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lundi 17 février 2025

Nuit blanche dans les colines stériles

Au petit matin, tout le monde est gris de fatigue, sauf Reubke qui s'enfile ses propres décoctions médicinales pour se donner un coup de fouet digne de la diligence Nuln-Aldorf. Et qui en refile une autre à Corrobreth. Les deux embarquent dans un canoé, font monter Ernst le prisonnier dans l'autre.
Gerolf, Sariel et Albi mettent le pied à l'étrier pour longer la rive du fleuve tandis que Reubke et Corrobreth pagayent d'un bon coeur. Derrière eux, Ernst, morose, est a la dérive et son canot se coince dans les rochers. Reubke, galvanisé comme jamais, tranche la corde plutôt que de risquer le naufrage et abandonne le maigrichon sorcier à son sort. Albi refuse l'idée que le sorcier puisse s'échapper et l'attrape au lasso pour le tirer sur la berge et le faire monter en croupe.

 Arrivés à Unterbaum bien avant les cavaliers, Reubke va mettre Corrobreth (épuisé et fievreux) au lit. Un homme du village est envoyé à la rencontre des cavaliers pour les guider vers le village. Sariel et Gerolf continuent vers l'auberge des Cascades Rugissantes en emmenant Ernst avec eux tandis que Albi traverse avec le coffre contenant les restes mortels de l'expédition de Dagmar, auxquels il a promis des funérailles dignes de ce nom. Ce sera dans le petit cimetière des Baumenvolks. 

Sur le chemin, Gerolf sent soudain une piqure lui bruler l'arrière-train et par réflexe colle un coup de coude brutal dans la tronche de Ernst, l'accusant de lui avoir bruler les fesses. A l'examen, ses fesses ne portent aucune marque de flamme mais une petite trace blanche, puis rouge. Ernst jure qu'il n'a rien fait mais il est néanmoins bâillonné séance tenante. 

Le noble et l'Elfe prennent une chambre à l'auberge, leur prisonnier dormant à leur pied. Dans la salle commune, un Patrouilleur Rural fait le beau et tente de convaincre son auditoire de s'engager dans la milice. Ils estiment cependant qu'il n'aura pas les épaules assez large pour gérer le sorcier prisonnier et décident qu'il est plus sage de l'emmener jusqu'à Kemperbad. 

A Kemperbad, le garde auquel ils remettent leur prisonnier les écoute d'une oreille en soupirant d'avance à l'idée de la paperasse à remplir et leur demande de revenir l'après-midi. Les aventuriers prennent un repas dans une gargote le long du fleuve. Quand leur commande arrive, le serveur lache sur la table une lettre destinée à Gerolf. Lorsqu'il l'ouvre, une longue mèche de cheveux blond s'en échappe. Sans commenter le contenu, il demande d'où vient la lettre et le serviteur désigne un groupe qui se tient près de la porte : quatre portefaix patibulaires servant de garde-corps à une personne dissimulée sous un capuchon. Un capuchon orné d'un liseré violet. Et l'inconnu psalmodie à voix haute et intelligible...

Gerolf repousse violemment la table pour foncer sur les hommes et immédiatement deux hommes de mains bondissent pour intercepter sa charge avant que les deux autres ne s'avancent pour le bousculer et le faire reculer. Albi et Sariel se lèvent à leur tour - le reste de l'assemblée est pétrifiée de surprise - tandis que l'inconnu masqué achève son incantation et repasse la porte, sans que personne n'ait l'idée - ou l'audace, de l'arrêter. Les hommes de mains rompent l'engagement et reculent jusqu'à la porte également.

La lettre ramassée disait ceci :


En la retournant, Gerolf constate que la paume de ses mains s'est teintée d'une vive couleur de framboise écrasée.

dimanche 27 octobre 2024

Les Collines Stériles - l'expédition d'Etelka

 

Maintenant que leurs opposants sont tous tombés, les aventuriers s'intéressent à ce qui se passe dans la dépression au centre du cercle de menhirs où leur proie - le groupe d'Etelka - est au prise avec d'autres rongeurs monstrueux. 

L'homme aux robes d'érudit tient un livre ouvert devant lui et est adossé à un mégalithe qui le dissimule, les deux hommes de mains devant lui sont en première ligne et font face à cinq monstres.  

Corrobreth saigne abondamment de plaies à la tête, aux bras et au corps et Reubke veut bander ses plaies pendant ce bref répit, mais la présence du fantôme fait trembler ses mains et se relâcher ses entrailles. Il échoue lamentablement à bander le scalp du prêtre qui saigne abondamment. Puisqu'il n'est bon à rien en temps que soigneur, il relève son arbalète et entreprend de la recharger, tout comme Albi. Mieux vaut rester à distance. 

Corrobreth admoneste le docteur-apothicaire-capitaine ; c'est de la folie d'avoir attaqué ainsi ces créatures, vous n'avez donc aucune idée de ce que c'est ? Vous en avez tués trois, la belle affaire ! Ces choses sont innombrables !

