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vendredi 8 septembre 2023

Un arrêt à une tour à signaux

Après avoir dépassé le chateau Reiksgard et échappé à une embuscade de bandit dans les marais Reiker, le Meudefleuh a poursuivi sa navigation jusqu'à la tour à signaux qu'ils aperçoivent de loin, sur la rive reiklander du fleuve, dans un méandre qui n'est pas du tout renseigné sur leur carte. Le guide engagé pour traverser les marais est reparti achalander d'autres navires qui voudraient traverser en sens inverse et, contre une modique somme, il a pris à bord de sa barque la porchère Isabelle, catatonique depuis la mort de son frère

A première vue, la tour est encore en chantier : haute d'un étage et demi, elle est entourée et surmontée d’échafaudages et d'une superstructure de poutres et madriers. Alors qu'ils approche d'un petit ponton, ils aperçoivent deux nains qui se précipitent sur la rive en faisant de grands signes pour attirer leur attention, si leurs appels n'y suffisaient pas. Prudent, les aventuriers décident de ne pas prendre de risque et mettent en panne à distance le temps d'une explication. Cela ne décourage pas du tout les deux bateaux-stoppeurs qui se jettent à l'eau pour rejoindre la péniche, attrapent une corde et se hissent à bord : 

- On vient avec vous ! On a de quoi payer ! Non, faut pas aller voir, y a rien d'intéressant, c'est un endroit pourri, on a que des merdes, c'est pourri. Que des accidents, des disparitions, on veut se barrer ! Allez, on y va ?"

Ils répondent aux questions avec empressement, en jetant des coups d'oeil derrière eux et paniquent visiblement quand une troisième silhouette dégringole le sentier au pas de course en hurlant leurs noms.
Arrivée au ponton, la personne - une femme naine au vu de son menton imberbe et de sa voix stridente - continue à les invectiver, s'interrompant parfois pour reprendre sa respiration.

- THINGRIM !!!!!! BELEGOL !!!!! REVENEZ ICI !! ...TOUT D' SUITE !!!! ...SI VOUS VOULEZ PAS ÊTRE RAYÉS DES LISTES DE LA GUILDE DES ENGINGNEURS !!! ...SINON VOUS SEREZ TRAITÉS COMME DES PARIAS ET DES CAPONS SANS PAROLES ET DES FOUTRIQUETS PARTOUT OU VOUS IREZ !!!"

Les deux nains se tassent dans leur col, toute velléité de voyage les quittant instantanément, et ils s’apprêtent à rejoindre terre. Les aventuriers les accompagnent pour interroger la naine sur ce qui se passe, naine qui ne leur accorde pas un instant d'attention tant qu'elle n'a pas fini de passer son savon à ses deux employés, qui reprennent le sentier vers le chantier en trainant les pieds. Elle se dégèle un peu et commence à expliquer quelle est la situation, d'une voix hachée par l’essoufflement de la course et d'une gueulante bien sentie.

- Ouais, on a commencé le chantier il y a de ça quoi... un mois, un mois et demi... Je suis l'ingénieur en chef, Aynulls Isembard, maitre Engenieur de ce royaume ! On avait trouvé l'emplacement parfait, une vieille tour abandonnée mais encore solide et on pensait l'utiliser comme soubassement. La pièce au premier étage est bien éventrée, mais les murs sont encore solides et on peut retaper tout ça. En-dessous, par contre, on sait pas ce qu'il y a, c'est totalement fermé, sans porte ni fenêtre ni rien. C'est bien stable. Le fait est qu'on est absolument nul part dans les travaux ! La poisse nous comme aux semelles, les accidents s'enchainent, des trucs complètement inexplicables, des outils qui tombent, des cordages qui lâchent, des ingénieurs qui se blessent... Et pire : qui disparaissent ! Le fait est, les gars ils commencent à dire que l'endroit est maudit, qu'on construit sur une ancienne tombe elfe ou les ancêtres et les dieux savent quoi et ça jase... Mais quand même,  que ces deux-là tentent de fiche le camps ainsi ! 

Elle traine les pieds en remontant, appréciant d'avoir une audience compatissante pour vider ce qu'elle a sur le cœur et la belle mise, le sourire onctueux et la chevelure luxuriante de Messire - ainsi qu'un jet de Charme particulièrement réussi, la poussent aux confidences et même à une offre des plus surprenantes : 

- ...Avec tout ça, mon équipe est décimée de moitié : on n'est plus que sept, moi comprise, alors que j'avais douze nains sous mes ordres, on est en retard, tout le monde est nerveux, j'ai aucune idée de ce qui nous colle la poisse ainsi... Écoutez, vous semblez des gens capables, et vous êtes nombreux : je suis prête à vous engager pour filer un coup de mains ! 4 pistoles par jour, et 5 couronnes quand le chantier est terminé, qu'est-ce que vous en dite ? 

