Durant la convalescence de Messire...
Gerolf garde la chambre sur ordre de son médecin personnel. Comme il regagne vite assez de conscience pour s'emmerder comme un rat mort, il devient insupportable exige qu'on lui tienne compagnie pour le distraire. Il fait le paon auprès de tous, roule des mécaniques avec les hommes, se fait plaindre auprès des femmes, tente de temps en temps d'apprendre ce que l'on sait des Collines Stériles, ce qui généralement rappelle à chacun qu'ils sont attendu, qu'ils ont un travail à faire et qu'ils doivent y aller de suite. Les gens ont peur de l'endroit et personne n'y va ou ne veut reconnaitre qu'il y va.
Reubke est parti à la cueillette des simples; concocte potions et pilules et exploite sa toute nouvelle patente de médecin pour proposer des soins à qui en a besoin. Gratuitement. Il examine les poumons, les yeux, les oreilles, les dents... Se fait payer la goutte et récolte quelques histoires locales :
"ya eu du rif-raf à Kemperbad, un n'attentat sur une grosse huile de l'Empire et du coup, rack, à la potence ! L'indépendance de la Ville-Franche, ça agace la noblesse, pour sur, tout les prétextes sont bon... Pis à l'aut'bout aussi, ça s'agite : ya l'grand duc d'Ostland qu'est en brisbille avec l'grand duc du Talabecland parce que l'fils du premier l'est mort dans les Montagn'Grise...
- .....AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH -
...ouais, j'disais qu'tout ça c'est magouille et compagnie pour piquer des terres, j'vous en tape mon carton. Les quoi ? Colline Stériles ? Par Sigmar mais qu'esse qu'vous m'posez là comme question, qu'esse-vous z'avez à voir avec ça ? Bon, faut qu'je file maintenant, r'voir et merci"
A force, on fini tout de même par lui concéder du bout des dents que si quelqu'un connait quelque chose sur les Collines Stériles, c'est les Baumevolks - le Peuple Ancien - dans la forêt, et leur prêtre Corrobreth. Des gens bizarres, un peu à part, mais pas méchants, non non ! Ils commercent avec l'auberge mais vivent selon leurs propres lois.
Albi et Sariel décident d'aller à Unterbaum faire l'emplette de matériel de campement puisque les Collines Stériles se trouvent quelque part le long de la Narn et que le Meudefleuh ne pourra pas naviguer sur ce court d'eau.
Mais d'abord, traverser la Narn : vu que traverser à gué est périlleux et qu'Albi est vite tossé par la force du courant, Sariel attrape Albi et le soulève du sol puis se soulève du sol en incantant Envol et se propulse au-dessus du court d'eau en tenant fermement Albi extatique qui glapit d'enthousiasme. Après deux heure de marche et la cueillette d'aspérule et de mauves des bois, l'elfe et le halfelin arrivent en vue d'un village atypique, formé de maisons longues constituées quasiment uniquement d'un toit de chaume couvrant une seule pièce au sol de terre battues. Les gens sont curieux et les conduisent volontiers au doyen - occupé à curer le pied d'une vache rustique - qui les accueille sous son toit et leur offre à manger et à boire avant d'aborder le sujet qui les amène au village. Quand ils mentionnent qu'ils souhaitent du matériel de voyage parce qu'ils doivent se rendre aux collines stériles, le doyen se raidit
- Ces terres sont maudites ! Pourquoi voulez-vous vous y rendre ?
- Voyez-vous, nous ne souhaitons pas vraiment nous y rendre, nous voulons retrouver la cousine de Messire von Kerkher - notre compagnon (le titre du noble ne déclenchant pas l'habituelle marque de déférence)
- Ah, une cousine...
Albi remarque une certaine réticence à parler de la cousine et met les pieds (velu) dans le plat
- Vous ne l'aimez pas beaucoup on dirait ? Nous non plus. C'est une mauvaise femme, mais on doit la retrouver, Justice de l'Empire
Ce qui dégèle Vorster, bien qu'il repousse la patente de répurgateur avec un sourire, ce qui en retour crispe légèrement Albi.