Gerolf fonce se mettre à couvert des arbres morts et examine les rochers. Il repère, entre les racines, un début de tunnel qui s'enfonce dans l'obscurité et estime préférable d'éviter de s'y aventurer.

Sariel n'entend par rester en arrière et fonce pliée en deux pour contourner les tentes, s’accroupir entre les bagages et observer de son nouveau point de vue l'affrontement autour de la pierre dressée. Mais un des monstres l'a repéré et se détourne du groupe acculé pour sauter sur la mage armée d'un bâton ferré. Il lui porte un vicieux coup d'épée et la lame s'enfonce dans la cuisse de l'elfe. Sariel tombe à terre, les mains serrées autour de son fémur pour contenir le sang qui gicle. Elle tourne de l’œil en touchant le sol. 

Voyant cela, Gerolf bondit au secours de la belle magicienne et repousse la créature qui saute entre les tentes mais ne peut éviter d'être percée au torse par la rapière du bretteur. Ensuite il se jette à genoux et entreprend de répliquer sur la femme évanouie les gestes de secouriste qu'il a vu mainte fois appliquer sur lui-même par Reubke.

Dans la cuvette, un des deux garde s'effondre sous l'assaut conjoint de deux des hommes-bêtes et sous le regard impuissant de son compagnon qui ferraille contre deux autres, l'un cependant un peu moins vindicatif après qu'il a été touché par le carreau d'Albi. L'homme se défait du monstre blessé et recule en implorant les aventuriers de faire cause commune avec lui, alors que son compagnon est mis en pièce, une des créatures le déchirant même de grands coups de dents. Le magicien recule également, suivi par un des humanoïdes, qui sont maintenant en ligne de mire des arbalétriers et de Corrobreth qui répond à l'appel à l'aide et s'avance pour frapper de coup d'épée.

La chance de tireur du répurgateur miniature prend brutalement fin alors qu'il tente de recharger son arme et que la corde lui échappe, lui cingle les doigts et détruit le carreau encoché. Quelques torons de la corde sont tranchés, Albi comprend que son arbalète va devoir faire l'objet d'une révision ultérieure, si toutefois la corde ne claque pas au prochain tir !  

L'érudit maladif lance enfin un sort, une flèche d'énergie fuligineuse qui frappe le rat géant le plus proche avant de rebondir contre un second tandis que la première cible se recroqueville et s’effondre. Il n'a guerre le temps de savourer son avantage car Albi, délaissant son arbalète, se saisi de son lasso et le lance sur l'homme, ceinture sa cible et le menhir et lorsqu'il tire sur le nœud coulant, il réduit l'étudiant en art occulte à l'impuissance.

Les bons soins de Gerolf remettent suffisamment d'aplomb Sariel pour qu'elle se redresse. Elle clopine pour prendre à revers les créatures, rejointe par Gerolf qui veille sur elle et à deux ils viennent à bout d'un monstre puis de leur chef. 

Voyant cela, le dernier en lice s'enfuit à grand bonds vers le cratère. Il patine sur les rochers à demi-immergés, se rétablis et sautille plus loin. Malgré sa maladresse, il est très vif et il ne lui faut que quelques instant pour être hors de portée de l'arbalète de poing d'Albi. 

Celui-ci court vers Reubke qui a braqué son arbalète sur l'érudit et le garde en leur ordonnant de lever les mains, de s'éloigner d'Etelka et de plus faire un zeste. Albi lui arrache l’arbalète des mains, murmure une prière et tire sur le rat. Il faut absolument l’empêcher de s'enfuir et rameuter ses semblables. Le carreau s'enfonce à la base de son crane et il s'effondre dans la sphaigne. 

Le garde est ramené contre le menhir et ligoté à son tour. 

Corrobreth s'agenouille auprès d'Etelka, tâte ses plaies, cherche le pouls et se redresse, secouant la tête. Il n'y a plus rien à faire, elle est morte. L'autre mage a un mouvement d'agacement en entendant cela. Reubke le regarde attentivement, son visage lui est vaguement familier. Et il regarde en retour Reubke, semblant penser la même chose... L'évidence les frappe en même temps 

- F'était vous, à l'auberge-relais sur la route d'Altdorf ! Qu'est-ce que vous foutez ici, vous nous fuivez?

- Pardon ? Je ...Moi, je vous suis ? Je sais même pas qui vous êtes, c'est vous qui nous êtes tombé dessus, c'est vous qui nous suivez!

- Non mais faites pas l'innofent, vous étiez bien avec Etelka, non ? Qu'est-ce que vous favez de Bögenhafen ? 

- ...Bögenhafen ? La foire ? J'y ai jamais mis les pieds !  Tout ce que je sais, c'est qu'il y a eu une sorte d'émeute à la Schaffenfest mais c'est tout ! Je ne sais rien de plus sur Bögenhaffen, je suis resté à Altdorf puis je suis descendu à Grissenwald pour retrouver ma... pour retrouver dame Herzen.

-  ...pour pratiquer la forcellerie et la nécromanfie, ze parie, alors que vous vous faisiez paffer pour un étudiant en médefine ! C'est pas de la tromperie, ça peut-être ? 