Les aventuriers, ils en disent que oui, absolument, mais ne se mettent pas au travail tout de suite ; la plus part préfère commencer à investiguer pour trouver ce qui aurait pu causer ces accidents : 

La guilde des Pigeonniers, qui gère le service postal par pigeons voyageurs ? Ces salauds sont prêts à tout mais comment ils s'y seraient pris ? Après tout, il n'y a personne, le premier village est pas tout prêts et les hommes sont fiables ? 

Les affaires des nains ne révèlent rien à Albi. Il est bien tombé sur un paquet de lettres soigneusement rangées dans le paquetage d'un des hommes, mais le déchiffrage pénible des premières lignes l'a vite dissuadé de continuer : "Mon petit Guzul chéri, j'espère que cette lettre te trouve en bonne santé..."

Sariel rode à la périphérie de la zone déboisée à la recherche d'un sentier, qu'elle trouve et qui la mène à... et bien, à l'odeur, ce sont des latrines !

Un paquet de corde est en train d'être réparé, les torons défaits pour être renoués, les fibres sectionnées de façon irrégulières indiquant que le cordage a été sectionné par un outil peu aiguisé, qu'on s'y est repris à de nombreuses reprises, que la lame a mordu encore et encore dans les fibres avant que la corde ne soit fragilisée. 

Les accidents : des échafaudages montés la veille, avec soin bien sûr, qui s'effondrent sous les pas le lendemain. Des malades qui périssent, des nains qui disparaissent dans la nuit sans laisser de traces !

Aynulls Isembard interrompt les bavardages entre les aventuriers et son équipe : on est pas en avance, pas question de distraire ses travailleurs !

Le soir tombe et les nains se rassemblent dans la pièce principale avec soulagement, étirant leurs muscles endolori et humant avec bonheur la cuisine d'Albi, bien que celui-ci ne soit pas content de lui-même. 

Les travailleurs s'endorment rapidement tandis que les aventuriers se décident à établir un tour de garde. Les deux premiers seront Sariel et Messire Gerolf - Sariel postée dans la tour où dorment les nains, Gerolf faisant les cent pas au pieds de la tour en surveillant l'orée des bois. Et alors que s'élèvent les ronflements, Sariel entend un bref cri qui attire son attention vers les dormeurs, et elle voit une forme penchée sur un nain, inerte. La créature est horrible, humanoïdes mais dotées d'ailes membraneuses sous des bras s'achevant en griffes acérées. Avec un grand cri, elle dégaine son arme et fonce sur le monstre pour le frapper de sa dague. 

Tous se réveillent et s'extirpent de leurs sac de couchage tandis que Gerolf revient vers la tour en courant et tandis que le monstre riposte à l'attaque d'un grand coup de griffes. Le sang gicle, Sariel vacille mais tient bon malgré tout et ne perd pas conscience, les Nains lancent tout ce qui leur tombe sous la main, Albi fait tournoyer son lasso, Gerolf arrive au sommet de la rampe en courant peut-être un tout petit peu moins vite dans les derniers mètres de la rampe que dans les premiers et se rue, rapière dégainée, au devant du monstre. 

Il ne faut que quelques instant et une douzaine d'assaillant pour que la créature affamée ne soit lardée de coup et batte en retraite. Mais au lieu de s'envoler, elle s'affaisse tête la première au centre de la pièce et au lieu de frapper de tout son poids le dallage, celui-ci s'ouvre presque sans bruit pour former une trappe, qui se referme doucement une fois la créature engloutie dans les ténèbres.

Vite, on glisse une grosse tenaille dans l'ouverture pour empêcher celle-ci de se refermer entièrement, Aynulls va chercher un bras de force pour faire levier et Albi, Reubke puis Vox sautent dans le trou à la suite de la goule, toujours empêtrée dans le lasso. Cinq mètres de chutes dans le noir et un atterrissage sur un sol inégal font quelques dégâts, spécialement chez les plus petits. 