- Ah, on ne prie pas votre dieu ici. Mais oui, on connait cette femme. Elle est passé ici il y a presque une Lune avec un compagnon et deux guerriers. Non, on ne l'a pas aimée, elle avait de mauvaises manières et on ne l'a pas renseignée. On l'a envoyé se perdre dans les bois.
Albi et Sariel réfléchissent un moment et avec Vorster arrivent à la conclusion que Eterlka voulant se rendre aux Collines Stériles, c'est donc là qu'il faut aller pour la retrouver. Mais au fait, pourquoi ce nom de Collines Stériles ?
Corrobreth a été prévenu entre temps et est venu rencontrer les deux étrangers.
- Ah mais jadis, c'étaient les Bois Verts, couvert d'une forêt aussi belle qu'ici. Cela n'a pas toujours été une terre désolée et morte. Ca s'est produit il y a bien longtemps, bien des vies - enfin, peut-être pas à vos yeux d'elfe - quand le grand père de mon grand père était encore tout enfant. Un jour, le malheur s'est abattu sur la terre et des hordes de monstres, ni homme ni bête, démons, hors nature, ont tout ravagé. Mon peuple a connus de terribles pertes alors. Le ciel lui-même était contre nous, couvert de nuées rouges, et la Lune Verte crachait sur nous sans s'interrompre. Là ou sa salive est tombée, la vie est partie. Elle a craché dans les collines et les collines sont mortes. Nos prêtres ont lancé des protections, ils ont levés des pierres pour endiguer le mal. Ca a à peine suffit. Le mal est contenu, mais les Collines sont mortes. Plus personne n'y va, plus personne n'en vient. Sauf des monstres. Et c'est là-bas que vous voulez aller ?
Devant l'air résolu des deux compagnons, qui protestent encore qu'ils ne veulent s'y rendre que parce qu'une femme mauvaise qu'ils cherchent y va, les deux Baumevolks s'inclinent. Ils vont tenir conseil et s'ils le peuvent, ils aideront.
Albi et Sariel retournent à l'auberge des Cascades Grondantes, avec un adolescent dépêché pour leur servir de guide. Sur le chemin, Sariel asticote le jeune homme à propos de la "cousine". Il ne l'a pas vu, mais on lui en a parlé : elle était dérangeante, elle sentait vraiment mauvais, comme des fleurs et du pourri et elle avait le visage tout peint. Et l'homme maigre avait une tête malade. Et les deux autres des têtes de brutes.
La traversée à gué de la Narn se fait sans mal mais pas sans peur.
On part en expédition
Au village, les quatre compagnons sont à nouveau reçu avec une curiosité joyeuse et affable et conduit à la hutte de Vorster qui les salue tour à tour (très malaisant pour Messire von Kerkher : on le salue après Reubke, un paysan le regarde dans les yeux et lui sert la main d'égal à égal) et on rompt le pain avant de traiter des affaires sérieuses.
Corrobreth a décidé d'accompagner les aventuriers et il se prépare
devant l'autel de la Mère Rhya. Il est impressionnant, avec ses joues marquées de trois profondes scarifications sous chaque oeil et le corbeau qui se pose ou s'envole de ses épaules à sa guise. On leur donne des couvertures et des
tentes ainsi que deux coracles pour naviguer sur la Narn. le cadeau de
Timmy - un beau bélier reproducteur, pas pour manger - surprend
agréablement le peuple des bois.
![]() |
| Tu seras heureux ici, petit Timmy |
Le départ du prêtre et des aventuriers est surveillé avec gravité par les villageois. Il faut un peu de temps pour saisir le rythme des coups de pagaye et lutter contre le courant. Graulich le corbeau va et vient. Il faut un jour pour que les aventuriers remarquent que quand Corrobreth fait signe de s'arrêter pour aller ramasser des mousses, des champignons, des écorces, c'est après un retour du corbeau.
Après le second jour, le paysage change. Le ciel est couvert en permanence de nuages gris jaune. Les arbres sont de plus en plus rares, gris, morts, tordus. Des herbes d'un vert bizarres couvrent la terre, agitées par un vent imperceptible. Sariel sent ce vent, c'est celui de la magie putride qui imprègne le pays.