- Ah mais pas du tout, j'étais bien un étudiant en médecine mais... Haha, non vraiment, j'ai très bien fait d'abandonner ces études ! Passer des années à servir de larbin à un vieux pédant, faire ses commissions, passer le balais, récolter de temps en temps une bride de leçon en lui tenant le pot de chambre, se ruiner la santé en broyant ses poudres et en mélangeant ses potions tout ça pour devoir ensuite, PEUT-ÊTRE, payer une fortune pour avoir le droit d'exercer et examiner la pisse et la merde de bourgeois gouteux. Vous savez de quoi je parle, non, vous aussi, vous êtes étudiant en médecine ?

Reubke opine du chef, la rancoeur de l'homme lui est bien compréhensible. Leur discussion est interrompue par le bon de Sariel qui plaque la tête de son baton contre la pomme d'adam de l'étudiant défroqué 

- Silence ! Vous êtes un nécromant aux ordres d'une sorcière, avouez !

- Oui, et alors ?

- Et un mutant ? Vous êtes un mutant aussi ?

- Un quoi ? Non, mais quand bien même ? 

- Reubke, vérifie !

L'expression de défi de l'homme, qui lui donne un vague air de parenté avec les rats bipèdes - s'efface quand Reubke se saisi de l'ourlet de ses robes pour les soulever jusqu'à sa taille, dévoilant deux jambes maigres, blanches, aux genoux cagneux, aux poils noirs, qui flottent dans des sous-vêtements presque trop grands. 

- On ne m'aura vraiment épargné aucune indignité...

Gerolf se joint à son tour à l'interrogatoire qui porte maintenant sur les motifs de la présence du groupe dans les Collines Stériles : pourquoi sont-ils venu ici ? Qu'est-ce qu'ils cherchaient ? Est-ce qu'ils ont trouvé ce qu'ils cherchaient ? C'est dans le cratère ? Il sait nager ? Comment sont-ils venus ? A quoi leur servent les chevaux ? Ils n'ont rien trouvé vraiment ? Si on fouille leur tente et qu'on trouve ce qu'ils ont trouvés, c'est qu'il a menti et va y avoir du vilain... Déjà qu'il se fait passer pour un médecin... L'homme a du mal à suivre le feu nourri de question.

- Dame Herzen, c'est dame Herzen qui a dit qu'il fallait venir ici, elle cherchait l'expédition de Dagmar von Wittegenstein, on dit qu'il cherchait une météorite de Morslieb mais on sait pas... Non, on l'a pas trouvé, on venait à peine de se mettre à chercher, on s'est perdu dans les bois pendants des jours, ces sales demeurés des bois sont pas capables de distinguer la gauche de la droite, j'en sais rien si c'est dans le cratère ou pas, je vous dis qu'on a... Comment ça je sais nager, j'ai l'air d'un athlète de foire peut-être ?!? On est venu par la route, on... Les chevaux ? ...Sérieusement, à quoi vous voulez qu'ils nous servent ? ...Oui ben vous pouvez fouiller nos tentes si vous voulez, puisqu'on je vous dis qu'on a rien trouvé, pourquoi je me fatigue à vous répondre puisque vous me croyez pas ? Non, j'ai pas menti, si vous trouver quelque chose, moi je suis pas au courant que c'est là et...Non, touchez pas à ma malle, ya mes médicaments dedans,  c'est précieux, j'en ai besoin, j'en ai vraiment besoin ! Je suis malade, c'est vital que je prenne mes médicaments tous les jours ! Haha, oui, ben soignez-moi, tient ! Soignez-moi, si vous pensez que j'ai pas songé à consulter des médecins avant vous !

Le garde terrorisé est l'objet de quelques vagues menaces plus que de question mais c'est principalement le lettré qui est interrogé.

Les tentes sont retournées, ainsi que les bagages et dedans on n'y trouve pas grand chose d'autre qu'une collections de fioles de toutes formes. Huit contiennent un liquide rouge vif que Reubke ne parvient pas à identifier et d'autres, plus petites, emplies d'un liquide huileux que Sariel ne parvient pas à identifier à travers le verre et qu'elle se garde d'ouvrir. Simple précaution. 

Gerolf se désintéresse de l'interrogatoire lorsque la raison première de sa traque lui revient à l'esprit : retrouver Shanna ! Il s'éloigne en faisant des bruits de bouche et en tendant l'oreille et se précipite lorsqu'il entend un renâclement familier : les chevaux sont un peu plus loin, dans les hautes herbes entourant la petite colline, et parmi eux, sa jument ! (et le poney qui doit être Marguerite, la monture du halfelin). 

Si Reubke collectionne les livres d'anatomie trouvés dans la malle du prisonnier qui regarde d'un air mécontent le pillage de ses possessions, Sariel n'entend pas conserver les grimoires impies qu'elle a réuni et jette au feu celui qu'elle a ramassé dans la tour d'Etelka comme celui qu'elle a arrachés aux mains du sorcier. Il assiste impuissant à la destruction d'un trésor de science magique. 