Vox décharge son tromblon dans la tête du monstre, Albi allume une lanterne est ils découvrent la pièce : circulaire, encombrées de vieux ossements brisés et de bouts de corps en putréfaction et en charpie, elle est bien plus étroite que la pièce au-dessus et ses murs semblent fait de métal. Ils sont épais mais Vox soupçonne qu'il y a un espace vide derrière, il suffit de trouver une porte - qui reste hélas invisible.
Le sol dallé s'orne - outre les restes des repoussants appétits du monstres - de gravures profondes dessinant une étoile à six branches dont le centre s'orne d'une dalle circulaire, mais bien trop résistante pour être défoncée à coup de marteau par Vox. Au bout des branches, de petites cupules semblent faite pour qu'on y insert quelque chose comme une clé. La goule volante en porte bien une attachée au cou, mais celle-ci est bien trop large pour coulisser dans les trous du... Au fait, comment appelle-ton une étoile à 6 branches ?

Un sexigramme !
(Gerolf Von Kerkher). 

Après avoir tenté toutes les combinaisons possibles (qui ne sont pas si nombreuses), Sariel décide d'emporter la clé qui ne s'insert nul part pour faire le tour de la tour à pied et chercher une autre entrée dissimulée, quelque part le long de l'escalier. 

...Et sur une sorte de palier, soudain, un grincement se fait entendre, une portion de murs se rétracte doucement vers l'intérieur avant de coulisser de part et d'autre, révélant un couloir plongeant dans les profondeur de la tour, vers un mur circulaire qui pourrait être celui du charnier de la goule


dimanche 2 juillet 2023

De Altdorf à Chateau Reikgard (en passant par Fielbach, Prieze et les Marais Reiker)

Schweinefleischstadt

Au matin, le MeudeFleu quitte le petit village des porchers dans un temps pluvieux et venteux. Renata, contrairement à Wilfried Reubke, n'est pas bien réveillée et dirige le bateau droit vers un banc de sable. La coque racle le fond, surprenant tout le monde qui parvient néanmoins à conserver son équilibre. Tous sauf Sariel, qui tombe à l'eau. Messire Von Kerkher se rue pour tenter de la rattraper avant son plongeon et non seulement échoue à la retenir mais il bascule également. Aucun des deux ne sait nager. Gerolf reste cependant calme et patauge pour maintenir sa tête hors de l'eau tandis que Sariel panique et boit la tasse. Elle coule, elle remonte, elle crie, elle panique totalement et plus elle se débat, plus elle se noie. 

Pendant ce temps, sur le bateau, Albi sort de la cuisine en galopant pour vérifier l'état de la coque dans la calle. Il esquive le mouton Timmy par miracle, alors que celui-ci donne libre court à sa furie affolée en chargeant la porte de la cuisine, tant lorsqu'il descend que lorsqu'il remonte de la calle, avec Siegfrida sur les talons. 

Reubke tente de calmer Renata, affolée par son erreur, et de garder la direction du navire.

Vox Pholk a vu le noble et l'elfe tomber à l'eau et se saisi d'une corde qu'il lance entre eux ; si Gerolf s'en saisi, Sariel en est totalement incapable, pas plus que Gerolf ne peut se porter à son secours. Le temps est compté pour l'Elfe des Mers qui étouffe de plus en plus à force d'inhaler de l'eau, 

Albi attrape son lasso et doit s'y reprendre à deux fois pour parvenir à cibler Sariel, la seconde fois aidé des conseils impérieux de Siegfrida qui lui commande où viser et, une fois que la boucle est passé autour du torse de Sariel, se campe fermement derrière lui pour hisser l'elfe avec lui. 

Une fois les deux naufragés hissés sur le pont, il est temps de s'intéresser aux animaux : Timmy rue de droite et gauche dans les caves, recouvrant tout de crottins. Les trois porcelets, toujours dans la chambre de Messire, en font de même et la literie est à nouveau souillée. Gerolf est à deux doigts de les passer par la fenêtre mais s'il l'aurait fait sans hésiter s'il avait été seul, le regard mouillé de Isabelle, la porchère de Schweinefleischstadt l'en empêche. 

Quand à Siegfrida, l'accident lui a donné une nouvelle raison d'être et de donner libre court à ses remarques acides : materner l'elfe endolorie et s'introniser chaperon pour éviter à Sariel d'hypothétiques assauts impudiques d'un certain personnage qui ne recule devant aucune bassesse ! 