Etelka est repérée
Au quatrième jour, alors que la Cuvette du Diable - là où la Lune Verte a craché - est tout proche, Sariel et Graulich ressentent la présence d'Etelka. Le groupe met pied à terre, tire les coracles sur la berge et avance prudemment pour ne pas se faire repérer de leur proie.
Entre le pierres levées qui entourent une dépression, quatre personnes sont debout. Une femmes, trois hommes, l'un maladif, deux nerveux : c'est Etelka et sa suite.
Une silhouette bleue, éthérée, apparait soudain devant eux. Elle semble parler mais on n'entend pas ce qu'elle dit, seulement les réponses furieuses et les cris apeurés du groupe.
- CHARGEZ !
Gerolf, qui n'y tient plus et tire sa rapière. Les appels à la prudence et à la discrétion de Corrobreth et Reubke n'y font rien, il veut foncer et en découdre.
Le fantôme disparait et réapparait soudain, dix mètres plus proche, juste devant Gerolf. Squelette aux orbites vides à peine couvert de lambeau de peau racornie un instant, c'est un cadavre mutilé l'instant d'après, une jeune femme en habit de forestière ensuite. Elle tend les bras, suant le désespoir et le chagrin, et supplie sans dire un mot.
Sariel est saisie de peur et frappe du bâton en réflexe
AIDEZ-MOI !
Le cri a résonné dans sa tête, elle l'a entendu comme on entend le son de sa propre voix. Elle se jette en arrière et quand elle rompt le contact, la voix s'éteint.
Comme elle tend les bras, Albi lui tend la main en retour et la touche à son tour. Et comme Sariel, il entend la voix de la morte sous son crâne et pire, il vit ses souvenirs.
C'est pas juste. C'est incompréhensible. Il m'a tué. Je suis... Je ne sais plus. Je suis Brunhilde. Je suis l'éclaireuse. Je vis au château. (Oh la fierté de servir au château, la vue depuis les remparts, la caresse du soleil d'une fin d'après-midi, le Reik qui coule indolent si loin en-dessous) mais plus longtemps, à l'automne il y aura le mariage (Oh mon amoureux, le cœur me pince d'impatience de te revoir, et de te marier et de vivre avec toi et... et je suis morte, je suis morte, je suis morte, je suis morte, tu me manque mon amour !)
Albi est à peine conscient de lui-même, perdu dans les souvenirs et les émotions de la morte, mais il garde encore les orteils dans la boue. Par sa volonté, il oriente les souvenirs du fantôme sur le voyage dans les collines et qu'est-ce qu'elle est venue faire ici, et pourquoi ?
...c'était l'été. Le Maitre vit dans son observatoire sur le Reik et il étudie le ciel. Il nous a rassemblé pour l'escorter dans les Collines Vertes pour le protéger. Les Collines Vertes sont pas vertes, elles sont mortes et sombres et on est arrivé ici. Et on a campé. Et l'érudit si sage, il nous a tué ! Il nous a tué ! Il m'a frappé, moi, il m'a frappé, ça fait si mal, si mal si mal si mal si mal je n'ai plus mal, j'avais mal je ne sens plus rien. On est tous morts. Pour rien. Pour. Rien. Je ne comprends pas pourquoi.
Encore une fois le fantôme se transforme en un torrent d'émotion brutes et Albi bataille pour garder le cap. Elle veut de l'aide, qu'est-ce qu'on peut faire pour l'aider, exactement ?
S'il vous plait, je voudrais dormir. Je voudrais juste dormir. Je voudrais une tombe. Et puis le silence et marcher dans les Jardins de Morr. Dormir. Donnez-moi juste une tombe. Et puis la paix.
En réponse, Albi promet de tout son cœur, de tout ses vœux que oui, oui, elle aura une tombe, elle aura la paix, c'est juré, c'est promis, et les pleurs fantomatiques s'interrompent. Est-ce de l'espoir ?