Le fantôme s'est tenu à l'écart tous le temps du combat et sa silhouette translucide danse au-dessus du chaos de rochers où Gerolf a repéré l'entrée d'une grotte. Quand elle voit Albi se diriger vers elle, elle revient au sol et l'invite à la suivre dans la grotte. Albi allume sa lampe à huile et trouve rapidement les restes de la morte. Son squelette n'a même pas fait l'objet d'une véritable inhumation. Le petit homme hésite, se tourne vers le fantôme et questionne

- Où tu veux être enterrée ? 

Le fantôme reste interdit un instant et répond en pensée LE SOL

Albi accuse le coup et insiste "Oui, mais où ? Ici ? Chez toi ? Au bord du Reik ? Ou ça ?"

- CIMETERRE !

Il regrette déjà sa question et entreprend de rassembler les pauvres os dans son sac. Mais la morte n'en a pas fini avec lui. Elle indique le fond de la salle : MES COMPAGNONS

Albi soupire devant la tâche qui l'attend : ses compagnons ? Mais c'est un mur de pierre ! Il est beaucoup trop petit, lui. Il ressort, se réjouit de voir Marguerite, la flatte, pose son sac sur son dos (le fantôme reste immobile à coté du sac, le couvant d'un regard plein d'adoration) et attrape Gerolf par la manche.

- J'ai besoin de toi, il faut m'aider, il y a les compagnons de Brunhilde qu'on a promis d'enterrer en terre consacrée.

Gerolf attrape une pelle abandonnée par les fouilleurs et va s'attaquer aux rochers du fond de la grotte. Le fantome reste auprès de Marguerite, couvant ses os d'un regard plein d'adoration. Le gros bloc qu'il fait basculer roule et lui écrase la main gauche. Il sort de la grotte, furieux, en tenant ses doigts gourds contre lui. Reubke diagnostique sans peine une fracture, heureusement bénigne, et lui ficelle une attelle de fortune.

Albi continue seul de dégager les rochers qui bloquent l'accès aux compagnons d'infortune de sa malheureuse amie, en s'aidant de sa pelle pour faire levier sur les rochers. Enfin, un petit trou est percé dans le haut de l’éboulis. Le halfelin s'avance pour évaluer la profondeur avant de reculer d'un bond lorsqu'une main squelettique jailli du trou. Il fait passer son arbalète de poing dans ses mains et appelle à l'aide 

- LES AMIS ? J'AI UN PROBLÈME ICI ! YA DES SQUELETTES QUI BOUGENT !

Un squelette a en effet rampé hors du trou et s'avance. Verdâtre, encore vêtus de lambeaux de cuir et de mailles rouillée, il clopine d'un pas mal assuré tout en brandissant une arme ébréchée. Le temps que Sariel et Corrobreth arrivent dans le tunnel, un second a commencé à s'extirper de la chatière, dans un état de délabrement comparable. Cette vision effroyable fige Corrobreth sur place et fait détaler Albi (avec la lampe). Entendant les appels à l'aide et voyant Albi jaillir en panique, Gerolf comprend que Sariel est donc seule aux mains d'une horde de morts sans repos et oublie sa main douloureuse pour bondir dans la grotte. Reubke reste en arrière, "pour surveiller les prisonniers" Son attention s'est cependant un peu relachée et il est surpris de voir le garde ligoté au menhir soudain tomber en avant, à quatre pattes, avant de se redresser fébrilement

- Comment ça, des morts-vivants ? ya des morts-vivants là-dedans ? Oh non, non, non. Moi j'reste pas là, non, non, vous m'frez pas rester là ! 

Il détalle sans prêter attention aux arbalètes de Reubke et d'Albi. Ceux-ci n'ont pas le cœur à lui décocher un carreaux dans le dos et se désintéressent du fuyard pour reporter leur attention l'autre prisonnier détaché. 

- Laissez-moi vous aidez ! Vous voulez qu'on y passe tous ? Vous avez bien vu ce dont je suis capable, si vous voulez survivre, laissez-moi faire ! 

Reubke obtempère et regarde le sorcier se redresser, prendre un air important, lever les mains... Et blêmir, se plier en deux puis s'écrouler au sol en haletant. Reubke connait bien ce phénomène, il a déjà vu Sariel en être victime à plusieurs reprises - chose qui n'arrive jamais avec la science banale ! Il le pousse de l'arbalète, vaguement satisfait de voir le magicien dans cette posture peu avantageuse

- Allez hop, relevez-vous !