Fielbach

Genaro Pérez Villaamil - vue d'une cité
Fielbach sur Reik

En fin de matinée, un port se dessine sur la berge. Et un port de belle taille qui plus est, alors que la carte achetée par Vox à Altdorf n'en fait aucune mention. Vox prend mal la chose. Occasion de manger chaud dans une taverne du port, de tenter quelques affaires - et se débarrasser des trois petits cochons - mais aussi d'apprendre les dernières nouvelles. L'Edit sur les Mutants est très mal accueilli et des buveurs se montent mutuellement la tête en même temps qu'ils éclusent des godets. L'objet de leur animosité, ce n'est pas seulement l'Empereur et les officieux, mais avant tout le dispensaire du temple local de Shallya, où les prêtresses accueillent chacun sans discrimination aucune. Albi, se considérant comme le bras armé du clergé de Sigmar depuis qu'il a été reconnu répurgateur patenté, entraine ses compagnons vers le temple de Shallya pour prévenir les Colombes. Ils découvrent bien vite qu'elles sont au courant : le bâtiment est claquemuré, une gravure grossièrement maculée est clouée sur la porte et voix tremblante répond à leurs coups sourds. 
Jean de Cirey, Collecta privilegiorum ordinis cisterciensis, Dijon, imprimeur Petrus Metlinger, 1491
Shallya protégeant les nécessiteux
LES MUTANTS

Les religieuses qui les laissent entrer sont terrifiées, la nature de leur vœux leurs interdit de lever la main contre qui que ce soit, pas d'avoir peur pour leur propre sécurité ou celles de leurs protégés : quelques malades qui se pelotonnent dans les lits de la salle des malades, dont une femme présentant une mutation évidente et un petit bambin abandonné qui trottine joyeusement sur ses trois jambes au devant des nouveaux venus - tu es mon nouveau papa ? - et de craindre l'inaction des soldats civils. Toujours torturé entre son devoir de respect du crédo sigmarite qui impose de respecter les édits impériaux et sa haine des mutants, Albi tranche et décide d'en appeler aux initiés de Sigmar. Reubke et Gerolf sont très soulagés de quitter l'établissement de soin et les risques de contagions pour suivre Albi au temple, avant de retourner au bateau, où Sariel grelotte, malade d'avoir avalé et inhalé l'eau contaminée par le lisier de porc. Au lieu de repartir de suite, ils attendent que Gerolf récupère son linge, déposé chez des lingères, et qui sera propre en fin d'après-midi. Ensuite ils repartent tandis que Vox digère ses dix pains saucisse qui devraient lui valoir le titre de Halfelin Honoraire (et surtout une indigestion carabinée. Non humain de toutes tailles, unissez-vous sur les latrines). 

Quand le navire s'éloigne de Fielbach, Vox a son attention attirée par une haute construction qui se détache à l'horizon ; une haute tour surmontée de deux bras mécaniques qui s'agitent et qui lui remet en mémoire une discussion avec deux ingénieux nains à Altorf, qui ont évoqué le grand chantier de construction d'une ligne de tours à signaux d'Altdorf à Nuln. Celle-ci est déjà entièrement achevée. 

En fin de journée, ils arrivent en vue d'une seconde ville qui n'apparait toujours pas sur la carte, la cité de Prieze, où des bateliers leur indique qu'il est possible d'emprunter le canal de Grünberg qui relie le Reik à Grünburg sur la Teufel en évitant les dangereux marais Reiker. 

Marais Reiker

Roselières du lac Bourget

Après une nuit à l'ancre au large de Prieze et après avoir décliné l'offre d'un premier nautonier qui leur propose de les diriger dans les bras morts et chenaux des marais, le Meudefleuh repart au matin vers les roselières où, espèrent-ils, ils retrouveront la trace de Boris Landsmann. On leur conseille de ne surtout pas s'approcher du Château Reikgard où personne n'est autorisé à accosté et où est reclus le Prince Héritier du Reikland pour des raisons obscures. En effet, une fois en vue des murailles étincelantes du chateau, ils comprennent rapidement qu'ils ne sont pas bienvenus et passent au large. Un autre bateau se dirige droit vers eux, pretextant avoir été accueilli d'une volée de grenaille par les gardes du château. Méfiants, ils gardent leurs armes à portée de main et grand bien leur prend car une douzaine d'hommes sont accroupis sur le pont, se dissimulant tant que le bateau n'est pas à portée. Boris se trouve parmi eux et se redresse soudain quand il entend sa soeur l'appeler et se rue sur le pont du Meudefleuh Les retrouvailles sont larmoyantes et pleines d'émotions jusqu'au mot de trop "tu manques à tous le monde, tu manques aux cochons". Submergé par la rage, Boris pousse un hurlement de rage tandis que deux défenses porcines lui percent les joues... Et que Albi et Vox déchargent respectivement arbalete et tromblon tandis que Gerolf et Sariel se ruent pour repourser le bateau à coup de perche et que Reubke manoeuvre pour éloigner le Meudefleuh. 