...Quand Albi lâche les mains de la jeune morte vieille de cent ans et pleine d'espoir, le murmure assourdit qui formait une tapisserie sonore se transforme en hurlement sauvages et chocs de métal contre acier.
Roll for initiative - again
Pendant qu'Albi communique avec la morte, voila ce qui s'est passé :
D'un coté, nous avons Gerolf et Sariel, la lame au clair et bien envie d'en découdre. Et Reubke suit le mouvement parce qu'il le faut bien, l’arbalète à la hanche. Corrobreth est sidéré et implore d'être discret. Trop tard. Ca a juste ralenti la charge de Gérolf qui marche au lieu de courir.
De l'autre, nous avons quatre personnages alertées par les hurlements, dont deux nerveux comme des chats à cause de ce sac à couilles de fantôme de merde de fion pelé d'putain, on est pas payé assez pour ces conneries !!!
| Rien n'est normal dans les Collines Stériles, même pas les hommes-bêtes |
...Et puis surgissent de terre - littéralement ; hop, de la terre, une motte, un monstre - un groupe d'homme-bête à tronche de taupe : des armes, des grandes dents de rongeur, une pelure grisâtre, une longue queue grisâtre, des pieds démesurés... Et Etelka est pris à parti par le plus grand d'entre eux qui l'attrape par le bras et lui siffle au visage des questions trop syncopées pour que les aventuriers comprennent
Pendant que ça palabre entre les pierres levées, Reubke a soigneusement visé Etelka et décoché un tir. Encore mieux qu'à la foire ! Le projectile frappe la femme en plein visage. Le fer pénètre dans la joue, ressort à coté du nez tandis que l'empennage reste coincé contre les molaires. Elle tombe dans un concert de glapissement d'effroi - ceux de ses compagnons - et d'excitation - ceux des bêtes que le sang affole.
Les choses se ruent pour tailler en pièce les hommes qui parent les coups avec difficulté.
Reubke se tasse sur lui-même et entreprend de recharger l’arbalète, Gérolf et Sariel avançant de concert, le glaive vengeur et le bras séculier. Mais leur effet de surprise est gâché par l'attaque surprise de trois autres bestioles jusque là planquée en embuscade. Corrobreth vacille sous leurs attaque tandis que Sariel et Gerolf ferraillent contre le troisième qu'il taillent en pièce avant de plonger à l'aide du sage..
La surprise a figé Albi un instant. Quand il reprend ses esprits c'est pour lancer ses bolas en réflexe vers le rongeur géant qui affronte ses amis. Malheur, ce n'est pas la bête qu'il touche mais Messire Gerolf. Le bouclier immobilisé contre son torse par les liens qui l'entravent ne gênent qu'à peine l'escrimeur - on a vu pire durant l'entrainement - et de la lame il pare les attaques de la bête tandis que Sariel le prend en tenaille. A deux, ils viennent à bout de la créature.Et c'est ensemble qu'ils font face au dernier monstre.
...Celui-ci vivait un moment de joie malsaine, sa victime acculée ployait des genoux, ses compagnons glapissant à ses cotés et soudain il est tout seul face à des ssssssssales zhumains ! Il tourne les talons et détalent, couinant quand la rapière de Gerolf lui entaille la fesse et s'éloigne à grands bonds, galvanisés par la douleur et la peur.
Albi n'a plus d'arme mais il a une amie. Une amie qui compte sur lui pour lui donner une tombe sanctifiée. Alors il attrape la main fantomatique de son amie - il passe presque à travers et sens le froid lui mordre les doigts mais c'est pas grave, il a retissé le contact avec l'esprit et lui envoie sa peur de mourir ici, sa peur de voir ses amis tomber là où elle est morte avant eux, sa peur de ne pas pouvoir lui donner de tombe...
La chasseresse sort de sa stupeur. La fureur l'envahi. C'est maintenant l'écho de la pisteuse qu'elle était, une jeune femme athlétique avec une grande arbalète jailli du néant qu'elle épaule. Un trait jailli, blanc comme un os et silencieux comme la tombe. Et le rat mutant s'écroule dans les herbes.
Et maintenant, tournons-nous vers le cratère...