...Mais le mage peut à peine se redresser sur les mains et reste assis, peinant à reprendre son souffle. Reubke le hisse par le bras pour le faire s'assoir sur une malle et lui fourre d'autorité une de ses fioles de médicament dans le bec

- Buvez-fa, vous avez l'air d'en avoir besoin

Quand à Albi, il a eu une idée : les os secs, ça doit pouvoir bruler facilement et il a une lampe à huile. Il retourne dans la grotte où il y a maintenant quatre ou cinq squelettes différents qui avancent droit vers les vivants pour les frapper de leurs armes. Les tirs et les coups qui pleuvent sur eux brisent les os secs, font éclater les cranes mais ils n'en ont cure et continuent d'avancer et de frapper. La face squelettique de l'un a éclaté sous un coup de bâton ? Il frappe en aveugle. Les genoux d'un autre ont été sectionnés d'un coup d'épée ? Il rampe sur ses moignons et pique du tronçon de sa lance. Sariel parvient à mettre à profit son avantage tactique et reculer mais Corrobreth est rapidement acculé par trois squelettes différents et il faut venir à son secours dans le boyau étroit. Heureusement les morts se gênent mutuellement et plus d'une fois un coup visant un vivant s'abat sur les os d'un pair. Chaque coup porté aux morts est accueilli par une vague de jubilation ! Car les morts supplient qu'on les détruisent et qu'on leur donne la paix tout en frappant sans relâche ! Albi crie à ses compagnons de faire place pour qu'il puisse les incendier mais encore faut-il pouvoir reculer ! Finalement, Albi n'aura pas à mettre son plan à exécution, les squelettes sont réduits en miette tour à tour, les tendons calcifiés retenant les os en connexion se défont, les os s'effondrent et roulent au sol lorsque l'énergie qui les anime les quitte. 

Un soupir heureux accompagne chacune des secondes morts. 

Albi utilise le linge de corps trouvé dans les bagages d'Etelka Herzen pour réunir les ossements en petits fagots individuel et les portes religieusement aux fontes de Marguerite tandis que Sariel explore la cavité d'où sont sorti les compagnons de Brunhilde. Dedans, elle trouve les restes d'un ancien campement : couvertures mitées, sac racornis, une vieille bouteille de vin à moitié évaporée, une potion encore scellée, de la monnaie oxidée et enfin une tige en métal d'une vingtaine de centimètre : la fameuse sixième clé qu'ils ont cherché en vain à la tour à signaux !

Il est temps de lever le camp maintenant. Tant pis pour l'évadé, qu'il aille se perdre dans les Collines.
Après quelques discussions sur qui voyage en coracle et qui voyage à dos de cheval, les groupes se font. Et tant pis pour les morts plus frais ; une fois les corps dépouillés de leurs possessions, on les abandonne à la lande alors que leurs bagages sont hissés sur les selles des chevaux. Mais lorsqu'ils arrivent à l'endroit où ils ont laissé les deux embarcations, c'est pour faire la désagréable découverte qu'il n'y a plus qu'un seul canoé. L'autre a disparu. Le fuyard, probablement. 

...Peu importe. 

 ***

 

 

L'arbalète d'Albi va-t-elle lui claquer entre les mains ? Vont-ils rattraper le fuyard ? Vont-ils se remettre de leurs blessures ? L'étudiant maussade est-il réellement mourant comme il le prétend ? La sixième clé leur permettra-t-elle de rentrer dans la salle scellée de la tour de Dagmar ? Brunhilde va-t-elle aimer le cimetière qu'on lui propose ?




lundi 21 octobre 2024

Unterbaum, Unterbaum, mornes plaines...


Durant la convalescence de Messire...

Gerolf garde la chambre sur ordre de son médecin personnel. Comme il regagne vite assez de conscience pour s'emmerder comme un rat mort, il devient insupportable exige qu'on lui tienne compagnie pour le distraire. Il fait le paon auprès de tous, roule des mécaniques avec les hommes, se fait plaindre auprès des femmes, tente de temps en temps d'apprendre ce que l'on sait des Collines Stériles, ce qui généralement rappelle à chacun qu'ils sont attendu, qu'ils ont un travail à faire et qu'ils doivent y aller de suite. Les gens ont peur de l'endroit et personne n'y va ou ne veut reconnaitre qu'il y va.

Reubke est parti à la cueillette des simples; concocte potions et pilules et exploite sa toute nouvelle patente de médecin pour proposer des soins à qui en a besoin. Gratuitement. Il examine les poumons, les yeux, les oreilles, les dents... Se fait payer la goutte et récolte quelques histoires locales : 

"ya eu du rif-raf à Kemperbad, un n'attentat sur une grosse huile de l'Empire et du coup, rack, à la potence ! L'indépendance de la Ville-Franche, ça agace la noblesse, pour sur, tout les prétextes sont bon... Pis à l'aut'bout aussi, ça s'agite : ya l'grand duc d'Ostland qu'est en brisbille avec l'grand duc du Talabecland parce que l'fils du premier l'est mort dans les Montagn'Grise...
- .....
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH -
...ouais, j'disais qu'tout ça c'est magouille et compagnie pour piquer des terres, j'vous en tape mon carton. Les quoi ? Colline Stériles ? Par Sigmar mais qu'esse qu'vous m'posez là comme question, qu'esse-vous z'avez à voir avec ça ? Bon, faut qu'je file maintenant, r'voir et merci"

A force, on fini tout de même par lui concéder du bout des dents que si quelqu'un connait quelque chose sur les Collines Stériles, c'est les Baumevolks - le Peuple Ancien - dans la forêt, et leur prêtre Corrobreth. Des gens bizarres, un peu à part, mais pas méchants, non non ! Ils commercent avec l'auberge mais vivent selon leurs propres lois.