Rapidement, le bateau prend le large et distance ses poursuivants, le cadavre de Boris est repoussé à l'eau tandis qu'Isabelle, brisée, se laisse couler sur le pont en pleurant son frère... 

Sur le corps de Boris, une étrange petite amulette de bois ornée d'une couronne teintée de rouge retient l'attention d'Albi, juste avant qu'il ne fasse basculer le cadavre dans l'eau. 

Sur le rivage, la silhouette d'une seconde tour à signaux se dessine... (à suivre)

dimanche 23 avril 2023

Wellentag 24 Pflugzeit - reprise des affaires

    Pendant une semaine, les aventuriers ont fait relâche à Altdorf, vaquant à leurs affaires chacun de leur coté. Mais un matin qu'ils se retrouvent par hasard tous au Meudefleuh, Gerolf, Albi et Wilfried Reubke avisent un visage familier sur les quais, tourné vers eux. Ils ignorent le nom de cet individu et ne lui ont d'ailleurs jamais été présenté mais ils l'ont croisé à de multiples reprises durant la semaine qui s'est écoulée. Et son chapeau s'orne d'une plume violette. Albi capte son regard puis se croise les bras et attrape son oreille gauche de la main droite et son nez de la main gauche sans le quitter des yeux. L'inconnu à la plume violette répond d'un signe de tête, projetant le menton en avant, puis se frotte le pouce et l'index d'un geste qui signifie "l'argent" avant de se passer l'index sur la gorge. Albi estime que cet échange de geste constitue une prise de contact et descend sur le quai pour poursuivre la discussion vocalement, suivi par Gerolf alors que Wilfried reste à bord et prévient Sariel et Vox que quelque chose de vilain se prépare et qu'il faut être sur ses gardes. Vox s'empare de son nouveau pistolet à répétition mais ne descend pas plus que Reubke sur le quai tandis que Sariel se replonge bien vite dans l'étude de ses parchemins. 

Potrait de l'Electeur Frederick le Sage de Saxe - Durer - avec une plumme violette dessinée au chapeau
Le violet est à la mode cette année

    L'inconnu à la plume a tourné les talons dès qu'il a vu Gerolf et Albi descendre ensemble et s'éloigne d'un pas pressé. Le Halfelin a tôt fait de le perdre de vue - il ne l'a quitté des yeux qu'un instant à peine à cause d'un vendeur ambulant de tourtes et pain-saucisse ! - et quand il avance dans la direction prise, pense-t-il, par l'homme, c'est pour aviser un groupe de Petits Poissons vraisemblablement en train de prélever la "taxe d'amarrage et de solidarité avec les travailleurs" auprès d'un batelier qui met la main à la poche sans rechigner. En sous-nombre, Albi décide de faire un large détour et par hasard lui et Gerolf retombent sur la piste de l'Homme à la Plume. Tant que celui-ci ne les repèrent pas, ils parviennent à le suivre et à raccourcir la distance qui les séparent, mais lorsque l'homme les repère, il prend ses jambes à son cou et Albi est rapidement distancé et abandonne la course, à bout de souffle. Gerolf s'accroche un peu plus longtemps mais après avoir dérapé dans une flaque de boue et manqué s'étaler, il se fait distancer également et perd de vue le fuyard. Les deux reviennent au bateau en marchant au rythme d'Albi qui souffle, hors d'haleine et geignard, avant de se laisser tomber sur un rouleau de cordage. Qui sont ces gens aux atours violet et que leurs veulent-ils ? Il est évident qu'ils les suivent et qu'ils en ont tout particulièrement après Messire Von Kerkher, mais pourquoi ? Gerolf von Kerkher ressemble de façon troublante à un homme massacré sur la route d'Altdorf qui devait récupérer un héritage à Bögenhafen, ces inconnus espèrent-ils récupérer cet argent ? Comment entrer en contact avec eux et comprendre leurs motivations s'ils s'obstinent à communiquer par gesticulations et fuient sitôt qu'on tente de discuter ? Seraient-ils favorablement impressionnés s'ils voyaient Gerolf von Kerkher (prétendument) massacré par ses compagnons devant leurs yeux ? Il ne faudrait qu'un peu de sauce rouge et quelques accessoires de théâtre et des talents de comédien… 

