereur, le seul devant qui les échevins kemperbadois ploient le genoux car la cité ne dépend d'aucun duc, baron ou comte, uniquement de l'empereur lui-même. Et s'il est en ville, c'est probablement pas pour remettre ses bons vœux au Conseil de la cité.     
Les visages sont soucieux et les rumeurs vont bon train. Est-ce qu'il y aurait un lien entre la présence du plénipotentiaire et ce qui s'est passé dans la cité franche de Bögenhafen récemment ? Il parait que le Conseil de la ville a été balayé par des accusations de collusion avec les forces démoniaques infernales et que le baron von Saponatheim serait sur le point de reprendre en main la cité. Il paraitrait même que des halfelins jouent d'influence pour tenter de s'emparer de la cité et en faire un second Mootland en prétextant qu'un escadront d'espions de rase-motte aurait déjoué un complot maléfique destiné à offrir l'empire ou au moins la baronnie en pâture aux forces obscures ! Vous pouvez imaginer la chose ? 

En attendant qu'un officiel du port se libère et leur délivre l'autorisation d'aborder (et prélève l'inévitable taxe de passage), Elvyra Kleinestun fait ses valises et ses adieux car elle et sa nièce ont décidés de tenter leur chance à Kemperbad tandis que l'équipage se délasse et sympathise avec Hilma Bootslecht, une portefaix en bras de chemise, d'humeur joyeuse et à l’œil à moitié fermé par un coquard, qui aide les aventuriers avec les bouts et leur apprends deux trois trucs utiles sur la ville, notamment qu'une taverne sur le port accueille chaque soir des tournois de boxe marine, c'est à dire ouvert aux travailleurs des docs et à qui veut s'y joindre, et qu'elle sera ravie de les y retrouver pour vider des pintes et échanger des gnons. 

Pendant ce temps, les officiels impériaux ont formé une longue procession qui monte lentement en ville par les ascenseurs, le reste des visiteurs repoussés dans une longue file ou contraint à escalader l'escalier en raidillon qui monte jusqu'au plateau, gratuit mais bien plus fatiguant. 

Alors qu'ils patientent, les Aventuriers sont repérés par une matrone corpulente et d'allure vaguement inquiétante, flanquée de deux gorilles (métaphore, pas d'authentiques primates) aux doigts chargés de bagues plus contondantes qu'ornementales, qui les dévisagent d'un air inquisiteur. Albi, répondant à l'appel de sa nouvelle fonction, a crânement soutenu le regard de la femme donc celle-ci s'adresse à lui et lui propose un emploi généreusement rémunéré qui demande de la persuasion et de la discrétion : récupérer un certain coffret qui serait sa possession mais actuellement dans les mains d'une tierce personne. Proposition qui semble tout sauf honnête à Albi, qui décline vertueusement celle-ci avant de trembler légèrement des genoux une fois que la Signora Luisa Belladona s'éloigne quand il réalise qu'il vient peut-être de rembarrer très vertement une tête de la pègre locale, du haut de son mètre dix. 

Lorsque vient enfin leur tour de grimper dans l'ascenseur, le groupe s'étrangle un peu des tarifs exorbitants demandés pour l'ascension, tarif qui sont à l'image du droit d'amarrage ou du prix d'une brochette de pilons de poulet, que dévore Alfi d'un air réjouit. Ils arrivent à temps pour voir la procession officielle s'avancer lentement dans la grand rue sous le regard médusé, émerveillé ou vaguement inquiet des citoyens de Kemperbad. N'ayant rien de mieux à faire, ils emboitent le pas de celle-ci jusqu'à la grand place où le plénipotentiaire et ses serviteurs portant les malles et coffres du dignitaires sont accueillis dans ce qui semble être la plus opulente des auberges de la cité. Une maffieuse leur a demander de récupérer un coffret, ils voient des serviteurs passer avec des malles, le coffret doit sûrement être aux mains du Plénipotentiaire impérial et des malfaisants tentent de s'en emparer ! ...Ils décident donc de monter une petite surveillance de l'auberge pour empêcher le vol, parce que le vol c'est mal et parce que protéger les avoir d'une grosse huile c'est l'assurance d'une récompense ! C'est ainsi qu'ils repèrent un manège étrange du coté de la porte de la cuisine : un homme transportant avec un grand luxe de précaution une soupière ouvragée toque à la porte de service, échange quelques mots confus avec le cuisinier qui lui ouvre et attend avant de refrapper à la porte et échanger des mots d'un air de conspirateur avec un homme en livrée de domestique qui lui ouvre et à qui il tend d'un air matois la soupière. Un attentat se prépare, ils en sont certains ! Albi et Gerolf Von Kerkher foncent jusqu'à la porte principale, forcent l'entrée en criant au danger, attirant ainsi l'attention du Plénipotentiaire, assis dans un fauteuil confortable à une table richement garnie, une coupe de vin à la main, tandis que la porte des cuisines s'ouvre et qu'un serviteur de l'auberge s'avance vers le dignitaire en tenant devant lui la soupière. 