Albi et Sariel décident d'aller à Unterbaum faire l'emplette de matériel de campement puisque les Collines Stériles se trouvent quelque part le long de la Narn et que le Meudefleuh ne pourra pas naviguer sur ce court d'eau. 

Mais d'abord, traverser la Narn : vu que traverser à gué est périlleux et qu'Albi est vite tossé par la force du courant, Sariel attrape Albi et le soulève du sol puis se soulève du sol en incantant Envol et se propulse au-dessus du court d'eau en tenant fermement Albi extatique qui glapit d'enthousiasme. Après deux heure de marche et la cueillette d'aspérule et de mauves des bois, l'elfe et le halfelin arrivent en vue d'un village atypique, formé de maisons longues constituées quasiment uniquement d'un toit de chaume couvrant une seule pièce au sol de terre battues. Les gens sont curieux et les conduisent volontiers au doyen - occupé à curer le pied d'une vache rustique - qui les accueille sous son toit et leur offre à manger et à boire avant d'aborder le sujet qui les amène au village. Quand ils mentionnent qu'ils souhaitent du matériel de voyage parce qu'ils doivent se rendre aux collines stériles, le doyen se raidit

- Ces terres sont maudites ! Pourquoi voulez-vous vous y rendre ?
- Voyez-vous, nous ne souhaitons pas vraiment nous y rendre, nous voulons retrouver la cousine de Messire von Kerkher - notre compagnon
(le titre du noble ne déclenchant pas l'habituelle marque de déférence)
- Ah, une cousine...

Albi remarque une certaine réticence à parler de la cousine et met les pieds (velu) dans le plat

- Vous ne l'aimez pas beaucoup on dirait ? Nous non plus. C'est une mauvaise femme, mais on doit la retrouver, Justice de l'Empire

Ce qui dégèle Vorster, bien qu'il repousse la patente de répurgateur avec un sourire, ce qui en retour crispe légèrement Albi. 

- Ah, on ne prie pas votre dieu ici. Mais oui, on connait cette femme. Elle est passé ici il y a presque une Lune avec un compagnon et deux guerriers. Non, on ne l'a pas aimée, elle avait de mauvaises manières et on ne l'a pas renseignée. On l'a envoyé se perdre dans les bois. 

Albi et Sariel réfléchissent un moment et avec Vorster arrivent à la conclusion que Eterlka voulant se rendre aux Collines Stériles, c'est donc là qu'il faut aller pour la retrouver. Mais au fait, pourquoi ce nom de Collines Stériles ? 

Corrobreth a été prévenu entre temps et est venu rencontrer les deux étrangers. 

 - Ah mais jadis, c'étaient les Bois Verts, couvert d'une forêt aussi belle qu'ici. Cela n'a pas toujours été une terre désolée et morte. Ca s'est produit il y a bien longtemps, bien des vies - enfin, peut-être pas à vos yeux d'elfe - quand le grand père de mon grand père était encore tout enfant. Un jour, le malheur s'est abattu sur la terre et des hordes de monstres, ni homme ni bête, démons, hors nature, ont tout ravagé. Mon peuple a connus de terribles pertes alors. Le ciel lui-même était contre nous, couvert de nuées rouges, et la Lune Verte crachait sur nous sans s'interrompre. Là ou sa salive est tombée, la vie est partie. Elle a craché dans les collines et les collines sont mortes. Nos prêtres ont lancé des protections, ils ont levés des pierres pour endiguer le mal. Ca a à peine suffit. Le mal est contenu, mais les Collines sont mortes. Plus personne n'y va, plus personne n'en vient. Sauf des monstres. Et c'est là-bas que vous voulez aller ? 

Devant l'air résolu des deux compagnons, qui protestent encore qu'ils ne veulent s'y rendre que parce qu'une femme mauvaise qu'ils cherchent y va, les deux Baumevolks s'inclinent. Ils vont tenir conseil et s'ils le peuvent, ils aideront. 

Albi et Sariel retournent à l'auberge des Cascades Grondantes, avec un adolescent dépêché pour leur servir de guide. Sur le chemin, Sariel asticote le jeune homme à propos de la "cousine". Il ne l'a pas vu, mais on lui en a parlé : elle était dérangeante, elle sentait vraiment mauvais, comme des fleurs et du pourri et elle avait le visage tout peint. Et l'homme maigre avait une tête malade. Et les deux autres des têtes de brutes. 

La traversée à gué de la Narn se fait sans mal mais pas sans peur. 

On part en expédition

Après 4 jours, Messire le baron est retapé et impatient d'en découdre. On prépare des sac à dos avec l'essentiel : des armes, de la nourriture, des médicaments, du matériel de cuisine... Et Timmy le mouton. L'idée initiale était de tenter d'en faire une bête de bât. Le bélier étant toujours aussi nerveux et sauvage, il est impossible de lui mettre quoi que ce soit sur le dos, difficile de le faire tenir dans la barque et stressant de le faire monter à l'escalier, donc l'idée est d'en faire cadeau aux Baumevolks, en remerciement de leur accueil généreux. 