    Renate Hauser est arrivée entre-temps, toute souriante, et s'enquiert auprès de Reubke des intentions du groupe et de la date de leur départ ; elle, de son coté, a fait le plein de mercerie et de camelote à vendre dans les villages environnant, elle est prête à partir dès qu'ils le souhaitent ! Après avoir envisagé un moment de hiffer l'ancre et lefer la foile comme on dit à Carobourg sans attendre, car l'air de la f'ille devient malfain", Gerolf et Reubke se ravisent et décident de chercher un moyen de rentabiliser leur trajet, c'est-à-dire une cargaison à revendre plus loin.  Après avoir visité un marchand de bois, estimé la qualité de ce qu'il leur proposait comme trop peu satisfaisante pour négocier et l'avoir rembarré vertement, ils ont opté pour des spiritueux et alcool après avoir entendu un bourgeois raconter des histoires d'un phalanstère de personnes de la haute qui se sont retiré pour faire des fêtes scandaleuses, et ont négocié âprement l'achat de quelques tonneaux d'alcool de vin de pomme et de bière naine d'Altdorf, sous-entendant à moitié que la qualité des marchandises et l'honnêteté des marchands d'Altdorf est très décevante, ce qui manque de vexer le marchand mais une affaire est une affaire et celle-ci est conclue par une vigoureuse poignée de main (et l'ajout d'un sac de noix salées, celles-ci aidant à la consommation de boisson) et la livraison aux frais du marchand des tonneaux au Meudefleuh. Vox réfléchi à la fabrication d'aiguilles de suture mais également à quelques détails pratiques, notamment à l'achat de cartes du fleuve, qu'il trouve auprès de la capitainerie

    Albi de son coté part à la recherche de plumes de couleurs violettes à fixer à son chapeau en signe de reconnaissance, ce qu'il trouve auprès d'un bateleur bradant les marionnettes de son théâtre et qu'il troque contre quelques sous et une histoire fantastique à propos de l'origine commune entre Elfes et Halfelins. Lorsqu'il revient au navire, c'est pour croiser le collecteur de taxe halfelin tout prêt à collecter une nouvelle semaine de droits d'amarrage, qu'il fait décamper de quelques menaces voilées et regards intimidants, avant de passer le reste de sa mauvaise humeur naturelle sur Sigfrieda Junker, qui tape sur les nerfs de plus d'un depuis qu'elle est suffisamment rétablie pour quitter le lit, sans oser se montrer ouvertement insolent mais par diverses manœuvres passives-agressive ("oui, TA seigneurie", cracher dans la soupe...). Après que la noble nulnoise se soit réfugiée dans sa cabine et avant que le Halfelin d'Altdorf ne revienne avec plus de courage et d'escorte, le Meudefleuh lève l'ancre, Reubke tient la barre, Renate manœuvre la voile tandis que Sariel et Gerolf exécutent leurs ordres. Le navire s'arrache aux quais souplement, se place proue dans le sens du courant en évitant barges et barques et le vent du sud gonfle soudain les voiles. 

Adieu Altdorf, la Cité des Brumes

    Poussé par un vent arrière et sous une pluie battante de printemps, le Meudefleuh remonte le Reik et quitte Altdorf. Alors qu'il vient de passer les remparts et que le tonnerre gronde, une voiture cochère passe les portes de la ville à vive allure. Les aventuriers qui la remarquent voient un visage en lame de couteau, à la bouche amère et au menton fuyant, un visage de fouine, tourné vers eux et qui se rejette rapidement en arrière, dans l'ombre de la voiture. La voiture avance aux coté du fleuve avant que la route ne s'éloigne du fleuve et qu'elle ne disparaisse derrière un rideau d'arbre. Les pluies et la fonte des neiges d'hiver ont gonflé les eaux du cours d'eau et la barge tangue assez, dans le courant, pour qu'Albi se sente doucement verdir. Comme l'explique Renate lors du repas du soir, le printemps, c'est la période des inondations et des débâcles, les flots inondent les rives et il faut être prudent aux épaves arrachées aux berges et aux bancs de sable remaniés par la force de l'eau. Il reste encore deux heure de clarté avant la nuit et le bateau repart dans l'espoir de trouver une ville, auberge ou village où passer la nuit en sécurité. Une heure plus tard, quand les toits d'un modeste village se dessinent dans le jour finissant, le capitaine Reubke décide de ne pas tenter sa chance plus avant et de rapprocher prudemment la barge de la rive. Sariel tente d'invoquer un sort de Pare-pluie mais, malchance, les Vents sont contraire, elle est tout aussi trempée qu'avant. 