- Kemperbad indépendant !"

Se voyant repéré et désigné à l'attention générale, il se précipite en avant et jette l'argenterie en direction de la table mais celle-ci est brillamment interceptée par Gerolf qui bondi au devant du serviteur et jette la main en l'air pour frapper la soupière au moment où elle passe au-dessus de sa tête et dévier sa course dans une autre direction. Celle-ci s'écrase au sol en aspergeant serviteurs et dignitaires de Kemperbad d'un lisier à l'odeur agressive, mélangeant fèces et urine.

- Vraiment, vous avez une carrière prometteuse dans le Roztball, vous savez ?"

L'entarteur à la petite semaine est rapidement plaqué au sol par la garde avant d'être trainé dehors sans ménagement, tandis que le Plénipotentiaire, qui s'est fait expliquer l'incident, félicite les aventuriers de leur rapidité d'esprit et de leur réflexes vifs. Les échevins kemperbadois ne savent visiblement plus où se mettre et se confondent en excuses. Lorsqu'il se retire dans la suite qu'on lui a alloué, suite qui a été fouillée de fond en comble par sa garde, pour se remettre de cette émotion et examiner les chartes qu'on réclame, les échevins et les aventuriers sont invités à prendre congé.
Lorsqu'ils ressortent dans la grand-rue, c'est plus riche des remerciements chaleureux du comte Otto Borreman et d'une vague idée des enjeux de sa présence à Kemperbad : renégocier les chartes, vérifier que les taxes duent à l'Empire ne soient pas détournées dans d'autre poches, en bref : l'Empire cherche un prétexte pour réduire l'indépendance de la cité, ce qui suscite l'inquiétude des Kemperbadois. Et l'attentat qui vient d'être déjoué, quelles en seront les conséquences pour la ville ?

Pour Reubke et Sariel, les conséquences pour le rebelle semblent en revanche très claires et très inquiétantes : il est quasiment trainé par deux soldats en direction de la falaise et pendant un moment, ils sont persuadés qu'il va être purement et simplement envoyé s'écraser sur la grève du Reik sans autre forme de procès, ce qui les amène doucement à se demander s'ils ont vraiment bien fait d'intervenir... Mais les gardes trainent finalement leur prisonniers le long du sentier et l'embarquent à bord de la barge, où ils disparaissent dans les profondeurs de la cale... 