Et pas question de retraverser la Narn à gué : on prend la barque du Meudefleuh, on descend le chemin éclusier, on la met à l'eau et traverse le lac et on la laisse dans l'abri sous roche avant de monter à pied l'escalier de pierre. 

Au village, les quatre compagnons sont à nouveau reçu avec une curiosité joyeuse et affable et conduit à la hutte de Vorster qui les salue tour à tour (très malaisant pour Messire von Kerkher : on le salue après Reubke, un paysan le regarde dans les yeux et lui sert la main d'égal à égal) et on rompt le pain avant de traiter des affaires sérieuses. 

Corrobreth a décidé d'accompagner les aventuriers et il se prépare devant l'autel de la Mère Rhya. Il est impressionnant, avec ses joues marquées de trois profondes scarifications sous chaque oeil et le corbeau qui se pose ou s'envole de ses épaules à sa guise. On leur donne des couvertures et des tentes ainsi que deux coracles pour naviguer sur la Narn. le cadeau de Timmy - un beau bélier reproducteur, pas pour manger - surprend agréablement le peuple des bois. 

https://www.moyenagepassion.com/wp-content/uploads/2020/09/archeologie-medievale-village-melrand-an-mil-haut-moyen-age-bretagne.jpg
Tu seras heureux ici, petit Timmy

Le départ du prêtre et des aventuriers est surveillé avec gravité par les villageois. Il faut un peu de temps pour saisir le rythme des coups de pagaye et lutter contre le courant. Graulich le corbeau va et vient. Il faut un jour pour que les aventuriers remarquent que quand Corrobreth fait signe de s'arrêter pour aller ramasser des mousses, des champignons, des écorces, c'est après un retour du corbeau.

Après le second jour, le paysage change. Le ciel est couvert en permanence de nuages gris jaune. Les arbres sont de plus en plus rares, gris, morts, tordus. Des herbes d'un vert bizarres couvrent la terre, agitées par un vent imperceptible. Sariel sent ce vent, c'est celui de la magie putride qui imprègne le pays.

Etelka est repérée

Au quatrième jour, alors que la Cuvette du Diable - là où la Lune Verte a craché - est tout proche, Sariel et Graulich ressentent la présence d'Etelka. Le groupe met pied à terre, tire les coracles sur la berge et avance prudemment pour ne pas se faire repérer de leur proie.

Entre le pierres levées qui entourent une dépression, quatre personnes sont debout. Une femmes, trois hommes, l'un maladif, deux nerveux : c'est Etelka et sa suite. 

Une silhouette bleue, éthérée, apparait soudain devant eux. Elle semble parler mais on n'entend pas ce qu'elle dit, seulement les réponses furieuses et les cris apeurés du groupe. 

- CHARGEZ ! 

Gerolf, qui n'y tient plus et tire sa rapière. Les appels à la prudence et à la discrétion de Corrobreth et Reubke n'y font rien, il veut foncer et en découdre. 

Le fantôme disparait et réapparait soudain, dix mètres plus proche, juste devant Gerolf. Squelette aux orbites vides à peine couvert de lambeau de peau racornie un instant, c'est un cadavre mutilé l'instant d'après, une jeune femme en habit de forestière ensuite. Elle tend les bras, suant le désespoir et le chagrin, et supplie sans dire un mot. 

Sariel est saisie de peur et frappe du bâton en réflexe

AIDEZ-MOI !

Le cri a résonné dans sa tête, elle l'a entendu comme on entend le son de sa propre voix. Elle se jette en arrière et quand elle rompt le contact, la voix s'éteint. 

Comme elle tend les bras, Albi lui tend la main en retour et la touche à son tour. Et comme Sariel, il entend la voix de la morte sous son crâne et pire, il vit ses souvenirs. 

C'est pas juste. C'est incompréhensible. Il m'a tué. Je suis... Je ne sais plus. Je suis  Brunhilde. Je suis l'éclaireuse. Je vis au château. (Oh la fierté de servir au château, la vue depuis les remparts, la caresse du soleil d'une fin d'après-midi, le Reik qui coule indolent si loin en-dessous) mais plus longtemps, à l'automne il y aura le mariage (Oh mon amoureux, le cœur me pince d'impatience de te revoir, et de te marier et de vivre avec toi et... et je suis morte, je suis morte, je suis morte, je suis morte, tu me manque mon amour !)

Albi est à peine conscient de lui-même, perdu dans les souvenirs et les émotions de la morte, mais il garde encore les orteils dans la boue. Par sa volonté, il oriente les souvenirs du fantôme sur le voyage dans les collines et qu'est-ce qu'elle est venue faire ici, et pourquoi ?

...c'était l'été. Le Maitre vit dans son observatoire sur le Reik et il étudie le ciel. Il nous a rassemblé pour l'escorter dans les Collines Vertes pour le protéger. Les Collines Vertes sont pas vertes, elles sont mortes et sombres et on est arrivé ici. Et on a campé. Et l'érudit si sage, il nous a tué ! Il nous a tué ! Il m'a frappé, moi, il m'a frappé, ça fait si mal, si mal si mal si mal si mal je n'ai plus mal, j'avais mal je ne sens plus rien. On est tous morts. Pour rien. Pour. Rien. Je ne comprends pas pourquoi.