    Le village - un hameau de quelques feus seulement dénommé Schweinefleischstadt - ne dispose malheureusement d'aucune auberge ou de quelle qu'autre commodité du même acabit mais les villageois médusés assurent qu'il y a toujours moyen de s'entendre avec l'habitant pour trouver une place où loger et ou manger pour quelques pièces et, quand le Capitaine Reubke mentionne négligemment la présence d'un initié de Sigmar à bord, les paysans se montrent encore plus empressés et désireux de plaire, suppliant que celui-ci vienne bénir les porcs de la famille Landsmann ! Albi proteste qu'il n'est pas exactement ce genre d'initié de Sigmar mais simplement celui qui traque les mu... les hérétiques, il accepte néanmoins de venir voir ce qu'ont les porcs de ladite famille. À défaut d'une inspiration divine, il a appris quelques petits trucs dans son ancienne profession de "conducteur" de bétail qui pourraient s'avérer utiles. Devant lui, se tient une jeune fille un peu vouté et hagarde, debout devant un enclos de truies rebondies et de porcelets ravis, un seau de pelures de légumes à la main. Ses cochons ? Ils vont parfaitement bien et sont en pleine santé... Mais ce qui l'inquiète vraiment, c'est son frère ! Son frère Boris, si doux, si aimable, si tendre avec les cochons, qui a soudain disparu un beau jour, enlevé par des pirates, la laissant seule à Schweinefleischstadt pour s'occuper des cochons et de ses vieux parents, oh monsieur, vous avez un bateau, si seulement vous pouviez lui faire entendre raison au nom de Sigmar et le convaincre de revenir à la maison, je vous donnerais tous ce que j'ai, et autant de cochons que vous le souhaitez !

Isabelle Landsmann et ses cochons.

    ...L'offre est tentante ! Non pas celle d'une récompense en or - il est peu probable que la paysanne en ai jamais vu une pièce - mais des petits cochons de lait, délicieusement rôtis, voici qui pourrait bien enrichir l'ordinaire ! Albi conduit la jeune fille à Reubke, qui entreprend un interrogatoire visant à vérifier la fiabilité de l'histoire en vérifiant que la jeune fille, soumise à un feu roulant de questions, ne se contredit pas. Et Reubke négocie son aide contre quatre porcelets, dont trois sont destinés à nourrir l'équipage et l'un devra être gardé vivant jusqu'à ce qu'on rencontre Boris pour l'attendrir. La jeune fille est priée de les conduire à bord et d'y rester pour veiller au bien-être des trois porcelets, l'un étant saigné sur le champ par Albi pour être débité en quartier et constitue le menu du soir. Etant donné la présence de pirates sur le fleuve, qu'ils ont déduite des explications un peu confuses et naïves de Isabelle la porchère, les aventuriers décident de ne pas tenter le Destin et de monter la garde tour à tour : Albi prend le premier tour, suivi par Sariel, puis Vox, puis Gerolf.

    Il est maintenant temps d'aller dormir et les choses se corsent. Le bateau est plutôt surpeuplé, il pleut toujours, personne n'a songé à demander le gite chez l'habitant et Messire Von Kerkher décide qu'il est temps d'apprendre à sa petite camarade Sigfrieda à partager : non seulement il invite libéralement la gardeuse de porc à dormir dans "sa" cabine mais décide également de réinvestir celle-ci. La baronne est suffoquée de ce qu'elle désigne comme un affront à sa dignité et son honneur et refuse mordicus de laisser Gerolf dormir dans sa chambre. Le ton monte rapidement, Gerolf protestant que cela ne sera pas une première et qu'il a déjà passé de longues nuits à son chevet à la veiller quand elle était souffrante, ce que Sigfrieda interprète comme un abus de sa faiblesse et une atteinte impardonnables à sa dignité. Seuls les compagnons de Gerolf osent intervenir dans la dispute entre les deux illustres rejetons de la noblesse d'Empire - pour prendre le parti du baron von Kerkher, évidemment. Blême de rage, Sigfrieda lève le camp et - oreiller et pistolets sous le bras - file dans la calle où dorment déjà Wilfried Reubke et Renate Hauser. Le lendemain, Reubke fera remarquer - un peu fielleusement - que ça n'a pas déranger Sigfrieda de partager la calle avec lui et donc qu'il y a peut-être un autre problème. Pour l'heure, Gerolf profite - seul - de son grand lit aux draps encore chauds, tandis qu'Isabelle se pelotonne sur le sol de la cabine. 