Après cette journée haute en émotion et sans plan précis pour les jours suivants sinon lever l'ancre car le prix d'amarrage n'est vraiment pas dans leurs moyens, les aventuriers décident de se rendre à la Sirène Rougissante, la taverne portuaire où Hilma leur a donné rendez-vous pour une choppe et des gnons. Gerolf fait rouler ses muscles et Reubke lui masse les épaules en prévision d'une soirée de défis que le jeune noble entend bien remporter. Vox aurait bien participé également aux matchs mais la douleur tiraillant son bras en écharpe l'en dissuade et Reubke lui fait comprendre que tout effort soutenu risque non seulement d'être douloureux mais également de compromettre la rapidité et la totalité de sa guérison. C'est pas rien d'avoir un tromblon qui explose dans ses mains (voir l'épisode précédent).
La Sirène Rougissante se remplit progressivement, les combats commencent, l'argent changent de main, comme les choppes et Gerolf se retrouve finalement à affronter Hilma, qui répond balaye ses protestations galantes de quelques remarques hargneuses et piquantes (mais doit finalement déclarer forfait pour ce combat, épuisée par son précédent combat victorieux contre un marin).     
Ils ne font pas que récolter des gnons et des bières mais aussi l'opportunité d'acheter un chargement de liqueur kemperbadoise à très bon prix (du moins tant qu'ils peuvent la charger discrètement à bord du Meudefleuh et que personne ne leur demande les papiers du chargement) et une fois qu'il ne reste plus que Vox et Albi dans la taverne, ceux-ci recueillent aussi les confidences inquiètes d'Hilma : elle connait quelqu'un qui connait quelqu'un qui connait le type arrêté par la garde plénipotentiaire. Bon, il va être exécuté, c'est sûr et certain, aucune chance qu'il y échappe ! Mais le pauvre gars est actuellement soumis à la torture pour qu'il dénonce ses complices. Et quand il sera exécuté - quand sera-t-il exécuté ? - cela sera forcément horrible, long, extrêmement douloureux et dégradant pour bien marquer les esprits, voyez ? Ce ne sont pas ses propres mots, bien entendu. Hilma se contente d'énumérer une succession de sévices possibles qui font grimacer d'horreur son auditoire. 

Albi a une crise de conscience : c'est lui qui a dénoncé l'anarchiste, c'est lui qui le tirera du bourbier dans lequel il est plongé et pas plus tard que cette nuit, grâce à l'aide de Vox Pholk et à son grand uniforme de Répurgateur tout neuf et sa patente qui sent encore l'encre fraiche. Au culot. Après un petit crochet par le Meudefleuh pour s'habiller et s'équiper, les deux compères foncent sur la galère impériale, mystifient les gardes et exigent d'emmener le prisonnier torturé interrogé dans la cale car il est un témoin essentiel dans une enquête sur une secte chaotique sur laquelle le clergé de Sigmar enquête. Trépignant d'une sainte fureur, lançant des menaces et balançant des noms illustres à toute vitesse, le halfelin parvient à se faire livrer l'homme et prend la direction des ascenseurs sans attendre que les soldats reprennent leurs esprits, avant d'obliquer vers la Sirène Rougissante pour le confier aux amis d'Hilma qui n'en croient pas leur chance puis de retourner bien vite se coucher sur le Meudefleuh, tout tremblant. 

- J'ai fait une grosse connerie !

C'est tout ce qu'apprennent ses compagnons le lendemain matin, lorsqu'ils constatent que le port est en effervescence et que des soldats fouillent les entrepôts, interrogent les passagers et recherchent un halfelin se faisant passer pour un répurgateur et un nain. Albi et Vox se réfugient dans la cale du bateau pour se dissimuler aux regards, mais cela ne suffit pas : bientôt c'est au tour de leur bateau d'être fouillé et ils sont piégés dans la la soute, dont l'obscurité ne fournit qu'un bien piètre abris. Que faire ? Où se cacher ? Timmy le mouton, qui rumine d'un air mauvais son foin, leur fournira une cachette : ils se blotissent tous les deux dans une caisse et se recouvrent de paille souillée de fumier en espérant que l'odeur suffise à repousser les soldats. A cela s'ajoute le mauvais caractère du bélier dérangé dans sa digestion qui tente de charger les soldats qui empiètent sur son territoire et qui ne font qu'ouvrir la caisse sans la vider, occupés qu'ils sont à surveiller le bélier et échanger des invectives avec Reubke et Sariel qui prétendent contrôler l'animal - mais bien mal. 

Le Meudefleuh est enfin autorisé à quiter le port, Vox et Albi toujours blottis au fond de leur caisse de fumier. Vox fini par en émerger à bout de souffle et à moitié asphixié, Albi en revanche manque y périr ettoufé après avoir tourné de l'oeil sous les effets des gaz méphitiques. Trainé sur le pont par ses autres compagnons, ils reprend péniblement ses esprits. 

Le bateau vogue vers sa prochaine destination : Grissenwald. 

...Et Gerolf découvre qu'on lui a tranché presque au ras du scalp une mèche de ses longs cheveux cendrés, sans qu'il ne s'en rende compte.