Encore une fois le fantôme se transforme en un torrent d'émotion brutes et Albi bataille pour garder le cap. Elle veut de l'aide, qu'est-ce qu'on peut faire pour l'aider, exactement ?

S'il vous plait, je voudrais dormir. Je voudrais juste dormir. Je voudrais une tombe. Et puis le silence et marcher dans les Jardins de Morr. Dormir. Donnez-moi juste une tombe. Et puis la paix.

 En réponse, Albi promet de tout son cœur, de tout ses vœux que oui, oui, elle aura une tombe, elle aura la paix, c'est juré, c'est promis, et les pleurs fantomatiques s'interrompent. Est-ce de l'espoir ? 

...Quand Albi lâche les mains de la jeune morte vieille de cent ans et pleine d'espoir, le murmure assourdit qui formait une tapisserie sonore se transforme en hurlement sauvages et chocs de métal contre acier.

Roll for initiative - again

Pendant qu'Albi communique avec la morte, voila ce qui s'est passé : 

D'un coté, nous avons Gerolf et Sariel, la lame au clair et bien envie d'en découdre. Et Reubke suit le mouvement parce qu'il le faut bien, l’arbalète à la hanche. Corrobreth est sidéré et implore d'être discret. Trop tard. Ca a juste ralenti la charge de Gérolf qui marche au lieu de courir.

De l'autre, nous avons quatre personnages alertées par les hurlements, dont deux nerveux comme des chats à cause de ce sac à couilles de fantôme de merde de fion pelé d'putain, on est pas payé assez pour ces conneries !!! 

Rien n'est normal dans les Collines Stériles, même pas les hommes-bêtes

...Et puis surgissent de terre - littéralement ; hop, de la terre, une motte, un monstre - un groupe d'homme-bête à tronche de taupe : des armes, des grandes dents de rongeur, une pelure grisâtre, une longue queue grisâtre, des pieds démesurés... Et Etelka est pris à parti par le plus grand d'entre eux qui l'attrape par le bras et lui siffle au visage des questions trop syncopées pour que les aventuriers comprennent 

Pendant que ça palabre entre les pierres levées, Reubke a soigneusement visé Etelka et décoché un tir. Encore mieux qu'à la foire ! Le projectile frappe la femme en plein visage. Le fer pénètre dans la joue, ressort à coté du nez tandis que l'empennage reste coincé contre les molaires. Elle tombe dans un concert de glapissement d'effroi - ceux de ses compagnons - et d'excitation - ceux des bêtes que le sang affole. 

Les choses se ruent pour tailler en pièce les hommes qui parent les coups avec difficulté.

Reubke se tasse sur lui-même et entreprend de recharger l’arbalète, Gérolf et Sariel avançant de concert, le glaive vengeur et le bras séculier. Mais leur effet de surprise est gâché par l'attaque surprise de trois autres bestioles jusque là planquée en embuscade. Corrobreth vacille sous leurs attaque tandis que Sariel et Gerolf ferraillent contre le troisième qu'il taillent en pièce avant de plonger à l'aide du sage..

La surprise a figé Albi un instant. Quand il reprend ses esprits c'est pour lancer ses bolas en réflexe vers le rongeur géant qui affronte ses amis. Malheur, ce n'est pas la bête qu'il touche mais Messire Gerolf. Le bouclier immobilisé contre son torse par les liens qui l'entravent ne gênent qu'à peine l'escrimeur - on a vu pire durant l'entrainement - et de la lame il pare les attaques de la bête tandis que Sariel le prend en tenaille. A deux, ils viennent à bout de la créature.Et c'est ensemble qu'ils font face au dernier monstre. 

...Celui-ci vivait un moment de joie malsaine, sa victime acculée ployait des genoux, ses compagnons glapissant à ses cotés et soudain il est tout seul face à des ssssssssales zhumains ! Il tourne les talons et détalent, couinant quand la rapière de Gerolf lui entaille la fesse et s'éloigne à grands bonds, galvanisés par la douleur et la peur. 

Albi n'a plus d'arme mais il a une amie. Une amie qui compte sur lui pour lui donner une tombe sanctifiée. Alors il attrape la main fantomatique de son amie - il passe presque à travers et sens le froid lui mordre les doigts mais c'est pas grave, il a retissé le contact avec l'esprit et lui envoie sa peur de mourir ici, sa peur de voir ses amis tomber là où elle est morte avant eux, sa peur de ne pas pouvoir lui donner de tombe...

La chasseresse sort de sa stupeur. La fureur l'envahi. C'est maintenant l'écho de la pisteuse qu'elle était, une jeune femme athlétique avec une grande arbalète jailli du néant qu'elle épaule. Un trait jailli, blanc comme un os et silencieux comme la tombe. Et le rat mutant s'écroule dans les herbes. 

Et maintenant, tournons-nous vers le cratère...