    Albi monte la garde, puis va se coucher après avoir réveillé Sariel, qui réveille ensuite Vox... Lequel pique du nez, tromblon sur les genoux.

    Le lendemain, quand Gerolf se réveille, la première chose qu'il remarque, c'est une odeur puissante, qui n'est pas celle du lard ou de la chicorée qui grille. Non. Ca sent le fumier. Et quand il s'étire, sa main cogne la masse tiède d'un corps endormi. Surpris, Gerolf tâte tout le long de la créature qui dort à ses coté, créature qui répond à cet attouchement par un GRUIIIIIIIIK de protestation. Gerolf est maintenant parfaitement réveillé et se redresse pour contempler trois petits porcelets qui se tortillent dans les draps. Isabelle, qui dort à coté du lit, s'excuse mais ils pouvaient pas rester sous la pluie dehors, ils allait prendre froid ou risquer de s'étrangler dans leur laisse, et puis les porcs ça tient chaud. Gerolf écoute patiemment cette explication ahurissante et rétorque que non, cela n'est pas admissible et que non, on ne dort pas avec les porcs, ça ne se fait pas et qu'elle sera de corvée lessive pour réparer les dommages causés par les cochons. Et puis pourquoi est-il encore dans son lit et pourquoi ne l'a-t-on pas réveillé pour son tour de garde ? Gerolf interpellant Vox "Vous avez dormi, Vox ?"  "Non", répond crânement le nain, tout en se redressant brusquement (la barbe écrasée d'un coté et une marque sur le visage)

Dessin au trait - Gerolf Von Kerkher en chemise de nuit se redresse dans le lit et contemple, horrifié, trois porcelets dodus qui se vautrent dans ses draps avec satisfaction
Salut, bien dormi ?

    Sigfrieda reste réfugiée dans la cale et ne se montre pas au déjeuner. Albi lui descend un bol de gruau et se montre aussi cassant avec elle que la veille, se reprenant une remarque cinglante au passage. Quand Vox apprend qu'elle a allumé une bougie dans une cale où sont stocké également des alcools et la poudre noire qu'il a acheté pour recharger ses armes, il se lève à son tour et va lui confisquer sa bougie sans un mot d'explication ou d'excuse. Il s'arrête pile quand il entend un bruit mécanique et se retourne pour la voir, dans la pénombre de la calle obscure, jouer avec le mécanisme de ses pistolets de duel. Il lui demande ce qu'elle fait, elle répond avec morgue qu'elle nettoie ses armes, si cela ne le dérange pas, et en brandis un droit devant elle, affectant de vérifier la mire, braquée droit sur la tête de Vox, qui garde son sang-froid après avoir exhibé son propre tromblon et son pistolet et remonte à son tour. Enfin Gerolf descend et propose de "vider l'abcès car il sent bien qu'il y a une certaine tension". Siegfrieda Junker l'éconduit d'une remarque vipérine sur son manque flagrant de mémoire car, selon elle, elle a clairement exposé ses griefs la veille au soir et s'il a la mémoire si courte, elle ne voit pas quel bien cela ferait de devoir répéter ceux-ci. Gerolf remonte donc rejoindre ses compagnons. Les aventuriers réunis ensemble conviennent qu'il est temps de mettre un terme au "problème nulnois" et pourquoi pas en débarquant celui-ci illico, au milieu du Reik. Sariel envisage d'invoquer un sort de Sommeil mais, malchance, les Vents sont contraires, c'est elle qui a soudain comme un coup de fatigue ! 

    Une fois qu'ils ont vidés ce qu'ils avaient sur le cœur, les Aventuriers passent à un autre problème : Boris Landsmann, le gardien de porc enlevé par des pirates et qui vit désormais avec eux. Quelque chose ne sent pas bon dans cette affaire, et pas que les porcs.
- Dites, ma petite Isabelle, nous ne mettons pas en doute votre amour des cochons, mais êtes-vous certaine que la vue du porcelet va donner envie à votre frère de revenir à Schweineflücheutruc - votre village quoi. On comprend bien que vous trouvez vos cochons adorables, mais êtes vous sure que votre frère pense pareil ? Je veux dire, est-ce qu'il serait ENVISAGEABLE qu'il ait décidé de fuir la porcherie parce que cela ne lui plaisait pas tant que cela ?" 

Gros plan sur le regard horrifié d'Isabelle qui n'avait jamais envisagé cette possibilité

Suite au prochain épisode.